L’IRGC au cœur de la stratégie d’influence de Téhéran

Contre-pouvoir militaire au moment de la Révolution iranienne, acteur économique de premier plan après la guerre avec l’Irak grâce à des milliers de PME échappant aux sanctions occidentales, force idéologique zélée et bras armé du pouvoir religieux contre les velléités de réformes en 1999 et en 2009 (grâce aux millions de volontaires regroupés dans les Basij), forts de leurs 150 000 membres, les gardiens de la révolution sont désormais le principal atout du régime iranien pour rayonner sur le Moyen-Orient, si ce n’est participer activement à sa reconfiguration.

La guerre en Syrie et en Irak a permis, pour le grand public, de découvrir le «game changer» que représentait la force Al-Qods (qui signifie «Jérusalem»), véritable force spéciale de l’IRGC dédiée aux opérations extérieures et forte de 15 000 hommes.

Mais la stratégie de reconfiguration du Moyen-Orient de l’IRGC est bien antérieure et bien plus globale. C’est la répression de la Révolution verte en 2009 qui lui a permis de s’imposer face au ministère du Renseignement, le MOI, et à son réseau d’agents à l’étranger. Créée en 1982, la force Al-Qods, chargée des opérations extérieures et clandestines, sort de l’anonymat en 2007. Elle est divisée en corps destinés à opérer du Maroc à l’Inde, en passant par le Soudan, le Sinaï, la Turquie, et les anciennes Républiques soviétiques.

Si le corps Ansar impliqua plus de 4 000 combattants au Pakistan et en Afghanistan, le département 1000 traite, lui, de l’Irak, quand le département 2000 intervient au Liban et en Palestine au profit du Hezbollah ou du Hamas contre Israël. Le département 6000 est responsable du Yémen et de l’Afrique. Implantation dans le réseau consulaire, camps d’entraînements, ateliers d’armements clandestins, fondations religieuses ou commerciales, préparations d’attentats… soupçonnée par le Pentagone d’être impliquée dans l’attaque de Buenos Aires en 1994, dans l’assassinat de l’ambassadeur d’Arabie Saoudite en 2012, et dans plusieurs offensives menées par les talibans et les milices irakiennes contre les forces américaines, les activités de la force Al-Qods semblent sans limites.

Les Printemps arabes ont été pour elle une véritable opportunité pour discréditer l’ordre social des dictatures militaires ou monarchiques sunnites. Si leur but n’est pas tant de convertir en masse les populations au chiisme, il s’agit surtout de déconstruire la sphère d’influence israélo-américaine à sa plus simple expression, et de refaire de l’Iran le centre d’attraction du Moyen-Orient. En cela les minorités chiites au Bahreïn, au Koweït et en Arabie Saoudite, ainsi que les milices «proxies» représentent une seconde opportunité de lutte asymétrique.

Mais c’est surtout la multiplication des mouvements djihadistes qui offre un levier de manipulation sans précédent pour affaiblir les alliances opposées à l’Iran. Pour autant, il est probable que cette stratégie atteigne vite ses limites. Le chiisme ne représente que 10% de la population musulmane mondiale. Attiser la lutte entre les communautés en Syrie, au Liban, dont les institutions sont bloquées, et en Irak est une stratégie défensive et sans perspective. De plus cette volonté d’influence fondée sur la guerre est un obstacle majeur à la normalisation du pays, à sa croissance économique et à son retour sur la scène internationale. Mais elle est cohérente avec l’objectif de la théocratie au pouvoir, qui ne peut se maintenir que par le conflit et l’isolement.

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