L’IE en quête de compatibilité

IHEDNL’IHEDN a tenté, lors du premier sommet intelligence économique et sécurité qui s’est tenu à Chamonix, le week-end dernier, de réconcilier par une approche transdisciplinaire deux méthodo­logies parfois incompatibles, tant au sein des administrations qu’au sein des entreprises, en réunissant les grands noms du monde aca­démique, du conseil, comme de l’administration.

Sous la triple présidence du général Courrèges d’Ustou (IHEDN), du préfet Schott (INHESJ) et d’Alain Juillet, ces journées ont permis de dégager des thématiques et des enjeux jusqu’alors inédits, en se déroulant avec une approche comparable à l’esprit du think tank britannique Chatam House, afin de faciliter la liberté de ton, la fertilité des échanges, tout en garantissant l’anonymat des opinions exprimées.

Si, pour reprendre la formule de l’ancien président du groupe Sony, Hako Morita, «l’information est le sang de l’entreprise», force est de constater que la France se complaît dans un paradoxe depuis plus de vingt ans. Elle est le pays qui regroupe à la fois le plus grand nombre de formations diplomantes en d’intelligence économique, tout en restant dans une posture globalement défensive par manque d’anticipation.

Les participants ont tous constaté les limites de l’approche administrative où les leviers juridiques de protection régalienne perdent chaque jour un peu plus de leur caractère dissuasif, comme l’illustre le projet de loi sur le secret des affaires.

En outre, les entreprises et les administrations s’épuisent à vouloir tout protéger, alors qu’une simple étude de vulnérabilité du patrimoine immatériel et des pratiques de l’adversaire permettrait de sanctuariser les connaissances vitales. Et quand les dispositifs d’intelligence économique jouent réellement leur rôle d’alerte, tant en termes de menaces que d’opportunités, ils se heurtent trop souvent au rejet de décideurs, qui craignent que l’on remette en cause leur capacité de jugement.

Mais ce sont surtout les nouvelles pistes d’opportunités qui ont structuré ce sommet. Car le modèle français d’intelligence économique rayonne sur l’Europe du sud et même le Maghreb. Le Maroc chercherait à en faire un modèle de développement pour le Sahel afin d’en garantir la sécurité régionale.

Quant aux espaces flous que sont les espaces maritimes et les réseaux numériques, loin de constituer une menace, ils sont des multiplicateurs de force pouvant permettre à la France de rivaliser avec les superpuissances. Détentrice de la seconde ZEE au monde, les autorités françaises, en raison de leurs marchés d’armement, disposent d’accords de sécurité avec l’ensemble des pays contrôlant les détroits, donc les flux d’approvisionnement. Et la France est l’un des rares pays à pouvoir poser, maintenir et réparer les câbles transocéaniques par lesquels passent la quasi intégralité des flux numériques.

Si le thème de la cybersécurité était au cœur des interventions, les représentants étatiques se sont plus penchés sur le contenu que sur le contenant. Les attaques cognitives représentent en effet un nouveau défi pour la protection des décisions politiques, militaires et économiques.

Bien que la BITD et ses enjeux à l’export aient occupé largement les réflexions, en dehors d’un expert de la division DMS de Thales, aucun groupe de défense n’avait envoyé de représentants. Ce qui a permis au colonel Olivier Kempf de conclure malicieusement «Il y a deux types de sociétés : celles qui sont attaquées et celles qui le savent.»

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