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Directeur: Guy Perrimond |
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Lettre d'informations stratégiques et de défense |
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Dossier |
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Sahara Occidental : la carte française |
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Par Guillaume Belan, avril 2008 |
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Séance d'entraînement dans un des trois camps de formation militaire sahraoui (Ecole Elouali). |
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Alors que le Conseil de sécurité doit se saisir, dans les prochains jours, du dossier sahraoui, la plupart des dirigeants du Front Polisario n’en attendent rien, suite à l’échec du quatrième tour des négociations avec le Maroc, qui s’est achevé le 18 mars dernier. La dernière carte diplomatique à jouer est française. «Sans la France, il n’y a pas de solution», affirmait à TTU le ministre de la Défense de la RASD (République Arabe Sahraouie Démocratique), Mohamed Lamine Bouhaly. Rappelons que la France soutient la position marocaine d'autonomie, malgrès les résolutions du Conseil de sécurité prévoyant l'organisation d'un réferundum pour une autodétermination du peuple sahraoui (indexion; autonomie ou indépendance). Une position confirmée par le chef de la délégation de négociation avec le Maroc, Mahfud Aliba, également président du Parlement sahraoui, qui reconnaît que le Front a négligé les relations avec la France, et que l’action avec Paris «est aujourd’hui notre sujet de travail le plus important pour trouver une solution diplomatique». Ce nouvel axe d’effort s’est concrétisé par la nomination comme représentant du Front Polisario à Paris d’Omar Mansur, ancien ministre des Affaires étrangères de la RASD. Alors que le président Chirac était considéré par les Sahraouis comme très proche de la famille royale marocaine, le Front espère profiter du nouveau gouvernement Sarkozy et de liens moins personnels avec Mohammed VI. Un espoir qui semble s'éloigner suite à la visite la semaine dernière de François Fillon à Rabat, au cours de laquelle le premier ministre français à réaffirmé le soutien de Paris aux positions marocaines. Le Front Polisario menace Reste qu’en cas d’échec de la voie diplomatique, le 12e Congrès du Front Polisario menace de reprendre les hostilités. «Nous avons du mal à contenir la jeune population sahraouie, qui désire reprendre les armes», confiait à TTU Mahfud Aliba. Alors que les forces militaires de la RASD représentent près de 15 000 hommes, c’est près du double qui pourrait être engagé en comptant la réserve. «Nous mènerons une guerre d’usure», prévient le ministre de la Défense. Avec des moyens limités, l’armée sahraouie compte sur une flotte importante de véhicules 4x4 Toyota puissamment armées (bi-tubes ZSU 23 mm ou ZPU de 14.5, système antichar AT-3 Sagger…) et de BMP-1. Selon Mohamed Salem Abdullah, chef de l’école de formation militaire Elouali, le recours à de petites unités très mobiles, armées de mortier et de RPG, serait privilégié en cas d’engagements, tandis que la composante blindée (T-55 et T-62) ne serait utilisée que pour des actions coups de poing sporadiques. «Nous frapperons le Maroc jusque dans les centres de pouvoir», menace le ministre de la Défense, qui assure qu’une reprise des combats «ne se limitera pas dans la partie sud». Une déclaration d’intention qui ne peut néanmoins se traduire dans les faits sans l’aval d’Alger, peu pressé de se livrer à une escalade avec Rabat. |
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Le risque terroriste Avec pour objectif, en cas de reprise de la lutte armée, de prendre pour cible les lieux du régime marocain, la dérive vers des actions terroristes pourrait être vite franchie... "Nous ne mènerons pas des actions terroristes contre la population marocaine" prévient le Ministre de la Défense de la RASD. Reste qu'une reprise des hostilités militaires pourraient aboutir à une confusion dans la région. Avec un activisme de plus en plus important d'Al Qaeada au Maghreb Islamique (ex GSPC), sur les territoires marocain, algérien ou mauritanien, il sera difficile de faire la différence entre actions militaires du Front Polisario et terroristes. Une situation qui pourrait bénéficier en premier lieu à Al Qaeada. Dans les camps de réfugiés, les autorités sahraouies reconnaissent que des théologiens intégristes effectuent de temps en temps des prêches, prônant une Islam plus radical. Un message qui pourrait être reçu par une jeunesse en manque de perspective, qui se tourne plus facilement vers la religion. La position du Front Polisario est de prendre une part active à la lutte contre Al Qaeada au Maghreb Islamique. Dans ce cadre, recemment certains terroristes venant du Mali ont été traqués et emprisonnés par les forces sahraouies. "Nous sommes prêts à soutenir le nord-ouest africain dans la lutte contre le terrorisme dans la région", assure le Ministre de la défense. |
