Le laboratoire du 13e RDP

Désormais près du tiers des lauréats de la mission innovation participative de la DGA seraient issus des membres des Forces spéciales. Les restrictions budgétaires et les défis posés par la lutte antiterroriste ont suscité une émulation et une implication sans précédent tant chez les commandos de marine, les commandos parachutistes de la technopole d’Orléans, qu’au sein de l’armée de Terre avec le 1er RPIMA et le 13e RDP.

Mais le «13» est récemment sorti de sa discrétion légendaire, sur l’initiative de son nouveau chef de corps. Le Journal de la Défense a pu réaliser un reportage intitulé «Forces spéciales, l’esprit start-up», en diffusion sur Youtube, dans les locaux du très secret Groupe opérationnel de surveillance technique, le «GOST», en charge de la réalisation et du camouflage du matériel d’acquisition du renseignement.

La priorité consiste ici à répondre rapidement aux besoins du terrain, grâce à des méthodologies de prototypage rapide. Depuis les années 90, où un groupe de sous-officiers bricoleurs était en charge de réaliser des mini tentes de développement argentique, ou des VTT pliables pour permettre aux commandos de s’exfiltrer de nuit des forêts de la République serbe de Bosnie, le dispositif est devenu le pôle d’excellence du renseignement français.

Des faubourgs de Mossoul aux sites de radicalisation des banlieues française, le GOST ne se contente plus de supporter le Commandement des Forces spéciales. La DGSI et le GIGN sont devenus des clients réguliers. Veille technologique dans les salons d’armement ou sur les forums de hackers, camouflage des détecteurs sismiques, acoustiques ou infrarouges, grâce aux techniques des maquettistes de cinéma, ouverture des serrures électroniques, en passant par la customisation des drones du commerce, jusqu’au renseignement électromagnétique et la fusion de données, le spectre d’action du GOST ne cesse de s’élargir.

Libéré des procédures qui paralysent certains services, au 13e RDP «le terrain commande». Tous les membres de cette structure fusionnelle, qui se définit plus comme un dispositif d’innovation et d’anticipation qu’une direction technique, sont des commandos issus des différents escadrons de recherche (Montagne, Nautique, 3D…), et les critères de recrutement sont davantage fondés sur des qualités personnelles, comme la curiosité et la créativité, que sur des critères académiques.

Mais surtout, cette structure est également fondée sur une culture du commandement qui cherche à simplifier le travail des opérateurs clandestins sur le terrain, grâce à des facilitateurs. Les membres des Forces spéciales, souvent dans l’obligation de maintenir simultanément un nombre de qualifications considérable, n’ont désormais plus de temps à consacrer aux stages de formation destinés au maniement d’équipements complexes. La devise du COS, «Penser autrement pour agir autrement», ne cesse donc de démontrer, à l’heure du «middle management», toute sa pertinence.

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