Les défis de la lutte anti-drone

Drones malveillantsLa lutte contre les drones civils malveillants nécessite des réponses efficaces sur le plan technique et accessibles financièrement pour l’ensemble des sites et des autorités concernés par cette menace. Et qui puissent aussi être proposées à l’export. C’est le pari fait par CS et ses partenaires HGH et Spectracom, dont le projet Boréades est un des deux à avoir été retenus par le SGDSN et l’ANR dans le cadre de l’appel d’offres relatif à la lutte anti-drones aériens.

L’équipe de Boréades doit proposer un démonstrateur dans un délai de 12 mois, qui puisse assurer deux types de protections, impliquant des niveaux et des types de menaces différents : la protection de sites fixes et celle d’évènements.

La première, sur laquelle CS travaille depuis longtemps, ne pose pas de menace physique directe et importante. La faible capacité d’emport des drones limite les dégâts pouvant être occasionnés contre des infrastructures (elle est nulle contre une centrale nucléaire par exemple) ou des bâtiments publics. La menace est ici davantage liée à l’intrusion, qui peut avoir pour objectif la collecte de renseignement ou simplement la volonté de démontrer les failles d’un dispositif de sécurité (ensuite abondamment relayé par la presse).

La menace sur des évènements (G7, Euro 2016 de football, défilé du 14-Juillet…) est, en revanche, très directe et susceptible de blesser ou tuer un grand nombre de personnes.

Il existe un troisième type de menace, à cheval entre les deux premières : les aéroports. L’hypothèse, même peu probable, de drones aspirés par les tuyères d’avions au décollage n’est en effet pas à exclure.

Face à ce cahier des charges, CS, un concepteur, intégrateur et opérateur de systèmes critiques qui ne possède pas la force de frappe d’un concurrent comme Thales, qui avec l’Onera propose son propre projet (lire TTU n° 977), mise sur la réduction des coûts, l’originalité et la flexibilité de ses solutions. Elles seront adaptées au plus juste à chaque besoin précis, avec un effort particulier en termes de rapidité et de simplicité de mise en œuvre pour la protection d’évènements (et en termes de portée de détection pour les sites fixes (où l’opérateur pourra régler ses capteurs à l’avance). A chaque fois, CS a choisi de maintenir l’opérateur “dans la boucle” pour l’identification et la décision d’engagement.

Particularité de ces drones civils, ils signent peu et sont difficiles à détecter (peu d’échauffement thermique, petite taille pour l’optique et faible surface équivalente radar). Par ailleurs, les taux de transfert radio entre le drone et la télécommande sont variables et il est possible d’annuler le retour vidéo pour couper le flux descendant et n’enregistrer les données que sur le drone. Un drone peut même être programmé pour agir en automatique via le GPS. Aucune solution, aucun capteur n’est donc à lui seul fiable à 100 %.

La clé, pour CS, réside dans la multiplication des senseurs (radar à fréquence élevée, optronique visible et IR…) puis dans le traitement rapide de leurs données (analyse morphologique et de trajectoire dans une fourchette de 1/25e à une seconde). L’opérateur peut ensuite valider la cible, après avoir écarté les fausses alarmes, notamment les oiseaux.

Vient ensuite sa neutralisation, pour laquelle CS a choisi des solutions “douces”, notamment le brouillage par contre-mesures de radiofréquences (GSM, télécommandes, fréquences GPS…). Une solution maîtrisée et facilitée par le fait que les drones ne travaillent pas encore depuis des bandes GSM : les mobiles qui servent à leur guidage sont aujourd’hui fixés à la télécommande, qui émet principalement en Wifi et Wimax.

Le guidage direct par mobile en 4G sera cependant bientôt une réalité, et il faudra alors nécessairement brouiller sur les fréquences communes à tous les téléphones mobiles. Pour limiter les nuisances sur la population, notamment en ville, CS privilégie le brouillage sélectif à pointages fins. Reste l’hypothèse de drones automatisés avec une trajectoire préétablie par GPS : l’équipe de Boréades envisage alors un leurrage GPS pour être en mesure de le récupérer sans danger.

Mais les contre-mesures électromagnétiques étant considérées comme des armes par la loi, elles sont soumises à une réglementation très stricte. La commission interministérielle de lutte contre les drones devra donc se pencher sur les évolutions possibles de la législation pour permettre aux opérateurs civils (par exemple les officiers de sécurité des centrales nucléaires), de pouvoir s’en servir en toute légalité.

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