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Directeur: Guy Perrimond |
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Lettre d'informations stratégiques et de défense |
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Dossier |
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En direct d'Afghanistan Reportage sur l'action des Pays-Bas dans le sud afghan Par Guillaume Belan Tout droits réservés - TTU / Certes 2007 / Dossier réalisé en septembre 2007 |
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Les Néerlandais sous pression Engagée depuis août dernier dans le Sud afghan, l’armée néerlandaise est en charge de la province Uruzgan, longeant la province du Helmand, au nord de Kandahar. Avec 2 000 soldats et des moyens lourds, l’engagement néerlandais commence à peser pour ce pays de petite taille. Le budget alloué à la Task Force Uruzgan (TFU) a doublé depuis un an, atteignant 700 millions d’euros. A l’heure où La Haye doit décider de la poursuite de la mission de l’armée royale néerlandaise dans le Sud afghan au-delà de 2008, la population et les responsables politiques apparaissent divisés. Le gouvernement a déjà repoussé la décision attendue en août et devrait se prononcer sur le prolongement de la mission dans les deux prochains mois. Une solution intermédiaire semble se profiler. Conscientes de ne pouvoir maintenir un dispositif aussi important en Afghanistan que celui actuellement déployé, les autorités néerlandaises sont entrées en discussion pour recevoir l’appui d’une autre armée de l’Otan. Trois pays ont été identifiés par les Néerlandais : l’Allemagne, le Danemark et la France. A l’heure où les plus hautes autorités politiques françaises confirment leur souhait de s’engager plus avant dans l’ISAF (d’où la récente décision d’envoyer 150 OMLT supplémentaires), Paris sera-t-il prêt à s’engager dans la fournaise du Sud afghan ? On se souvient du refus de Jacques Chirac, il n’y a pas si longtemps. Chez certains militaires, on regrette que la zone de Kaboul, sous contrôle français, soit «si calme» et que de nombreuses armées alliées s'aguerrissent au combat dans le sud. |
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RC South |
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Province d'Uruzgan |
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RC South L’ISAF a pris pied dans le Sud, l’été dernier. La région est divisée en six provinces, avec le HQ du Regional Command Sud RC(S) basé à Kandahar. La province du Helmand est sous contrôle britannique ; la province de Kandahar, sous contrôle canadien avec une composante britannique ; Zaboul comprend une force roumano-américaine ; puis on trouve les provinces de Nimroz, Day Kundi et Uruzgan. Le commandement du RC(S) est assuré par le général britannique Page, qui a pris la succession du général néerlandais Ton Van Loon. Task Force Uruzgan Province montagneuse de 30 000 km2, la population atteint 34 000 habitants. Limité au sud par la province de Kandahar et à l’est par le Helmand, l’ensemble des zones habitées est confinée dans un espace réduit le long des rivières, notamment le Tiri Rud, dont les méandres remontent au nord et vers la Baluchi Valley. Arrivés l’été dernier, les Néerlandais ont récupéré le camp occupé par les Américains dans le cadre d’Enduring Freedom à Tarin Kowt, capitale de la province (HQ TFU). Un deuxième, plus réduit, a été installé à Deh Rawod, plus à l’ouest, qui comprend 300 soldats. Région pauvre, l’Uruzgan est traditionnellement un fief taliban, avec une population à majorité pachtoune. La population apparaît assez divisée : 10 % protaliban et 30 % d’autres financés par le mouvement intégriste ou contraint de se battre pour eux. L’ISAF table sur la majorité dénommée “Middle Swing”, ni pour ni contre, qu’il convient de convaincre du bien-fondé de l’opération multinationale. Deux camps américains d’Enduring Freedom sont aussi présents dans la province (Cobra et Anaconda). L’ossature de la TFU est néerlandaise, mais un contingent australien vient renforcer le dispositif, avec près de 700 soldats. Outre un composante de forces spéciales, les Australiens bâtissent la RTF (Reconstruction Task Force, 400 soldats ingénieurs), qui forme la composante construction lourde de la TFU. Ainsi, les trois principales composantes de la TFU sont le Battle Group, le PRT (Provincial Reconstruction Team) néerlandais et le RTF australien. |
