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Directeur: Guy Perrimond |
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Lettre d'informations stratégiques et de défense |
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Dossier |
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En direct du Sud Liban Reportage sur l'action de la FINUL Par Guillaume Belan Tout droits réservés - TTU / Certes 2007 / Dossier réalisé en avril 2007 |
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Avec l’arrivée des derniers contingents, la Finul renforcée termine son déploiement. Alors que les Qataris sont arrivés depuis quelques semaines, sous commandement du bataillon français, une compagnie d’infanterie coréenne (équipée de véhicules Denel) viendra, dans les prochains jours, compléter le dispositif (sur la zone côtière). Depuis le mois d’août 2006, la Finul est passée de deux à huit bataillons. Une situation parfois proche d’un casse-tête pour le Quartier général (HQ), qui doit caser tous les contingents, alors que partout les constructions locales reprennent. Au sol, l’atmosphère est «décrispée», confiait à TTU le colonel Palu, chef de corps du bataillon français. La population, au début réticente, s’est habituée aux nombreuses patrouilles et les contacts journaliers sont aujourd’hui bons, surtout grâce à la multiplication des actions civilo-militaires — aide médicale, éducation, déminage. Aujourd’hui, les tensions se concentrent sur la “blue line”, frontière libano-israélienne, à la démarcation parfois difficile, comme à Meiss-el-Jebel, entre les FAL (armée libanaise) et Tsahal. Le dialogue est cependant maintenu et les réunions tripartites se multiplient sous l’égide de la Finul entre les Israéliens et les Libanais sur la séparation de frontières. Même difficile, avec des pierres d’achoppement sur les fermes de Chebaa ou des villages coupés en deux, l’optimisme semble aujourd’hui l’emporter. Alors que l’ensemble des mouvements politiques libanais semble miser sur l’armée, les FAL reprennent possession de leur frontière. Les brigades libanaises sont en phase de déploiement et installent des positions et des miradors le long de la “blue line”, avec, note un officier français, «une réelle volonté de tenir leur frontière». De même, les camps palestiniens sont étroitement contrôlés et surveillés par les FAL. La présence du Hezbollah, si elle est perceptible, ne pose plus de réels problèmes. Seules quelques actions d’observations (prise de photos, film des patrouilles et camps) inquiètent les autorités militaires multinationales. Les nombreuses caches d’armes ou positions des partisans de Nasrallah sont progressivement reprises ou détruites par les FAL. Cependant, aucune arme n’a été retrouvée, et, même si le Hezbollah a été durement touché durant la guerre de cet été, sa capacité militaire demeurerait intacte. Reste que, si sa pression s’est relâchée dans le sud, des observateurs sur place notent un renforcement du Hezbollah au nord du Litani et au sud de la capitale, zone non contrôlée par la Finul. |
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La zone Finul A la subdivision en cinq secteurs de compétence nationale (français, espagnol, ghanéen, indien et italien) de la Finul 1, la zone Finul 2 repose sur deux grands secteurs de responsabilité : secteur Ouest sous commandement italien (HQ à Tibnine) et secteur Est, sous commandement espagnol (HQ à Marjayoun). Ainsi, le dispositif actuel couvre une zone plus étendue, englobant également le secteur de Tyr dans la zone d’interposition, jusqu’au fleuve Litani. |
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La zone française Le contingent français est déployé dans une zone centrale particulièrement sensible, comprenant la ville de Bint Jbeil, bastion du Hezbollah. La zone sous contrôle du GTIA français comprend aussi l’axe principal remontant du sud vers le nord, très utilisé par les belligérants durant la guerre de l’été 2006 et beaucoup bombardé. Jusqu’en juin 2007, date où la 3e BM viendra prendre le relais, l’essentiel du GTIA français est aujourd’hui composé du 501/503 RCC et du 1er Tirailleurs. |
