Le grand retour de l’IRST

Système de détection passif et discret par excellence, puisque basé sur la simple recherche de sources de chaleur à grande distance par thermographie basse fréquence, l’Infra-Red Search and Tracking system (IRST) de veille infrarouge n’est pas vraiment une nouveauté sur avions de combat. Inventé par la firme Texas Instruments, amélioré ultérieurement par Hughes, et utilisé pour la première fois au Vietnam à partir de 1967 par l’US Air Force (et sans grande efficacité, semble-t-il, du fait d’une technologie des semi-conducteurs alors balbutiante) d’abord sur les intercepteurs lance-missiles Convair F-102A déployés sur ce théâtre, puis peu après sur chasseurs F-8 Crusader et F-4B et C Phantom II, il fait actuellement, et un demi-siècle plus tard, un retour en force sur les versions actuelles des avions de chasse les plus en vue, comme l’Eurofighter, le Rafale, le F-35, les versions ultimes du F-15, les Su-27/30 (J-11) et autres MiG-29/35… et depuis peu sur le nouveau Gripen E et les nouveaux chasseurs chinois (J-10/20). Les principaux acteurs d’aujourd’hui dans ce domaine s’appellent Selex et Thales/Safran (ex-Sagem SAT) en Europe, Lockheed Martin et Northrop Grumman Electronic Systems aux Etats-Unis, ou encore UOMZ/Ekaterinbourg en Russie.

Il faut dire que la technologie en matière de capteurs IR et de filtrage algorithmique des signaux a fait d’énormes progrès depuis lors, les systèmes de veille IR actuels multi-bandes percevant les ondes de chaleur nettement plus loin et sur un bien plus large spectre autour de l’avion (voire sur un gisement de 360° avec le DAS du F-35). N’émettant aucun signal, l’IRST peut, sans jamais révéler la présence et la position d’un attaquant, détecter en silence et pister n’importe quelle cible en vol à courte et moyenne distances (environ 100 km). Pouvant être accompagné d’un ensemble électro-optique et d’un télémètre laser (comme sur Rafale), l’IRST se présente sous la forme d’une boule translucide montée à demeure sur le nez de l’avion, juste devant la verrière du pilote au-dessus ou en dessous du radar, mais aussi désormais en pointe d’une nacelle amovible pouvant être emportée sous le fuselage. Associé aux radars de nouvelles générations, un système IRST ajoute grandement aux capacités d’un avion de combat, ses informations IR pouvant être fusionnées avec celles d’autres capteurs présents sur la cellule pour donner au pilote une vision d’ensemble susceptible d’être directement projetée sur la visière de son casque (Helmet Mounted Display), afin de lui donner les meilleures capacités d’action et de réaction en combat aérien.

Qu’ils s’appellent SkyWard (sur Gripen E), Pirate (sur Eurofighter), OSF (sur Rafale) OLS-UE (sur MiG et Sukhoi) ou encore AN/AAQ-37 DAS (sur F-35), les systèmes IRST semblent désormais incontournables sur les avions de combat les plus en vue du moment, particulièrement du fait qu’ils sont performants et insensibles au brouillage électromagnétique. Complémentaire d’un radar qui, lui, voit plus loin — et donne des informations sur la vitesse d’une cible par effet Doppler —, ces systèmes de veille IR très améliorés sont par ailleurs des outils de marketing indéniables lorsqu’il s’agit pour un avionneur de vendre ses chasseurs à l’étranger. Pour preuve, le nouvel AN/AAS-42 « Tiger Eyes » de Lockheed Martin désormais monté sur les versions export du F-15E Strike Eagle (F-15QA, F-15SG, F-15K, F-15SA), directement sur la cheminée d’emport de la nacelle de désignation laser, ou tout nouvellement dans la pointe avant du réservoir ventral des F/A-18F Super Hornet ou encore sous la forme du « Légion pod » (de la taille d’une bombe de 250 kg) adaptable à tout type de chasseur — à la manière d’une nacelle de désignation laser ou de reconnaissance.

Paradoxalement en France, il semble que le choix a été fait par la DGA de renoncer, sur la future variante F4 du Rafale, à la voie IR fixe telle qu’utilisée avec succès sur l’OSF actuel. Forte du retour d’expérience des opérations conduites ces dernières années par les Rafale air et marine ainsi que sur l’évolution constatée des systèmes d’armes ailleurs dans le monde, c’est avec la future nacelle de désignation laser multifonction haute résolution Talios (TArgeting Long-range Identification Optronic System) de Thales, actuellement en cours d’expérimentation et destinée à entrer en service l’an prochain, qu’il sera possible, dans l’avenir, à un Rafale de poursuivre des cibles en mode IR aussi bien que de faire leur acquisition en mode air air et air-sol et de parfaire leur identification à grande distance au moyen d’une voie TV HD en couleur, cela en complément de l’OSF IT qui remplacera l’OSF actuel. La DGA a déjà commandé à Thales vingt de ces nacelles, sur un total envisagé de quarante-cinq pods pour l’armée de l’Air et la Marine nationale.

Articles similaires :