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Un Bushmaster et trois Mercedes Wolf reviennent d'une manoeuvre au sol dans la "green zone", endroit boisé longeant la rivière Tiri Rud, particulièrement apprécié des Talibans qui peuvent s'y camoufler facilement. |
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Action au profit des forces de sécurité afghanes Les zones d’influence ISAF sont, en principe, remises aux mains de la police afghane et de l’armée, tandis que les Néerlandais concentrent leur action sur des zones plus éloignées. Reste que les forces de police locales (ANP), encore insuffisantes en nombre, mal payées (70 dollars par mois) et peu considérées, se livrent à des actions de racket ou se transforment en milices au plus offrant. Une réforme du paiement des policiers est en cours à Kaboul. A l’inverse, l’armée afghane (ANA), mieux rémunérée (à partir de 100 dollars par mois), bénéficie d’une bonne image au sein de la population. A la différence des policiers, qui sont employés dans leur commune, les soldats afghans ne sont pas liés par des liens tribaux. Ces deux forces sont employées de manière différente : alors que les policiers tiennent les check-points, l’ANA est une force mobile. Guerriers dans l’âme, les soldats afghans manquent cependant de cohésion. Résultat : indépendants au niveau escadron, toutes les actions au niveau supérieur et opérations d’envergure deviennent compliquées. Pour le moment, seule une compagnie de l’ANA est présente dans la province de l’Uruzgan, principalement utilisée dans les vallées boisées, les plus peuplées, où l’engagement des véhicules est difficile. «C’est ce qui fait la force de l’ANA», confiait l’un des douze officiers OMLT (Operational Mentoring Liaison Teams). A la fin de l’année, c’est une brigade d’infanterie en provenance de Kandahar qui est attendue à Tarin Kowt (en conséquence, le nombre d’ OMLT sera monté à 70). |
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Contact entre l'armée néerlandaise et des soldats afghans. A la fin de l'année, c'est une brigade entière qui est attendue dans l'Uruzgan. |
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Le dispositif néerlandais Le Battle Group est composé de douze pelotons répartis en quatre compagnies, armées par le bataillon Stoottroepen (Air Assault Infantry). Il est renforcé par des éléments d’une compagnie d’infanterie mécanisée. Des pelotons sont installés dans des postes avancés (Chorah...), une compagnie est basée à Deh Rawod et le reste à Tarin Kowt (dont une force QRF assurée par rotation). Les véhicules utilisés sont l’APC chenillé YPR-765 muni d’un canon de 25 mm, le Patria XA-188 GVV avec une mitrailleuse de 50, et près de 15 Bushmaster commandés en urgence pour cette mission. Ce dernier est particulièrement apprécié des Néerlandais. Son confort, sa vitesse et sa capacité de franchissement sont jugés excellents. Trois Bushmaster ont été victime d’IED sans qu’aucun des équipages n’ait été touché. Il vient de recevoir une mitrailleuse de 50 mm et une vision thermique. Les pelotons ont tous un Patria, un Bushmaster et quatre Jeep Mercedes. Mélange de blindés, pour la protection, et de Jeep (véhicules rapides), pour les contacts avec la population, les pelotons sont renforcés par un véhicule guerre électronique, un démineur et un PRT (Bushmaster). Les pelotons de reconnaissance sont équipés de véhicules Fennek. L’appui au sol Trois Howitzer PZH2000 de 155 mm sont déployés dans l’Uruzgan pour des tirs d’appui. Deux sont basés à Deh Rawod et un à Tarin Kowt. Avec une portée de 40 km, ils sont capables d’appuyer les actions au sol, la zone de combat étant réduite (50 km sur 20 km). Par ailleurs, les Néerlandais ont déployé cinq