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Directeur: Guy Perrimond
Rédacteur-en-chef : Guillaume Belan

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Lettre d'informations stratégiques et de défense

Dossier

07/07/2008

Leclerc à vendre... Déjà deux repreneurs

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La centaine de chars Leclerc français à renvendre pourrait-être partagée entre l'armée irakienne et celle marocaine.

crédits: GB

A vendre, Leclerc en bon état, peu servi...

Ce n'est plus un secret, une partie des chars lourds français est à vendre. La Loi de programmation militaire (LPM), actuellement en préparation, devrait venir officialiser, à la rentrée, le nombre de chars Leclerc qui doivent rester en service dans l'armée française. Selon des indiscrétions, ce nombre serait de 250 sur les 400 qu'a réceptionnés au total l'armée française. Donc, ormis les premiers Leclerc qui sont déjà transformés en "pot-de-fleurs", une bonne centaine de chars lourds est à vendre.

Des Leclerc en Irak?

Grâce à cette vente, le Leclerc pourrait bien être enfin engagé de manière agressive (au Liban, le char n'a jamais été amené à engager un ennemi) sur un théâtre de guerre, et pas le plus calme. L'Irak. Une délégation irakienne est bientôt attendue à Paris, elle devrait présenter sa “shopping list” aux autorités françaises avec toute une série de matériels. Outre cinquante hélicoptères Gazelle d’occasion armés figure une cinquantaine de chars Leclerc au standard 1.  La signature de protocole de coopération militaire entre Paris et Bagdad pourrait venir lever les derniers obstacles légaux. Reste le chausse-trape américain et la réelle marge de négociations des autorités irakiennes dans ce dossier. Seule condition irakienne : l’annulation de la dette contre un achat en cash.

...Et au Maroc

Deuxième pays intéressé, le Maroc, qui s'est déclaré preneur de cinquante chars d'occasion du stock français. Les relations franco-marocaines sont au beau fixe, et Rabbat, qui dispose déjà de nombreux matériels français (Mirage F1, VAB...), a entamé un cycle d'acquisition de nouveaux matériels. Outre les déboires du Rafale face au F16, à qui la faute revient au côté français, Paris vient de vendre plusieurs navires à la Marine Royale (FREMM, patrouilleurs OPV...). Résultat, la centaine de Leclerc pourrait déjà avoir trouvé repreneur.

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Le seul théâtre d'opération où le Leclerc soit déployé est le Liban. Alors que les Canadiens viennent d'acquérir des Léopard allemands supplémentaires pour l'Afghanistan, en France, l'envoi du char de bataille sur le théâtre afghan n'est pas à l'ordre du jour.

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Le Leclerc en France

Alors que le 406ème et dernier char AMX-56 Leclerc a été livré sur le site de Roanne, le 16 novembre dernier, les différentes standards du char lourd sont un vrai casse-tête, notamment pour le soutien. Au terme de seize années de production, il existe trois séries de Leclerc qui cohabitent en unités : la série 1, la série 2 et la série 3 (dite aussi S21 ou SXXI). Chaque série est divisée en tranches de production ou de remise à niveau. Nous avons ainsi, dans la série 1, les tranches T1, T2, T3, T4 et T5 ; pour la série 2, les tranches T6, T7, T8 et T9 ; et, pour la série 3, les tranches T10 et T11. Les Leclerc série 1 sont destinés à la métropole (entraînement), tandis que ceux des séries 2 et 3 peuvent être projetés sur des théâtres extérieurs, soit environ 240 Leclerc au total. Alors que l'industriel Nexter (ex Giat) a connu des difficultés dans le respect des délais de livraison, ce retard est imputable à trois causes. Premièrement, le changement de références techniques du char dans l'ère post-guerre froide ; deuxièmement, les chutes de productivité liées à la mise en œuvre du plan social ; et, troisièmement, des problèmes de qualité rencontrés sur quelques composants stratégiques fabriqués par les sous-traitants. «Si on veut comprendre la complexité des versions et sous-versions du char Leclerc, il est indispensable d’accepter le fait que ce char est en perpétuelle évolution», rappelait Luc Vigneron, PDG de Nexter, devant l’Assemblée nationale. Les derniers Leclerc des tranches T10 et T11, qui correspondent au standard S3 (96 engins), bénéficient d’importantes évolutions. La visée nocturne a été portée à 4 km, alors qu’elle n’atteignait que 600 mètres. Le premier Leclerc ayant été livré en 1991, le traitement des obsolescences est crucial. «Lorsqu’un char au standard S2 (tranches T6 à T9) est porté au standard S3, cela nécessite le changement de 200 des 280 cartes électroni­ques de l’engin», précise Vigneron. Les modifications consistent aussi dans l'installation d’un pare-boue à l'avant et de nouveaux coffres arrière de tourelle, dans l’intégration du système transmission de données pour le commandement (Icone), de la résolution du problème de calibrage du périscope du chef de char (T7), dans la modernisation de l’électronique (T8) avec montage d’optique Iris, produits par Sagem Défense Sécurité (T9), pour le tireur et pour le chef de char, en remplacement du système Athos, à la portée limitée à 600 mètres. Machines de dernière génération, les Leclerc série 3, dont les cinq premiers T10 ont été livrés à l’armée française au cours du premier semestre 2005, représentent le nec-plus-ultra en matière de char de bataille polyvalent, y compris pour le combat en zone urbaine. Un système d’identification ami/ennemi devrait bientôt les équiper. Les blindages ont été revus et la possibilité d’emport du système ERA (explosive reactive armour) a été prévue. Fruit de l'expérience américaine en Irak, l'armement secondaire de cette série pourrait voir l’installation d’un nouveau tourelleau porteur d’une mitrailleuse de 12,7 mm ou d’un lance-grenades de 40 mm.

