Guerre de propagande dans la BSS

image AL-ANDALUSLe 24 mai, le site mauritanien Al-Akhbar, qui sert historiquement de caisse de résonance aux communiqués de l’agence de presse d’Aqmi, Al-Andalus, a diffusé un document caractéristique, dans sa phraséologie et sa mise en page, de ceux publiés précédemment sur le compte Telegram de l’organisation djihadiste, revendiquant une nouvelle attaque par le bataillon Al Nosr à l’aide de missiles Grad de la mine d’Uranium d’Arlit.

Aucun des grands observatoires du djihadisme, comme SITE ou Jihadology, ne reprendront cette information, à l’exception du site israélien MEMRI, installé à Washington, souvent cité par la chaîne tabloïd Fox News et dirigé par Yigal Carmon, l’un des anciens patrons de l’unité 504 de Tsahal, dédiée au renseignement humain, et conseiller d’Y. Shamir.

Le 25, le site Malijet évoque la découverte de huit cadavres au nord d’Arlit. Si le gouvernement nigérien et la direction d’Areva ont, depuis, nié ces événements, aucun des contacts locaux de TTU n’a pu confirmer cette attaque. Tout porte donc à croire que les commanditaires de cette opération ont porté un soin inédit à discréditer Aqmi, et son dispositif de relais médiatiques, comme le compte Twitter @Menastream, animé par le militant suédois Ramzi Nsaiba, qui diffuse des documents photos et vidéos souvent compromettants pour les forces de sécurité. Car depuis plusieurs mois, l’organisation terroriste a professionnalisé sa communication au point d’imiter celle de Daech (plan média, couverture en direct, montage vidéo, identité visuelle, traduction, recours aux chants djihadistes ciblant la jeunesse…).

Mais au Mali, cette politique se double aussi d’une véritable stratégie d’influence s’appuyant sur plusieurs vecteurs en fonction des cibles visées, et dans laquelle la filiale Ansar Dine excelle. Les campements nomades sont régulièrement visités sinon financièrement aidés, les populations urbaines sont, elles, travaillées par des rumeurs récurrentes et des campagnes d’affichages. Quant au web, il est l’objet d’une activité de contre-information en pleine croissance. Un dispositif de veille identifie les campagnes adverses et les neutralise par la mise en ligne de correctifs ou de documents multimédia, voire d’investigations numériques.

Fidèle aux enseignements du stratège militaire d’Al-Qaida, Abou Moussab al-Souri, Aqmi recherche moins les conquêtes territoriales que la perception d’impuissance du dispositif militaire et politique adverse par ses opérations, et la stigmatisation des inégalités socio-économiques des populations locales pour provoquer un soulèvement populaire.

A ceci s’ajoute l’intervention de personnalités publiques, comme le député du HCUA d’Abebeïra, Ahmada ag Bibi, cadre dirigeant d’Ansar Dine il y a deux ans, disciple d’Iyad ag Ghali, qui n’a de cesse de proposer ses services de médiateur et d’informateur à l’ambassade de France, alors même qu’il cherche à imposer la charia dans l’Adrar des Ifoghas. Sa sœur Aminatou Walett Bibi, qui se pose dans la presse malienne (Mali.actu, Malijet) en pacifiste anti-islamiste, est à l’origine de toutes les manifestations contre les forces françaises et la Minusma dans Kidal, Gao et Tombouctou. Ahmada ag Bibi aurait demandé, le 24 mai dernier, un million d’euros de dommages et intérêts à l’Etat français et à Areva pour son intermédiation dans le cadre de la libération des otages d’Arlit.

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