hélicoptères Apache-Delta du 301 Squadron (Gilde Rÿen air base). Ces derniers disposent de trois systèmes d’armes : missile Hellfire, pod de roquette (2.75 inch) ainsi qu’un canon de 30 mm. Par ailleurs, l’Apache est muni d’un système d’autoprotection du type AMASE (Apache Modular Aircraft Survavibility Equipment), ainsi que d’un détecteur laser. A noter la très bonne disponibilité des machines, parfois rentrée de missions avec plusieurs impacts de balles. Elles sont basées à Tarin Kowt et travaillent toujours en binômes, dépendant de RC South. Mis à part des missions de protection de convois, la plupart des engagements sont du Close Air Support. Les quatre points d’emport sont configurables, et le plus souvent reçoivent les pods de roquettes, armement le plus approprié à la situation avec le canon. |
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Les patrouilles sont efféctuées par des pelotons renforcés (démineurs, guerre éléctronique, PRT). |
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Cinq Apache ont été déployés sur le théâtre afghan, opérant depuis Tarin Kowt au profit de l'ensemble de la région sud |
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Un automoteur d'artillerie PZH2000 rejoint sa position de tir, situé dans la grande enceinte du camp hollandais. |
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Les talibans ajustent leur tactique La période des combats contre des fermiers inexpérimentés payés par les talibans est révolue. C’est contre des talibans (dont de nombreux étrangers, principalement pakistanais, souvent financés par l’argent de la drogue) bien entraînés que les troupes occidentales doivent se battre. «Les talibans sont de plus en plus féroces et de mieux en mieux entraînés», nous dit le commandant du Battle Group, le colonel Jelte Groen. Ils ont recours à deux types d’engagements. Un lointain, derrière la colline, avec quelques tirs de mortiers ou de RPG, puis ils changent de position très rapidement, ne laissant pas le temps aux tirs d’appui de l’artillerie de s’organiser, ni aux hélicoptères Apache d’arriver sur zone. «Ils sont très bien organisés», constate le colonel Groen. Les zones de tirs des mortiers sont prédéfinies et ils les transportent rapidement d’un point à un autre. Ces points sont humidifiés afin de ne pas soulever la poussière. «Leurs tirs sont de plus en plus précis.» Le deuxième type d’engagement est au contraire très proche. Dans les zones boisées et habitées, où il est aisé de se camoufler, les talibans arrivent à encercler les patrouilles. «Sans nous en rendre compte, ils sont à quelques mètres de nous», rendant tout tir d’appui d’artillerie ou intervention d’hélicoptère impossible. «Les talibans opèrent par cellule de quinze personnes maximum, et sont devenus très mobiles. Ils tendent des embuscades en nous encerclant, tentant de nous couper de nos appuis», continue l’officier néerlandais. «Nous avons aussi appris à devenir très mobile afin de ne pas se laisser dépasser.» Dernier changement enregistré, le recours aux IED et attaques suicides, cause principale de la mort des soldats engagés. Une tendance qui cause aussi de nombreuses pertes au sein de la population locale. Certains l’analysent comme un signe encourageant, les dommages causés aux civils entamant la crédibilité des talibans et leur soutien au sein de la population. Plus au sud de la région néerlandaise, Al-Qaida se serait réorganisée en deux groupes de combattants. D’abord, autour de Baktika, Khost et Loujer, la brigade conduite par Abou Ikhlas al-Misri et Abou Yahya al-Libyi s’active. A Halemand et Baktia, une nouvelle formation composée de 250 combattants, connue sous le nom de l’armée d’Al-Mahdi, serait dirigée par Abou al-Hareth. Le porte-parole d’Al-Qaida en Afghanistan, Abou Abdallah, aurait justifié cette réorganisation par les contraintes logistiques et la nécessité d’échapper aux traques des forces internationales. |
