L’usine turque de Rheinmetall

Rheinmetall est dans le collimateur de plusieurs médias allemands et turcs (en exil) pour ses projets de construction d’une usine de blindés en Turquie (projet Alpay). Le magazine Stern, le groupement de journalistes d’investigation Correctiv et plusieurs petits médias turcs accusent Rheinmetall de ne pas avoir enterré ses plans d’usine pour fabriquer un nouveau blindé pour l’armée turque, et ce en dépit des dénégations de Rheinmetall et de la situation diplomatique et intérieure actuelle.

L’idée d’une telle coopération avec l’entreprise publique turque BMC (50 % du capital appartient au Qatar) n’est pas un secret. Elle est connue depuis 2015. Début 2016, les médias spécialisés ont aussi signalé que BMC avait lancé des démarches pour construire une usine employant 4 000 personnes à 200 km d’Istanbul, près de Karasu. Le gouvernement turc a d’ailleurs donné un terrain de 222 ha à BMC dans cette région industrielle.

En mars 2016, le patron de Rheinmetall a annoncé la création d’un joint-venture avec BMC, pour «construire un véhicule blindé». Et deux mois plus tard, Rheinmetall commandait en secret une étude de faisabilité de l’usine à un des laboratoires de l’université technique d’Aix-la-Chapelle, la très renommée RWTH-Aachen. Au passage, celle-ci s’est engagée à ne pas travailler pour le secteur de la défense et a, depuis, admis «une erreur regrettable».

Mais selon Rheinmetall, tout ce projet d’usine est pour l’instant en suspens car, dit-on au siège de Düsseldorf, la situation a beaucoup changé depuis 2015. Pourtant il semblerait, selon l’enquête présentée dans les médias, que le projet continue en réalité à avancer, occupant les dirigeants turcs, Erdogan y compris, qui prennent moins de précautions que les Allemands pour en parler.

Le silence de Rheinmetall s’explique par la situation tendue entre Berlin et Ankara. Il pourrait aussi correspondre à la volonté de l’entreprise de Düsseldorf de noyer le poisson sur la question de savoir si la construction d’une telle usine est soumise, côté allemand, à une autorisation d’exportation. Malgré la discrétion de Rheinmetall, il est peu probable que la question «passe sous la table».

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