Méditerranée : le «grand remplacement»

Avec la célérité qui caractérise sa politique étrangère, et sur le modèle syrien, Moscou profite du vide stratégique laissé en Libye par les atermoiements de la diplomatie européenne et l’incertitude des projets de l’administration Trump. Mais aussi du vide politique créé par la diplomatie occidentale en Egypte. Moscou avance ainsi méthodiquement ses pions en renforçant sa coopération de sécurité et de défense avec les pays de la région.

En Egypte, après la signature d’importants contrats d’armement en 2015 (5 milliards d’euros) et de modernisation de sites de production militaire, la Russie négocie la mise à disposition de bases égyptiennes, notamment la base navale et aérienne de Sidi Barrani. Ce rapprochement a eu une suite sur le plan diplomatique : les convergences de vue entre Vladimir Poutine et le président Sissi sur les dossiers Syriens (au détriment de Riyad) et libyens (en soutien au maréchal Khalifa Haftar).

Ce soutien russe au maréchal Haftar, négocié lors d’une «rencontre en mer», contre le gouvernement d’union nationale (GNA), se traduit par des négociations en cours pour plus de 1,5 milliard d’euros d’armements (avions de combat, blindés, systèmes de défense antiaérienne…) et une offre de restructuration de l’armée libyenne. En contrepartie, Moscou négocie la mise à disposition de facilités navales pour sa flotte, ce qui offrirait un point d’ancrage plus occidental à ses bases syriennes et égyptiennes.

Un «collier de perles» qui permettra à la flotte russe d’asseoir une présence permanente sur l’arc méditerranéen, au moment où l’US Navy n’y a jamais été aussi absente. Sur le plan politique, Moscou pousse le maréchal Haftar à rencontrer le Premier ministre libyen, Fayez al-Sarraj, au Caire.

Avec l’Algérie, un important client de l’industrie militaire russe, l’heure est aussi au renforcement des accords de sécurité. Au Maroc, où Moscou a signé l’année dernière plusieurs accords de sécurité, notamment en matière de lutte contre le terrorisme, on s’intéresse de près aux bombardiers et aux sous-marins russes. Après son retour au Levant, la Russie se prépare donc à s’installer durablement en Méditerranée…

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