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Directeur: Guy Perrimond
Rédacteur-en-chef : Guillaume Belan

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Lettre d'informations stratégiques et de défense

Dossier

Kurdistan : l’armée turque dans l’impasse

15/10/2008

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L’armée turque s’enlise dans sa guerre contre le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Pour la 7e fois consécutive depuis l’attaque du 3 octobre dernier dans le sud-est de la Turquie, qui a fait 17 morts dans les rangs de l'armée, l'aviation turque a bombardé des positions du PKK dans le nord de l'Irak. Et à la demande du gouvernement, le parlement turc a prorogé pour un an le mandat autorisant l’armée à s'attaquer aux rebelles retranchés en territoire irakien.

Pour tous les observateurs, cette reprise des hostilités signe l’échec de l’option militaire suivie par les autorités turques contre le PKK et notamment de la campagne menée par l’armée contre ce dernier il y a près d’un an, qui visait à les frapper jusque dans leurs bases. “Les communiqués de l’armée turque sur le bilan de ses opérations ne convainquent plus personne”, commente un expert occidental à Ankara. Par exemple, récemment, en ce qui concerne le nombre de victimes parmi les rebelles et le résultat d’une attaque menée contre une grotte, située dans une zone fermée aux observateurs indépendants.

Crédits: forces armées turques

Tensions internes

Par ailleurs, la crise récente, ouverte avec l’attaque du 3 octobre, a été gérée avec une certaine confusion. Le chef d’état-major de l’armée de l’air, qui jouait au golf au moment de l’annonce de l’opération, n’est revenu au sein de ses troupes que le lendemain. Ce qui n’a pas empêché le commandement militaire d’annoncer que c’est lui qui a donné l’ordre de la riposte de l’aviation, quelques heures après l’attaque. Malgré ces couacs, les journalistes présents en Turquie constatent un réel effort de communication des militaires au cours des derniers mois. Le nombre des accréditations de presse a en effet augmenté, l’armée a mis en place un bureau de liaison ouvert 24 heures sur 24 et le colonel qui était responsable du service de communication a été remplacé par un général. Ce dernier n’a pas manqué d’organiser une conférence de presse à la suite de l’attaque du PKK. Or l’effort de communication des militaires n’est pas uniquement motivé par un souci de transparence, estime une source occidentale, qui explique que l’armée en a assez qu’on lui fasse endosser la responsabilité de l’échec de la stratégie suivie contre les rebelles kurdes, alors que l’AKP est au pouvoir depuis près de six ans.

Contrairement à ce que font croire certains hommes politiques d’Ankara, les militaires ne jouent pas toujours les va-t-en guerre contre le PKK. La plupart des membres l’état-major seraient en particulier opposés à une nouvelle offensive visant à la constitution d’une zone tampon dans le nord de l’Irak, car celle-ci ne ferait qu’exposer davantage la troupe aux coups de la guérilla kurde. Quoi qu’il en soit, les divergences restent importantes entre les militaires et l’équipe de l’AKP au pouvoir, comme en témoigne la série de réunions du conseil de lutte contre le terrorisme depuis une semaine (le 3e s’étant tenu mardi dernier), qui n’a pas encore débouché sur des résultats tangibles.

Plus que des opérations de grande envergure, l’armée veut surtout disposer de davantage de moyens pour engager un travail en profondeur sur tout le territoire national, pour affaiblir le PKK et le couper du soutien de la populations kurdes (opérations de police, contrôles, fouilles, détentions préventives, etc.). Une stratégie qui répugne au premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, car elle serait en contradiction avec exigences de l’Union européenne, dans la perspective d’une adhésion de la Turquie. En attendant de trancher ces questions, Ankara poursuit ses négociations avec le gouvernement kurde irakien, pour trouver des moyens de couper les rebelles de leurs bases.

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Crédits: forces armées turques

Des moyens inadaptés

L’armée turque souffre d’un problème chronique, sa structure et son équipement n’étant pas adaptés à la guerre de partisans. Sans compter le fait que ses unités envoyées au Kurdistan sont composées principalement de conscrits. En outre, les Israéliens auraient retiré leurs drones de la région, car les Turcs n’ont pas passé commande des engins qu’ils leur avaient loué.

Ankara menace actuellement d’envahir le nord de l’Irak, mais l’opposition de l’administration américaine rend ce projet difficile à exécuter. Les observateurs s’interrogent sur l’efficacité d’une telle stratégie, que l’armée turque a déjà mise en œuvre au Kurdistan irakien depuis 1984. Il existe, en outre, un conflit entre les autorités politiques et militaires turques sur l’ampleur de la riposte contre le PKK. Alors que le Premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, est en faveur d’une offensive ponctuelle, certains généraux souhaitent l’établissement d’une zone tampon au Kurdistan irakien. En tout état de cause, les observateurs tablent sur un conflit entre le chef du gouvernement autonome kurde, Massoud Barzani, et le président de la République irakienne et leader de l’UPK, Jalal Talabani, partisan d’une ligne de conduite plus ferme à l’égard du PKK. Le président a déjà accepté de livrer des membres du parti rebelle kurde aux autorités turques.

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La mutation militaire du PKK

La dernière attaque du PKK montre une inflexion du mode opératoire suivi par le parti rebelle kurde. L’opération a été menée par une importante unité militaire comprenant 230 hommes, appuyés par des tirs d’artillerie (bombardements au mortier), ce qui constitue une rupture avec les modes opératoires du passé, où les attaques se faisaient au moyen de commandos n’excédant pas une dizaine d’hommes.

Selon des sources de renseignement locales, le PKK a connu des changements profonds dans sa structure politique et militaire. Il a notamment réorganisé ses unités de combats sous l’autorité de 135 commandants locaux. La plupart de ces commandants sont issus de la diaspora kurde, venant notamment d’Allemagne, de Russie et de Libye, qui sont rentrés au Kurdistan après la chute de Saddam Hussein. Le courant favorable à la lutte armée, qui a profité de la complaisance du gouvernement autonome kurde d’Irak, contrôle actuellement le parti. Ce courant est dirigé par Ergud Bahzal, chef militaire du PKK dans le nord de l’Irak. Il serait détenteur d’un passeport allemand, ayant vécu longtemps à Francfort. Il a réussi à marginaliser les chefs du courant modéré, favorables à des arrangements politiques avec Ankara, notamment Othman Öcalan, frère du leader kurde emprisonné en Turquie. Öcalan serait actuellement sous la protection des peshmergas du PDK, de Massoud Barzani (chef du gouvernement autonome).

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