L’industrie de défense colombienne à l’ère « post-conflit »

Avec la longue guerre civile, qui a déchiré le pays et sa population, désormais (presque) au passé — depuis la signature des récents accords de paix de La Havane entre le gouvernement et les principaux groupes rebelles —, la Colombie doit faire face à la recomposition nécessaire de son économie (la deuxième du continent après celle du Brésil) et, en particulier, de son industrie d’armement très sollicitée en interne depuis un quart de siècle. Centrée sur le soutien direct des opérations de contre-insurrection et la lutte contre les narcotrafiquants, sur un espace équivalant à deux fois la France, cette industrie produit armes et munitions, couvre la construction navale et assure la maintenance étendue de ses matériels terrestres et aéronautiques. Elle doit s’adapter à l’émergence d’une paix relative et affronter sa transformation nécessaire dans une période que le gouvernement de Bogota appelle « la era post-conflicto »

Au cœur de l’industrie de défense colombienne, on trouve principalement les sociétés d’état : Indumil SA pour les armes et munitions (y compris roquettes et bombes), Cotecmar SA pour la construction navale (OPV,  bâtiments de soutien et de combat fluvial) et CIAC SA pour la construction et la maintenance aéronautique élargie (MRO). Modeste mais très experte, l’industrie d’armement colombienne a, depuis le siècle dernier, conclu des accords solides avec l’industrie nord-américaine — son partenaire numéro un —, mais aussi brésilienne, espagnole, allemande et israélienne. Ainsi la Fuerza Aérea Colombiana (FAC) utilise surtout des aéronefs de combat « made in USA », mais aussi brésiliens et israéliens, y compris des drones, mais aussi de marque Airbus pour les avions de transport ; l’Armada de la Républica de Colombia (ARC) des navires et sous-marins principalement allemands ; l’Ejército Nacional Colombiano (ENC) des chars allemands, des fusils d’assaut israéliens Galil construits sous licence, des hélicoptères russes et américains. La liste est longue…

La Colombie est le second opérateur, par le nombre d’appareils en service (+100), de l’hélicoptère Sikorsky UH-60 Black Hawk après l’US Army. Si le client principal de ces trois sociétés a longtemps été le ministère colombien de la Défense, la chose n’est plus aussi marquée aujourd’hui puisque cette industrie a su se diversifier depuis une dizaine d’années, à la fois vers le civil et vers l’export. Ainsi CIAC est devenu, entre autres, un prestataire incontournable d’Airbus dans le soutien (MRO) des Airbus et ATR de la compagnie nationale Avianca et de ses filiales ; Cotecmar exporte ses navires militaires vers le Brésil et plus récemment le Honduras ; Indumil, forte d’un brevet original dans un dérivé de la dynamite (l’Indugel), a vu sa production d’explosifs à destination des compagnies de travaux publics sud-américaines (excavations minières et tunnels) prendre le pas sur celle des charges militaires d’obus et de bombes.

En fait, sortie victorieuse dans sa très longue et persistante lutte contre la rébellion des FARC et de l’ELN, l’armée gouvernementale colombienne — tout comme les forces de police nationales sévèrement atteintes par les attentats terroristes récurrents, qui ont été le lot quotidien du pays depuis les années soixante — doit apprendre à faire face à un tassement progressif de son budget. En effet, la paix civile et la réconciliation nationale ont un prix comme l’a encore rappelé le président Juan-Manuel Santos devant les représentants farianos (des FARC) et elenos (de l’ELN) engagés dans les accords devant marquer la fin de la guerre civile. Selon l’Onu, entre 1964 et 2016, la guerre civile en Colombie aurait fait 260 000 morts (dont 12 000 victimes des IED), 45 000 disparus et 6 millions de déplacés, et l’Etat colombien se doit d’affecter tous les crédits possibles à l’accompagnement de reconstruction nationale. Établi à quelque 10,2 milliards de dollars (8,6 milliards d’euros) cette année, le budget de la défense colombien a connu une augmentation de 8% par rapport à 2016.

De nos jours, les préoccupations de l’armée colombienne se portent principalement vers les frontières du pays, notamment à l’est, où l’effondrement économique du Venezuela voisin et la famine provoquent des vagues d’immigration incontrôlées. Cela a conduit au renforcement de la « Brigada Blindada de la Alta Guajira », au nord-est, avec un millier d’hommes, ou de la « Brigada 30 » de Cúcuta, au centre-est avec 2 000 soldats. Avec le soutien financier des Etats-Unis, en particulier de la DEA, les opérations internes de lutte contre les narcotrafiquants (« Plan Colombia ») se poursuivent, occupant une bonne partie de l’armée de terre et de la police à la destruction des plantations de coca, mises en place auparavant par la rébellion afin de financer ses opérations de guerre.

Articles similaires :