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La QRF La QRF (Quick Reaction Force), ou force “coup de poing” de la Finul renforcée, constituée des chars Leclerc et AUF-1, est placée au centre de la zone Finul, à Deir Kifa (poste 9-1), zone sous contrôle français. L’avantage, comme l’ont révélé les incidents du 7 février, tient au fait que l’escadron de chars Leclerc peut en très peu de temps réagir dans toute la zone Finul. Les quatre canons AUF-1 disposent de huit emplacements prédéterminés, non loin du poste 9-1. Avec une portée proche de 30 km et leur position centrale au sein de la zone Finul, les automoteurs de 155 mm peuvent être prêts à tirer dans toute la zone comprise entre la “blue line” et le Litani. Depuis le 20 janvier, un deuxième état-major “special QRF” a été créé, dépendant directement du HQ Finul, en ce moment sous commandement italien du général Grazziano. |
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Dissuasions blindées Comme l’ont récemment révélé les événements du 7 février au sud du Liban, l’action du bataillon français prouve l’efficacité du concept d’engagement retenu pour ses blindés. Dans la nuit du 6 au 7 février, des éléments israéliens empiètent de quelques mètres la blue line, la séparation israélo-libanaise. Les unités blindées libanaises présentes sur place engagent immédiatement l’armée de Tsahal, malgré un rapport de force défavorable. Echanges de coups de feu, un missile tiré vient percer le bas de caisse d’un blindé libanais. Immédiatement prévenue, la FINUL dépêche sur place la composante blindée de la QRF (Quick Reaction Force), composée des Leclerc, tandis que les AUF-1 prennent position à quelques kilomètres et braquent leur canon sur la zone de l’incident, prêt à engager. Résultat, le cordon de sécurité mis en place grâce aux Leclerc gèle rapidement les hostilités. Le 501/503 Régiment de Chars de Combat (1re brigade mécanisée), arrivé depuis seulement quelques jours aura vite été plongé dans le chaudron libanais. Aujourd’hui, le dispositif lourd français de la Finul repose sur une double dissuasion. Une première tactique, où le char de combat est engagé à la façon de la cavalerie légère, c’est à dire toujours en mouvement, afin de ne pas constituer une cible facile. Contrairement à des idées reçues, les chars ne sont pas embossés, face au sud. Les Leclerc sont en patrouille à la frontière israélienne, évitant les positions statiques. Pour la première fois, les pelotons Leclerc ont adopté le dispositif dit de cavalerie blindée. Ce format tactique comprend une partie investigation/reconnaissance constituée de deux VBL (armés de missile Milan ou de 12.7) et une deuxième partie, dite «feu», où l’on retrouve la patrouille de deux Leclerc. Tandis qu’un AMX10P et son groupe débarqué assurent la protection rapprochée des blindés lourds. Ce couple « investigation /feu » offre une grande souplesse d’action quels que soient le contexte d’engagement et la nature de la menace. Par ailleurs, des patrouilles interarmes, associant notamment les AMX-10P du 1er régiment de tirailleurs, sont montées dans les zones très compartimentées. Cette utilisation du char français permet par ailleurs d’employer au mieux les capacités d’observation du Leclerc série 2 et d’avoir une bonne image de la situation des deux côtés de la frontière, tout en montrant la présence bien réelle de l’engin. La deuxième dissuasion est opérative, avec la réserve Leclerc, constituée des neuf ou dix chars restants et qui, avec les quatre automoteurs AUF-1, forment le fer de lance de la Finul renforcée, prêt à intervenir en cas de coup dur avec une puissance de feu redoutable. D’autant plus que le dernier standard du char français bénéficie de la fonction “hunter killer”, permettant l’engagement de cibles à des cadences très rapides. Une capacité dont n’est pas dotée le Merkava. Quant aux AUF-1, ils disposent de 8 emplacements pré-determinés, situés non loin du camp français 9-1, qui leur permettent d’avoir à portée l’ensemble de la zone sous contrôle des nations unies. Dans la nuit du 7 février, deux AUF-1, accompagnés de leurs moyens d’artillerie, étaient prêts à engager. |
