Mali : regroupement et rapport de forces

Plus qu’une évolution dans le paysage djihadiste au Sahel, la création d’une alliance de groupes affiliés à Al-Qaida opérant dans les pays de la zone a surtout un objectif tactique sur le dossier des accords de paix au Nord Mali.

Cette nouvelle organisation, baptisée «Jama’at Nosrat Al-Islam Wal-Mouslimin» (Groupe pour le soutien de l’Islam et des musulmans, GSIM), intègre AQMI-Emirat du Sahara, Al-Mourabitoune, le Front Macina et Ansar Eddine, dont le chef, le Touareg malien originaire de Kidal, Iyad Ag Ghali, assure le commandement. C’est lui-même qui a annoncé par vidéo le 2 mars la création du GSIM, qui s’est doté de sa propre agence de communication «Al-Zalaqa», aux côtés des dirigeants des autres organisations.

L’absence notable de la photo de famille du chef d’Al-Mourabitoune, l’Algérien Mokhtar Belmokhtar, représenté par l’un de ses bras droits, Hassan Al-Ansari, vient incidemment donner du grain à moudre aux rumeurs selon lesquelles il aurait été tué ou gravement blessé lors d’un raid sur le Sud libyen en novembre dernier.

La montée en puissance du rival Etat islamique en Afrique et au Sahel — y compris en Algérie — sur ses terres traditionnelles a, de fait, contribué à initier au sein de la mouvance Al-Qaida une dynamique d’unité et de rassemblement, pour mieux prévenir les défections vers l’EI et montrer sa force. Mais c’est aussi pour imposer un autre rapport de forces et obtenir une autre victoire que celle de l’islam et des musulmans.

Malgré les reports répétés et les blocages depuis près de deux ans, la mise en application de l’accord d’Alger entre le gouvernement malien et les groupes armés a enregistré quelques développements. En une semaine, les autorités intérimaires ont pu, non sans crispation, s’installer dans trois régions du nord : Kidal, Gao et Ménaka. Restent Taoudéni et Tombouctou, qui font face à la résistance de groupes armés, qui font pression pour tirer leur carte du jeu dans l’application de l’accord.

Homme fort de l’Azawad, doté d’un entregent puissant, Iyad Ag Ghali se pose comme un acteur incontournable de la paix (sic), avec qui la communauté internationale doit négocier pour garantir la tenue du processus et sa pérennité, affirment des sources sécuritaires africaines. Cette «coalition» GSIM vient opportunément donner un cadre à cette double ambition, garder la main sur le nord et obtenir les dividendes de la paix, en rappelant sa capacité de nuisance en cas contraire.

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