Manas bientôt sous administration russe

MANASPivot régional de l’intervention otanienne en Afghanistan depuis 2001, l’aérodrome de Manas, alias Ganci Air Base, situé à 25 km de la capitale kirghize, Bichkek, joue un rôle logistique important : il abrite un centre de transit majeur de l’armée US et de l’ISAF.

D’un simple aérodrome civil régional quasiment laissé à l’abandon après l’indépendance du Kirghizstan en 1991, il a été modernisé, agrandi par les Américains à partir de 2004, afin de pouvoir accueillir des avions de transports lourds et des ravitailleurs, en plus d’un trafic civil croissant. Les Français ont été les premiers avec les Américains à utiliser cet aérodrome dès le printemps 2002, pour réaliser des opérations spéciales avec leurs C-160 Transall et des frappes sur l’Afghanistan avec des Mirage 2000D.

Déserté par les Français en 2013, Manas demeure ainsi la seule plate-forme militaire autorisée aux forces aériennes de l’Otan dans l’ex-sphère d’influence russe. Pour un coût d’utilisation en constante augmen­tation, grâce aux surenchères de Moscou : il est passé d’une quin­zaine de millions de dollars, au début, à plus de cent actuellement ! Sous la pression de Moscou, le Parlement kirghize a demandé à l’Otan et aux dernières forces US qui occu­pent Manas de quitter les lieux au plus tard le 11 juillet prochain.

Le 19 février dernier, les gouvernements russe et kirghize ont signé un enga­gement préliminaire octroyant à une société d’Etat russe — le géant pétrolier Rosneft — la gestion de l’aéroport de Manas et la cession de 51 % de sa société d’exploitation kirghize en échange d’un investissement d’un milliard de dollars. A la seule condition que Ganci Air Base soit définitivement fermée.

A compter de l’été, la Russie aura réussi à expulser en une décennie toutes forces militaires étrangères hors de l’ex-espace soviétique. Enfin pas tout à fait : près d’un millier de militaires indiens et leurs hélicoptères de transport sont aujourd’hui stationnés sur la base d’Aïni, au Tadjikistan, à côté du détache­ment aérien russe présent dans le pays depuis plus de vingt ans. Leur rôle, voulu par le président tadjik, Emomali Rahmoni, étant de contribuer à verrouiller la frontière avec l’Afghanistan, afin d’éviter la “contamination islamiste”, une fois les forces US parties de Kaboul, et le retour prévisible des talibans.

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