La stratégie de Daech en Syrie

SyrieDaech semble s’être résolu à ne plus affronter les Kurdes pour se concentrer sur le centre de la Syrie et sanctuariser les grandes villes de l’est du pays, comme Palmyre, Deir az Zor et Raqqah sa capitale, qui lui permettent de tenir l’est du pays par les deux axes routiers qui conduisent à l’Irak, ainsi que par l’Euphrate.

Il s’agirait donc, pour lui, de céder du terrain au nord et de se renforcer au centre, en affrontant les forces terrestres loyalistes, d’où les attaques suicides de la semaine dernière à Damas et Homs, qui ont fait plus de 200 morts. Et c’est précisément sur ce point qu’il faut analyser les récentes opérations tant des Russes que des Kurdes et des Américains. Sécurisés au nord par le cessez-le-feu et les Kurdes, qui tiennent la frontière turque, les 4 000 hommes du dispositif russe se déplacent vers le sud pour prendre les deux grandes villes situées entre Alep au nord et Homs, conquise en décembre, près de Damas au sud : Hama et Idlib.

La base d’Al-Shayrat, à 30 km de Homs, compte désormais huit hélicoptères d’attaque en soutien de la 120brigade d’artillerie dotée de six obusiers automoteurs 2A65 Msta-B de 152 mm. La prochaine cible de la coalition russe est Hama, où quatre 2A65 ont pris position, soutenus par plusieurs T90 dotés de blindage réactif (EER Kontakt-5) et d’un canon de 125 mm, en raison de l’utilisation par Daesh et le Front al-Nosra des missiles antichars TOW américains en provenance d’Arabie Saoudite, dont les lieux de stockage restent la principale cible des forces aériennes russes. C’est ici que les milices Jaïch al-Nasr et Jound al-Aqsa ont rappelé des renforts de plusieurs dizaines de véhicules en provenance de la province sud d’Alep.

En attrition à l’ouest, car prises en étau à la fois par le nord et par le sud, les forces djihadistes subissent actuellement la même stratégie d’étranglement menée par les Russes à l’est cette fois. Moscou pilonne en effet chaque jour la ville de Palmyre, qui ouvre la voie par le nord aux axes routiers du territoire tenu par Daech. Mais, en parallèle, les Kurdes ont repris à l’Etat islamique les villes de Al-Thawrah et Ash Shaddadi, qui sont situées sur l’axe logistique qui alimente Raqqah, la capitale du Califat.

Bien qu’en difficulté, Daech n’a pas cédé un pouce de terrain à Palmyre, quant à Raqqah, conscients que les kurdes ne veulent aucunement pousser l’offensive pour la conquête de cette ville arabe, les djihadistes ont déjà mis en place un nouveau réseau logistique. La contre offensive dans la ville de Khanasser, près d’Alep, et le recourt aux tactiques asymétriques dans les villes loyalistes encerclées par des bidonvilles peuplés par le prolétariat sunnite démontrent chaque jour l’extrême résilience des combattants djihadistes, et la fragilité du processus diplomatique en cours, qui n’intègre pas l’origine communautaire et sociale du conflit.

Articles similaires :