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Un réfugié devant les images des répressions marocaines contre l'intifada pacifiste menée par la population sahraouie en territoire marocain. |
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Le mur marocain Depuis les années 80, Rabat à érigé un mur défensif de plus de 2400 km de long, séparant les territoires sous contrôle marocain et ceux "libérés" dont la principale ville sahraouie de Tifariti. Ce dispositif défensif est sans cesse amélioré, notamment avec de nouveaux capteurs (radars...). Protégé par un champs de mines, le mur comprend diverses "couches": barbelés, mur de sable de près de 2 mètres de haut, fossés anti-char, des points d'appui fortifiés hébergeant une section sont situés tout les 2 à 3 kilomètres le long du mur, appuyés à quelques kilomètres en arrière par des Bataillons d'Infanterie Secteur (BIS), prêt à intervenir en cas d'accrochage sur le mur et dont l’action est renforcée par des batteries d'artillerie. Un dispositif qui ne semble pas effrayer l'armée sahraouie. "Nous avons par le passé enfoncé le mur et capturé des points d'appui en de maintes occasions, nous le referons" assure un cadre de l'armée. Reste que la reprise de l'activité militaire marocaine dans le sud du pays, non loin du mur, inquiète les sahraouis. "Depuis novembre, le Maroc renforce son dispositif militaire et organise de vaste manoeuvres militaires. Cette situation nous préoccupe, tout comme le réarmement global du Maroc" assure Mahfud Aliba. Outre l'acquisition de F-16 américains récemment décidée, Rabat se réarme depuis quelques années: hélicoptère d'attaque Cobra, char T-72, système d'artillerie TRF-3 de 155 mm... |
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Maquette du mur marocain, présentée dans le musée de la guerre sarhaoui, à Rabougnié, capitale du gouvernement réfugié de la RASD. |
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Des camps sous perfusion Quatre camps de réfugiés ont été installés dans le territoire confié par l’Algérie à la RASD. Près de 160 000 réfugiés vivent là depuis trente ans, dans la région de Tindouf. Sur place, la vie s’est organisée, les maisons en briques de sable sont maintenant bien plus nombreuses que les quelques tentes de l’UNHCR. Ces camps s’étendent sur plusieurs kilomètres et sont organisés de la même manière. Une partie comprend les bâtiments administratifs (représentations officielles, écoles…), une autre le marché, tandis que, sur de grands espaces ont été installés, par les différentes familles de réfugiés, des enclos pour le bétail. La population des camps vit grâce à l’aide internationale, notamment du HCR, qui, via le croissant rouge, fournit de la nourriture, ainsi que de multiples ONG, principalement espagnoles, mais aussi autrichiennes, danoises ou françaises… Chaque camp comprend plusieurs daïras (communes), regroupant quatre quartiers avec un maire à sa tête. Certains camps, comme celui de Smara, le plus grand, regroupent six ou sept daïras, et constituent alors une wilaya, dirigé par un gouverneur, élu au Congrès. Sous couvert d’anonymat, le représentant d’une ONG espagnole, présent depuis une dizaine d’années, reconnaît que la situation de crise s’éternise. Les réfugiés s’installent de plus en plus durablement, «les maisons sont le plus souvent en ciment, alors qu’avant elles étaient en sable. Quand il pleuvait et que ces maisons s’écroulaient, les gens reconstruisaient. Ce n’est plus le cas maintenant». Revers de l’aide internationale, la population vit dans l’assistanat. Bien que pauvre et vivant modestement, tout ce qui est nécessaire est fourni par l’aide humanitaire. Résultat, les gens ne travaillent pas et la jeunesse se laisse aller à l’alcool ou la drogue. Avec le temps, certaines fractures sont apparues dans cette population de réfugiés. Marché noir, corruption, argent qui arrive par des membres de la famille travaillant à l’étranger (beaucoup étudient à Cuba ou en Espagne et y restent travailler), provoquent quelques tensions. |
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Le camps de Smara, le plus important camps de réfugiés, à quelques kilomètres de Tindouf. Après plus de 30 ans d'exil, les tentes de l'UNHCR ont laissé place à des constructions en dur. |
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Texte et photos : Guillaume Belan. Tout droits réservés. TTU 2008 |
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