La gabegie du porte-avions «São Paulo»

NAE São Paulo (A12)Il devait initialement et à partir de l’an 2000, date de son transfert au Brésil, devenir le commandement à la mer le plus prestigieux de la Marinha do Brasil… Malheureusement l’ex-porte-avions «Foch» passe depuis cette date le plus clair de son temps amarré au quai de l’arsenal de l’île des Cobras à Rio de Janeiro — comme peuvent le voir quotidiennement les milliers d’automobilistes qui franchissent la baie de Guanabara en empruntant le pont de Niteroi, et comme ont pu l’admirer probablement aussi les touristes du monde entier venus voir les derniers Jeux Olympiques en août.

Il faut dire que les commandants du Naé «São Paulo» qui se sont succédés depuis lors n’ont guère eu l’occasion pour les plus chanceux que de faire des ronds dans l’eau à quelques milles de la côte carioca, entre deux avaries moteurs. Car tout le problème de ce vieux porte-avions (qui n’a plus navigué depuis bientôt dix ans) réside dans sa propulsion. Un type de propulsion plus que sexagénaire et complètement dépassé — 6 chaudières à mazout entraînant deux groupes turbo-propulseurs développant une puissance totale de 120 000 ch — que même le génie mécanique et bricoleur qui habite l’âme brésilienne n’a pu encore résoudre de façon appropriée, en raison de la vétusté et aussi du manque criant de pièces de rechange devenues extrêmement rares. Car le « São Paulo » a été victime, ces dernières années, de plusieurs avaries plus ou moins importantes, qui suscitent régulièrement l’inquiétude des marins et des politiques à Brasilia, soucieux de conserver un outil de puissance unique sur le continent sud-américain et qui reste la raison même de l’existence d’une aviation navale brésilienne indépendante.

Mis en service en 1963, en tant que «Foch», le «São Paulo» devait initialement entrer en refonte pour un an à Rio à l’heure où sont publiées ces lignes. Le but étant de remettre le porte-avions à la mer en octobre de l’an prochain, soit au printemps austral de 2017. À temps pour la première campagne d’entraînement des AF-1M (ex-A-4KU Skyhawk) de la flottille VF-1 de São Pedro de Aldeia, chasseurs-bombardiers nouvellement modernisés par Embraer dans son usine de Gavião Peixoto. En tout une flottille de douze avions (neuf monoplaces AF-1 et trois biplaces AF-1A), dont un a déjà été perdu en juillet dernier lors d’une collision en vol sans victime. Ces douze Skyhawk, survivants d’un lot de 23 avions d’occasion rachetés au Koweït au tournant du siècle, ont en fait très peu volé et sont en très bon état. Signé en septembre 2009, un contrat d’environ 100 millions d’euros a été consacré à la modernisation de ces douze avions. Il associe Embraer pour la cellule et l’industrie israélienne pour l’avionique entièrement refondue. De quoi faire durer ces avions une bonne dizaine d’années encore, voire plus.

Le «São Paulo», de son côté, est prévu pour rester en service jusqu’en 2040, selon les plans actuels de la Marinha do Brasil. Le vieux porte-avions, acheté en 2000 à la France pour 12 millions de dollars, a toutefois besoin d’une nouvelle modernisation urgente s’il veut durer ses… 80 ans. On pense actuellement à un nouvel ensemble de propulsion par diesel, voire électrique par pods comme sur les BPC ; une modernisation qui pourrait coûter 250 millions d’euros selon les chiffres annoncés par la presse brésilienne. Et c’est sans compter le coût d’une modernisation du système d’armes du bateau. Ce qui ferait logiquement monter la facture vers le demi-milliard d’euros. DCNS est bien sûr intéressé par ce projet et l’on sait son PDG Hervé Guillou prêt à faire avancer ce dossier sur lequel il a déjà travaillé. Une décision du Brésil est toujours attendue à l’issue des études préliminaires réalisées l’an passée. Le dossier, un temps laissé de côté, est entre les mains de Raul Jungmann, l’actuel ministre de la Défense du gouvernement de Michel Temer. De même qu’un autre, signé par un de ses prédécesseurs, en octobre 2011, concernant la transformation — un temps interrompue pour des raisons légales — de quatre bimoteurs embarqués d’occasion Grumman C-1 Trader destinés à être réutilisés plus de 30 ans après avoir été rayés des comptes de l’U.S. Navy ! Rebaptisés KC-2 après avoir été remis en état par une filiale d’Elbit aux USA et remotorisés avec des turbopropulseurs Honeywell TPE331-14GR équipés d’hélices à cinq pales Hartzell HC-135MA-5, le premier de ces avions devrait voler en novembre 2017 et être remis à la marine brésilienne fin 2018. Ces quatre KC-2 Turbo Trader — d’un modèle proche des Firecat utilisés par la Sécurité Civile française — seront des avions modernisés mis en œuvre par la Flottile de transport et d’alerte avancée VEC-1, créée et stationnée il y a peu à São Pedro de Aldeia, à une centaine de kilomètres à l’est de Rio de Janeiro. Ils y réaliseront depuis le bord du porte-avions aussi bien la surveillance radar avancée que le ravitaillement et le transport aérien à la mer.

De son côté le vieux porte-avions A-12 «São Paulo» est régulièrement entretenu et briqué comme il ne le fut jamais en France. Et il sert pour l’heure de plate-forme d’entraînement pour les personnels de pont d’envol qui y disposent à bord d’une cellule de SH-3 Sea King déclassée et d’un A-4KU Skyhawk dépourvu de moteur servant essentiellement à l’apprentissage de la manutention pour les opérations du pont d’envol. L’histoire du «Foch» est loin d’être terminée !

Articles similaires :