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Stratégie de la “tache d’huile” La stratégie adoptée par les Néerlandais est celle de la “tache d’huile”. C’est-à-dire étendre progressivement la zone d’influence ISAF autour des positions fortes : Tarin Kowt et Deh Rawod, dans un premier temps. L’armée hollandaise a, dans la même veine, installé des postes avancés plus au nord (Puentjak, Volendam et Chorah), armés chacun par un peloton. A chaque terrain reconquis, les Néerlandais engagent des travaux de reconstruction grâce aux PRT et RTF tout en installant des check-points pour la police afghane. «Depuis un an que nous sommes engagés, nous enregistrons des succès certains, notamment dans l’extension de notre zone d’influence», nous confiait le commandant australien, le colonel Harry Jarvie. Reste que, sur place, la TFU attend avec impatience l’arrivée de l’armée afghane. Les 2 000 soldats de l’ISAF engagés ne suffisent pas à couvrir l’ensemble de la province, et dès qu’une zone a été nettoyée de la présence talibane, dès les troupes reparties, les zones sont très rapidement réinvesties par les OMF (Opposing Militant Forces). Seul l’engagement plus massif des forces de sécurité afghanes pourra changer cette situation en prenant le contrôle de ces zones. Equipements afghans Les policiers afghans, dont les check-points sont très souvent pris pour cible par les talibans, ne sont armés que d’AK-47. Pour le reste, des véhicules 4X4 Toyota leur sont fournis par l’ISAF. L’ANA (Armée nationale afghane), outre l’AK-47, est équipée de RPG, de SPG-30 (avec lance-grenades) et de PGM. Elle a aussi à sa disposition des mortiers, que les officiers OMLT sont réticents à utiliser, par peur des dommages collatéraux. Bref, exactement le même équipement que celui des talibans. |
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La bataille de Chorah A la mi-juin, les troupes néerlandaises ont mené la plus grande manœuvre de leur histoire depuis la Seconde Guerre mondiale. Dès la fin avril 2007, le poste avancé ISAF, armé d’un peloton, et les différents check-points tenus par l’ANP autour de Chorah recensent des attaques, dont la reprise d’un check-point de l’ANP par les talibans (Kala Kala). Ce dernier est réinvesti par le peloton néerlandais. Ils prennent alors conscience de l’intérêt porté par les talibans de la zone de Chorah, carrefour des voies d’accès vers le nord. La TFU prend la décision de poster en permanence une compagnie. Le 16 juin, des postes de police sont sous le feu des talibans. Ces derniers sont estimés à 70 combattants. Rapidement les forces afghanes et néerlandaises reçoivent un soutien aérien (PZH2000, A-10 américain et Apache). Un Patria est touché par un mortier taliban. Le combat qui gagne en intensité se solde par la mort de quarante talibans. Peu de temps après, un autre poste est pris à partie, plus à l’est (Sarab). Le check-point a été détruit, tandis qu’un autre poste note l’arrivée de plus de 500 talibans. Les combats font rage et, le soir, le commandant de la compagnie néerlandaise demande s’il doit se retirer face à l’afflux permanent de combattants. Il ne contrôle alors plus que 4 km2, et la population est forcée de se battre contre l’ISAF. Le commandant de la TFU décide de tenir la position et envoie en renfort toutes les unités disponibles ainsi que des miliciens afghans. Les 18 et 19 juin, les Néerlandais vont mener la contre-offensive. Bilan : près de 1 000 talibans sont tués, dont de nombreux chefs locaux (Mollah Mutalib, chef taliban de la province). |
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Un Bushmaster traverse une bourgade. Une vingtaine de ces véhicules ont été commandés par La Haye spécialement pour le théâtre afghan |
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Une unité de reconnaissance en action. L'arme réglementaire neérlandaise est le Diemaco, M-16 produit sous licence au Canada. Derrière un Bushmaster. |
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Un véhicule blindé de transport de troupe YPR-765. |
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Texte et photos : G. Belan. Tout droits réservés. TTU 2008 |
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