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Une patrouille Leclerc "manoeuvrante" en observation temporaire, non loin de la frontière Israélienne. |
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Le mode opératoire français Le long de la “blue line”, deux types de surveillances sont effectuées : une reconnaissance tactique sur véhicules légers et une plus précise sur des postes d’observation avancés (qui dispose d’unités pouvant réagir en moins d’une demi-heure sur la zone couverte). Pour les patrouilles, alors que certaines ont en charge d’établir le contact avec les populations (sur véhicules légers ou patrouilles à pied), d’autres, tactiques, interviennent dans le cadre de l’appui aux FAL. Les patrouilles Leclerc dites “manœuvrantes” comprennent deux VBL en mission d’éclairage, deux Leclerc, ainsi qu’un groupe d’appui direct (AMX10P ou VAB canon de 20) avec un groupe débarquable, en charge de la sûreté rapprochée. Le Leclerc, qui dispose d’un désignateur laser, n’a pas, durant les patrouilles, l’autorisation de l’utiliser contre le Merkava, qui dispose d’un détecteur laser. Par ailleurs, les kits de surprotection pour les VBL sont bientôt attendus (protection latérale et active contre les IED). |
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Poste d'observationa avancé français 6-52. En face, un village israélien |
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Une patrouille le long de la "technical fence" |
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Des patrouilles «surprises» Avec plus de 150 patrouilles effectuées par cycle de 24 heures (tous types confondus, en véhicules, à pied…), la présence de la Finul couvre l’ensemble de la zone de manière importante. D’autant plus que la force multinationale a changé son modus operandi. D’observations de points statiques, les forces de la Finul sont passées à des postes d’observations temporaires. Les véhicules patrouillent selon des itinéraires systématiquement différents et s’arrêtent aux points prédéterminés pour observer. Sur le terrain, les véhicules passent sensiblement le même temps en patrouille qu’en observation, y compris de nuit. Les belligérants ne savent donc jamais quand ils sont observés. |
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Composante navale L’Allemagne reste aujourd’hui en charge de la composante navale de la Finul, composée de 2 000 hommes et de cinq frégates. Alors que la Turquie s’est proposée pour prendre le relais allemand, le commandement de la Finul y est pour l’instant réticent, jugeant la proximité des côtes chypriotes source de tensions. Aussi la Finul préfère-t-elle rester dans l’attente d’autres candidats. Un temps évoquée, l’option Euromarfor semble ne plus être étudiée. Reste que les tensions sur l’eau ont été considérablement réduites. Les incidents (intrusions...) impliquent pour la plupart des bateaux de pêche. Défense aérienne Les survols de Tsahal sur le Sud-Liban ont repris depuis quelques mois. En moyenne, ce sont trois à quatre intrusions dans l’espace aérien libanais qui sont enregistrées au quotidien (vols en haute altitude). De même, le survol de drones israéliens est journalier. La Finul ne dispose que de moyens de défense aérienne essentiellement français avec six postes Mistral. Un “Nato requirement” a été émis pour doter la Finul renforcée de moyens longues portées. Les offres nationales sont en cours de réception et une décision est attendue avant l’été. Par ailleurs, les systèmes SDTI français, sur zone, n’ont toujours pas reçu les autorisations nécessaires pour décoller. |
