La RASD dans la Force africaine d’alerte

Pour la première fois depuis leur constitution, il y a désormais plus d’un quart de siècle, les forces armées sahraouies vont participer à une force multinationale, en l’occurrence l’African Stand-by Force (ASF) ou Force africaine d’alerte, dont la mise sur pied a été approuvée par le commissaire de l’Union africaine pour la paix et la sécurité.

Force permanente déployable, selon les scénarios, dans une fourchette comprise entre quinze jours et trois mois, l’ASF est constituée de cinq brigades régionales à composante militaire, civile et de police : SASBRIG (brigade de l’Afrique australe), EASBRIG (brigade de l’Afrique orientale), CASBRIG (brigade de l’Afrique centrale), WASBRIG (brigade de l’Afrique de l’ouest), NASBRIG (brigade de l’Afrique du nord).

C’est au sein de cette dernière, qui regroupe l’Egypte, la Libye, la Tunisie, l’Algérie et la Mauritanie, que seront intégrés les militaires de la République Arabe Sahraouie Démocratique (RASD). Il s’agit, certes, d’une présence symbolique puisque les forces armées sahraouies fourniront l’équivalent d’une compagnie renforcée de type mixte (génie et reconnaissance), mais dont la signification politique n’échappe à personne, cela même si la RASD est membre à part entière de l’Union africaine.

La NASBRIG devrait être opérationnelle au plus tard au début de 2009. Des responsables militaires sahraouis ont déclaré à TTU que la RASD était même prête à augmenter sa participation à l’ASF en fournissant, si nécessaire, une compagnie d’infanterie supplémentaire. Cette proposition était l’un des sujets à l’ordre du jour lors de la dernière rencontre à Tripoli, les 21 et 22 décembre. En fait, pour les forces armées sahraouies, augmenter leur participation à la NASBRIG ne constituerait pas un problème sur le plan de la disponibilité en termes d’effectifs et de matériel. Ces forces sont bien structurées, avec leurs six régions militaires (RM) faisant face au mur de défense marocain (une septième est placée en arrière du dispositif militaire sahraoui, près de la ville de Tindouf, en Algérie), et bien équipées, même si certains matériels commencent à accuser le poids des années.

Les forces armées sahraouies peuvent aligner des unités organiques et/ou interarmes (infanterie motorisée et mécanisée, artillerie sol-sol et sol-air, blindés, etc.) jusqu’au niveau du bataillon. Les hommes bénéficient d’une solide expérience dans le domaine des opérations en milieu désertique. C’est notamment le cas des éléments d’encadrement, dont la plupart ont participé pendant plus d’une décennie au conflit contre le Maroc. Ce sont d’ailleurs ces mêmes vétérans de la longue guerre contre l’armée marocaine qui sont aujourd’hui les plus favorables à la reprise des hostilités avec le Maroc, seul moyen, selon eux, de régler une fois pour toutes le dossier du Sahara.

En fait, le retour à la guerre est considéré par beaucoup, tant chez les militaires que chez les politiques, comme inévitable, si Rabat s’obstine à remettre aux calendes grecques un référendum approuvé par toutes les parties intéressées ainsi que par les Nations unies il y a désormais plus d’une décennie. Si cela devait être le cas, le nouveau conflit contre le Maroc pourrait être alors multiformes, comme le laissent entendre clairement les dirigeants du Front Polisario, de la guerre ouverte classique et non conventionnelle (opérations spéciales) à la lutte armée dans les territoires sahariens sous contrôle de Rabat (guérilla urbaine notamment), en passant par les actions de sabotage et les attentats ciblés, pour tenter de déstabiliser le royaume chérifien.

L’Intifada déclenchée dans les territoires sous contrôle de Rabat, qui s’inscrit en filigrane dans cette perspective, constitue un des quatre axes prioritaires de la stratégie approuvée lors du dernier congrès du Front Polisario, avec les activités de développement dans les «territoires libérés», l’action diplomatique tous azimuts et, surtout, la préparation des forces armées en vue d’une reprise des hostilités. A ce propos, de nouvelles initiatives pour le perfectionnement des cadres et des spécialistes militaires sahraouis à l’étranger sont en cours de discussions, notamment avec l’Afrique du sud et le Venezuela.

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