Inde : débuts des essais du BrahMos-A

Conçu en 2008 à partir du missile de croisière naval supersonique (Mach 2,8) indo-russe BrahMos, lui-même inspiré du P-800 Oniks/Yakhont soviétique (SS-N-26 «Strobile» pour l’Otan), la version air-sol de ce missile supersonique baptisée BrahMos-A (A pour Aircraft-launched) a été révélée en 2012. Variante la plus récente du BrahMos, elle est destinée à être emportée bientôt sous les chasseurs-bombardiers russes Sukhoi-30 de l’Indian Air Force.

Après un test d’emport initial réalisé en juin dernier sur un Su-30MKI adapté spécialement au lancement de ce gros missile —  8,5 m de long pour 2 550 kg, dont une charge explosive de 300 kg —, le mois de mars va voir la DRDO (Defence Research and Development Organisation) entamer une première campagne de largages non propulsés depuis l’un des deux Su-30MKI modifiés pour les essais de ce missile. Pour le Dr. S. K. Mishra, patron du JV indo-russe interviewé lors du récent salon IDEX d’Abou Dhabi : «Incontestablement, 2017 sera une année clé pour notre BrahMos-A, car il accroîtra encore plus les capacités offensives propres à ce missile».

Le BrahMos-A aura une portée limitée à 290 km, ceci afin de respecter les clauses du Missile Technology Control Regime (MTCR) de non-prolifération signé l’an passé par New Delhi. Il pourra ainsi être proposé à l’export. L’Indian Air Force, pour sa part, envisage de se doter de trois «squadrons» spécialisés dans l’assaut air-sol/air-surface avec le BrahMos-A et, pour ce faire, une quarantaine de Su-30MKI seront modifiés, à terme, pour emporter ce missile. Pour le Dr. Mishra, un vaste marché mondial s’ouvrira pour le BrahMos-A dès la prochaine décennie puisque les utilisateurs du Su-30 sont nombreux dans le monde : en dehors de la Russie et de l’Inde, il est utilisé au Venezuela, en Iran, en Malaisie, en Indonésie, au Vietnam… Mais aussi en Algérie, en Ethiopie, en Erythrée et en Ouganda.

Rappelons que le BrahMos dans sa version initiale est en service depuis 2005 pour le modèle mer-mer (Indian Navy) et depuis 2007 pour la variante terrestre (Indian Army), toutes deux lancées depuis des conteneurs scellés. Volant à 3 000 km/h, c’est aussi le missile antinavire opérationnel le plus rapide au monde. Une version lancée verticalement depuis un sous-marin est aussi en développement. Elle a été testée depuis un ponton submergé en 2013 et les tests se poursuivent. Une variante air-surface plus compacte (désignée BrahMos-NG) est aussi à l’étude pour pouvoir être tirée de chasseurs comme le MiG-29K, le Rafale ou le Tejas, voire à partir de tubes lance-torpilles de sous-marins.

Toujours selon le Dr. Mishra, tout sera fait en Inde, dans les années à venir, pour permettre aux différentes versions du BrahMos de conserver une marge d’avance sur la concurrence, avec trois points forts : «plus de vitesse, plus de précision et plus de portée». Si la propulsion du missile reste basée sur une technologie russe, toute la partie relative au guidage a été le fruit d’un travail proprement indien, ce dont sa société se sent très fière. La version Block-III du BrahMos combine guidage inertiel hybride avec recalage par Glonass/GPS à signal géo-augmenté, le tout, géré par une carte électronique entièrement «made in India», procure au missile une précision finale inférieure à 5 mètres. Ce qui a été jugé opérationnellement suffisant pour atteindre des navires de surface ou des cibles critiques statiques comme des P.C. ou des bâtiments pouvant abriter des terroristes, sachant que le missile a démontré lors d’essais qu’il était capable de frapper des cibles camouflées, même cachées au fond de vallées encaissées, ou d’un navire de combat choisi précisément au sein d’une task force. Ceci à des distances supérieures à 400 km.

Une future version hypersonique, designée BrahMos-II, est en phase de conception initiale. Elle devrait atteindre Mach 7, voire Mach 8. Son entrée en service est prévue pour 2030.

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