La Marine en pointe dans la lutte ASM

FREGATE FREMMLe groupe aéronaval du “Charles De Gaulle” est en route pour le Golfe Persique, avec une escorte de lutte anti-sous-marine composée du “Jean De Vienne”, frégate ASM de type F-70 avec son hélicoptère Lynx embarqué, et d’avions Atlantique 2.

L’étape la plus délicate du trajet sera le passage du détroit d’Ormuz, alors que l’on sait que l’Iran dispose d’une vingtaine de mini-sous-marins d’origine nord-coréenne, très silencieux (100 % électriques) et armés de torpilles.

La Marine nationale est un leader mondial en termes de lutte ASM, aux côtés des Américains et des Britanniques. Ces Marines sont pionnières en matière de détection multistatique, qui consiste, pour un bâtiment de lutte ASM qui émet au sonar, à “partager” le retour d’écho avec un autre senseur (navire, bouée, sous-marin), ce qui permet de mieux situer le sous-marin adverse. Ce mode de détection nécessite l’utilisation de sonars très basse fréquence.

La France s’est dotée très tôt de ce type de sonars, notamment le SLASM, qui a équipé les frégates ASM F-67 “De Grasse” et “Tourville” au milieu des années 1990. Ces sonars, les premiers du genre, avaient de lourds calculateurs dédiés et souffraient d’une faible puissance de calcul. Ainsi, il fallait douze heures de travail à un supercalculateur pour analyser dix minutes d’émissions à basse fréquence ! Aujourd’hui, la puissance de calcul est disponible et la dominante logicielle des nouveaux systèmes permet plus de souplesse, notamment en matière de mise à jour.

Les frégates “De Grasse” et “Tourville” ayant été désarmées, ce sont les F-70 qui assurent la relève avant la pleine entrée en service des FREMM ASM (équipées d’un sonar de coque basse fréquence et d’un sonar remorqué très basse fréquence de Thales).

Spécificité française en termes de doctrine : contrairement aux Etats-Unis, le sous-marin n’est pas un senseur privilégié en matière de lutte ASM, la Royale privilégiant le couple bâtiments de surface et aéronefs (hélicoptères et Atlantique 2). D’ailleurs, les SNA de classe Rubis n’emportent pas de sonars actifs, trop gros pour être installés à bord, et il n’est pas prévu d’en installer sur les SNA Barracuda, à l’exception du sonar d’évitement à haute fréquence.

Pour le multistatique, la Marine travaille, par ailleurs, sur le segment aérien et attend pour cela la disponibilité des NH90 Caiman Marine (le deuxième exemplaire est en intégration sur FREMM) et les Atlantique 2 modernisés. Le NH90 emportera des bouées acoustiques passives (capables de faire de la réception), d’une portée de 60 km contre 10 pour les modèles embarqués sur Lynx.

La Marine coopère activement avec Britanniques et Américains : le “De Grasse” a déjà travaillé en bistatique avec des Type 23 britanniques et, demain, le couple FREMM/Type 23 devrait être une réalité en matière de lutte ASM. Le maintien de ces programmes dans la LPM 2014-2019 était indispensable pour que la Marine conserve une cohérence capacitaire et donc son leadership en la matière.

Contrairement aux prévisions alarmistes de certains sur le danger représenté par les sous-marins classiques (SSK) de dernière génération, il est vrai de plus en plus silencieux, la Marine relativise la menace et reste confiante sur ses capacités actuelles et à venir. A l’EMM, on rappelle que le nombre de SSK est constant, avec un ordre de bataille mondial qui était de 550 en 1995 pour 500, aujourd’hui.

Par ailleurs, on n’attend pas de rupture technologique proche dans le segment des 800/2 000 tonnes, l’ajout de revêtements anéchoïques furtifs posant d’importants soucis techniques. Ces matériaux sont très sensibles à la pression et se contractent en profondeur, entraînant des variations de volume du sous-marin et donc des problèmes de stabilité.

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