Mali : les moyens lourds indispensables

L’opération Serval aura été, pour l’armée de terre, l’occasion de démontrer le caractère indispensable de ses moyens lourds, pourtant peu utilisés par le passé dans les opérations en Afrique.

La guerre contre les djihadistes d’AQMI n’aurait ainsi pu être gagnée sans la mobilisation de tout le spectre des capacités terrestres. Une maximisation des moyens rendue, par ailleurs, indispensable par la nécessité de limiter les pertes humaines et les dommages collatéraux. En ce sens, le conflit malien aura montré que le temps des opérations dissymétriques en Afrique contre des ennemis réputés plus faibles et menées par des compagnies d’infanterie sur blindés légers semble bel et bien révolu.

La question du volume et de la nature des moyens nécessaires aux opérations aurait fait l’objet d’un intense débat entre l’EMA et l’EMAT, avec en toile de fond un doute sur la nécessité d’engager des moyens lourds, comme le canon Caesar ou le VBCI. Le CEMAT, le général Ract-Madoux, aurait pesé de tout son poids pour obtenir leur déploiement. Serval serait donc une preuve de plus que les moyens blindés restent indispensables, comme le montre l’exemple d’un VBCI attaqué à quatre reprises par un groupe pourtant frappé très lourdement à chaque assaut. Ou encore ces combattants ne reculant pas devant l’assaut d’hélicoptères de combat et capables de tirer en “boules de feu”, ce qui n’était pas monnaie courante lors de la campagne d’Afghanistan.

Les militaires français ont pu constater que l’adversaire, souvent sous l’effet de drogues, s’est avéré être beaucoup plus déterminé et résistant que prévu. Des combattants d’AQMI et du MUJAO sont, comme le note un observateur, plus proches d’une organisation comme le Hezbollah que des talibans afghans, dans la sophistication de leur logistique (hôpitaux, entrepôts souterrains…). «Du jamais vu», selon des observateurs sur le terrain. Sur ce point, rappelons que les forces spéciales ont joué un rôle préparatoire décisif, en marquant les dépôts logistiques ennemis, afin que ces derniers soient rapidement traités.

Or, à l’avenir, les forces françaises pourraient être amenées à faire à nouveau face à ce type de combattants aguerris, qui se réorganisent et se reconditionnent aujourd’hui dans les sud libyens et tunisiens. Avec comme inconnue leur prochaine destination : Mali, Tchad ou Algérie ? Reste, pour Paris, à déterminer quels seront les moyens dévolus à la phase de stabilisation, en sachant que l’expérience irakienne a montré que des moyens trop peu nombreux ou trop légers accroîtront inévitablement le risque de reprise du conflit.

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