Iran : la piste baloutche

L’attentat perpétré en plein Ramadan par Daech à Téhéran a permis aux services iraniens de reconsidérer les réseaux d’infiltrations susceptibles d’être instrumentalisés par l’internationale djihadiste. Il semble que la filière provenant de la province pakistanaise du Baloutchistan fasse l’objet de la plus grande attention.

Avec un territoire historique qui déborde à la fois sur l’Iran et l’Afghanistan, la cohabitation entre Baloutches chiites et Pachtounes sunnites est souvent difficile. Le kidnapping et l’assassinat de deux enseignants chinois revendiqués par Daech, en mai dernier, avait déjà permis d’identifier sa volonté de s’opposer au projet de corridor économique dans lequel Pékin a planifié d’investir 45 milliards de dollars et qui doit faire du Pakistan un géant économique et naval de l’Asie du Sud.

Les services pakistanais ont toujours nié officiellement une implantation de Daech au Baloutchistan, qui héberge déjà, à Quetta, certains des plus hauts dignitaires à la fois du mouvement taliban mais aussi d’Al-Qaida. A force d’opérations d’envergure, l’armée pakistanaise était en effet parvenue depuis 2015 à endiguer le groupe djihadiste. Mais fidèle à sa réputation de résilience, celui-ci est parvenu à s’adapter en durcissant ses protocoles de sécurité mais aussi en infiltrant les mouvements djihadistes locaux.

Deux groupes servent la stratégie de Daech. Il s’agit d’abord du Lashkar-e-Khorasan, qui s’est distingué en attaquant la minorité chiite des Zikris implantée sur la côte à proximité du port stratégique de Gwadar, mais surtout du Lashkar-e-Jangui al-Alami. Celui-ci, qui s’est réinstallé au nord et à l’ouest de la province, plus favorable aux conditions insurrectionnelles, avait multiplié les contacts avec les commandants militaires de Daech en Syrie et en Irak. En un an, il a été impliqué dans quatre attaques qui ont ciblé les militaires et surtout l’organisation soufie, Shah Noorani Shrine, en tuant 52 membres. Il a aussi mené plusieurs attaques contre la minorité Hazara, également installée en Afghanistan, et massivement recrutée par Téhéran pour combattre Daech en Syrie et en Irak.

L’intrication des réseaux d’échanges entre la province iranienne du Sistan et celle du Baloutchistan serait utilisée, à l’image des couloirs de transhumance des Peuls dans la BSS, pour mettre en place des réseaux dormants. Des réseaux qui pourraient présager de nouvelles attaques imminentes sur le sol iranien.

Articles similaires :