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L’armée libanaise s’équipe Les FAL, en pleine phase de déploiement dans le sud du pays, cherchent à s’équiper en matériels militaires. Pour l’essentiel, les FAL disposent d’une flotte de M113 ainsi que de quelques chars T-55 et M-48. Les stocks de M16 et de postes Milan ont été conservés aux mains des FAL depuis la fin de la guerre civile (1990). Parmi les contributions les plus significatives, les Etats-Unis se sont engagés à livrer 1 000 Humvee et déjà 250 sont arrivés. Les Emirats arabes unis figurent aussi parmi les grands pays donateurs. Ils ont livré le mois dernier dix vedettes, dont quatre de 16 mètres, munies de mitrailleuses 12,7 mm, et six de 12 mètres, équipées de 7,62 mm. Les EAU fournissent, par ailleurs, neuf hélicoptères Gazelle, dont la livraison a débuté il y a deux semaines. Côté français, l’effort est important, avec 3,5 millions de cartouches de calibre 5,56 mm. Les FAL exploitent également une flotte de 80 VAB, dont 20 sont modernisés à la charge des Français. Des programmes d’entraînement sont prévus, dont certains avec les troupes de montagne et de déminage (livraison l’année dernière pour 100 000 euros de tenues de démineurs). Les Espagnols et les Italiens participent à l’aide à la formation. L’Allemagne, pour sa part, modernise d’anciens bateaux des douanes (20/30 mètres) et deux seront livrés d’ici au mois de juin. |
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Un M113 libanais embossé |
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Français-italiens : des approches divergentes En faisant quotidiennement patrouiller ses blindés lourds, Leclerc en tête, mais aussi l’AMX10P, le GTIA français “montre les dents”. Procédures radio strictement appliquées, les codes changeant tous les jours, le contingent français est par ailleurs le seul à ne pas être autorisé à sortir de ses camps. Une attitude qui contraste avec celle des Italiens. Lorsqu’on lui demande pourquoi les militaires transalpins ont opté pour le profil bas, le général Paolo Gerometta, commandant la brigade de cavalerie «Pozzuolo del Friuli», répond : «Nous sommes au Liban non pas pour impressionner la population, mais surtout et avant tout pour la tranquilliser.» En effet, les blindés roues-canon Centauro de 105 mm et les VCI chenillés Dardo sortent rarement. Les VBL 6x6 Puma et VM-90 parcourent les routes du Sud-Liban, entre la “blue line” et le Litani avec les armes de bord à la fois bâchées et prêtes à l’emploi avec les bandes de munitions engagées. Et le général Gerometta de légitimer sa posture : «Les Français ont choisi une certaine approche, nous une autre. Laquelle est la meilleure, l’avenir nous le dira…» |
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Liban : le trafic d’armes se poursuit Au cours de sa visite à Beyrouth, le secrétaire général de l’ONU a assisté à une réunion du Conseil central de sécurité libanais, en présence du président du Conseil, Fouad Siniora, du ministre de l’Intérieur, Hassan Sabeh, et des responsables des services de sécurité. Documents à l’appui, Ban Ki-moon a évoqué le problème du trafic d’armes en provenance de la Syrie, apportant un démenti au directeur de la Sûreté générale, le général Wafic Jezzini. Le secrétaire général aurait bénéficié de renseignements israéliens, jordaniens, égyptiens et occidentaux. Selon un responsable du parti chiite dans la Békaa, les services jordaniens et égyptiens ont installé deux postes d’observation sur la route de Damas. Sous le couvert d’une activité commerciale, les officiers s’emploient à détecter les camions suspects et font des rapports au service de renseignement des Forces de sécurité intérieure du général Wissam al-Hassan (proche de Fouad Siniora et de la famille Hariri). |
Déminage 2 700, c’est le chiffre de sous-munitions non explosées qui a été traité par le génie. Avec un taux de 40 % de sous-munitions non explosées, alors que cette moyenne se situe en général à 10 %, il reste beaucoup à faire. En plus du programme de formation de déminage régulier auprès de l’armée libanaise, les autorités françaises ont lancé un “crash programme” pour former cent démineurs en 2007. Déjà, vingt formateurs des FAL ont reçu une formation en France. Ils viendront à leur tour entraîner quatre-vingts personnels sur place. |
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Des patrouilles à pieds sont aussi régulièrement effectuées |
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Texte et photos : G. Belan. Tout droits réservés. TTU 2008 |
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