Le nouvel échiquier libyen

Le gouvernement Sarraj, par peur de perdre le soutien de la communauté internationale qui lui est vital, a décidé de soutenir les arguments des accusateurs de Doha. Mercredi dernier, lors d’une conférence de presse relayée par la chaîne d’informations britannique Sky News, le porte-parole de l’Armée libyenne, Ahmed al-Mesmari, a en effet accusé le Qatar d’être un acteur majeur du financement des réseaux terroristes en Libye. Selon ses propos, c’est l’attaché militaire qatari pour les pays de Maghreb, le colonel Salim Ali Jarboui, installé en Tunisie, qui aurait mis en place un réseau de financement qui serait évalué à 8 milliards de dollars.

Les renseignements du gouvernement Sarraj auraient également en leur possession des ordres de virements entre la Qatar National Bank et la Banque de l’Habitat de Tataouine. Les accusations de Mesmari vont plus loin. Un pont aérien, dès les premiers jours de la révolution libyenne, aurait lourdement équipé les milices djihadistes de Benghazi pour les aider à prendre le pouvoir. Finançant certains chefs de tribus, mais aussi des militaires tunisiens pour permettre l’infiltration de commandants d’Al-Qaida depuis le Jebel Chaambi, comme Anis El Houthi, Doha aurait organisé plusieurs assassinats politiques pour neutraliser les décideurs, comme Abdelfattah Younès, qui s’opposaient à l’obtention par le Qatar des droits d’exploitations pétrolières. Tripoli a ainsi réalisé un joli coup médiatique, et ce, 24 heures avant que Riyad et ses partenaires ne publient la liste des 59 terroristes financés par le Qatar, dont cinq Libyens.

Le second coup de théâtre est intervenu ce week-end avec la libération de Sayf al-Islam par la milice berbère des Zintanis, fidèle à Tripoli, qui le retenait prisonnier. Par ce geste, le gouvernement Sarraj, qui a perdu le Croissant pétrolier et se marginalise militairement, cherche à s’appuyer sur le pouvoir dont dispose historiquement la tribu des Kaddadfa, au travers de sa stratégie matrimoniale, pour organiser l’équilibre entre les tribus de la Tripolitaine et de la Cyrénaïque. Deux autres membres éminents de cette tribu réfugiés au Caire ont fait, au même moment, un retour fracassant : Ahmed Kadhaf Edam, qui gérait la fortune de la famille Kadhafi, et l’homme d’affaires Hassan Tatanaki, gestionnaire de la société de forage Challenger (propriété de la famille Kadhafi), lié à Ibrahim al-Jadhran, qui contrôle les terminaux pétroliers de Tripolitaine, et au groupe américain Bronco.

De plus, quelques heures après la libération de Sayf al Islam, le Vatican, qui partage des intérêts financiers communs avec la famille Kadhafi au travers de la Banca di Roma, nommait un nouveau nonce apostolique en Libye, Monseigneur Alessandro D’Errico…

 

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