Le processus de rationalisation se fera comme suit : les tranches 1 à 3 (51 chars) deviennent le standard S1 non opérationnel (donc retirés du service), les tranches 4 et 5 deviennent le S1 opérationnel, les tranches 6 à 9 forment le standard S2, et celles restantes sont au standard S21. Un contrat de 60 millions d’euros doit porter les 176 Leclerc standard S2 à hauteur du S21 (viseur chef de char, blindage réactif, système SIC icône...). A terme, seulement deux standards seront donc en service.

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Le "couple" VBL et Leclerc, au Liban, à l'été 2007.

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Du nouvel emploi du char de bataille

Le concept d’emploi des chars Leclerc évolue. En passant de quatre à trois Leclerc par peloton et en y attachant trois VBL (auparavant le groupe de VBL était placé au niveau du commandant d’escadron, avec une reconnaissance très en avant), l’objectif est de fluidifier la manœuvre. Ce format “3+3” prévoit d’engager les trois VBL (cellule investigation) en reconnaissance des trois Leclerc (cellule feu). Les véhicules légers sont dorénavant systématiquement en reconnaissance à 2 kilomètres en avant des chars de bataille. Une distance à la fois suffisante pour mener efficacement la reconnaissance du terrain et valider le parcours des chars lourds (franchissement de ponts, passage de zones habitées...) ainsi que préparer l’engagement des chars. Une distance de reconnaissance pertinente en cas de contact des VBL avec l'ennemi. Avec une portée de 4 km, les canons de 120 mm peuvent soutenir la cellule investigation et les chars arriveront rapidement sur zone. A noter qu’avec l’évolution à venir de la capacité de tir au-delà de la vue (“beyond visual range”), les VBL effectueront le ciblage au profit de la cellule feu. Un dispositif plus efficace, qui vient faciliter les manœuvres blindées et préparer l’engagement des Leclerc. Cette formation “3+3” n’est pas une innovation majeure, puisque déjà adoptée pour les engagements des AMX10RC et Sagaie. L’aspect le plus novateur de ce nouveau concept d’emploi “3+3” apparaît dans les missions défensives. Pris à parti par un feu ennemi, le repli des Leclerc sur des positions défensives arrière se faisait auparavant “à l’aveuglette”. Une manœuvre délicate car les équipages des chars, tout en gardant un œil sur les mouvements ennemis, devaient reconnaître en même temps leurs positions de repli. Dorénavant, l’engagement des VBL dans les manœuvres défensives permet aux Leclerc de se concentrer sur l’ennemi. Une fois au contact, les VBL passent d’une mission de reconnaissance de l’avant pour travailler sur l’arrière, en préparant le repli. En clair, pendant que les Leclerc sont au contact, les véhicules légers déterminent les meilleures positions de repli pour les blindés lourds pour les guider efficacement sur ces mêmes positions. La cellule feu n’a donc plus qu’à se concentrer sur l'engagement de l’ennemi. Un repli plus rapide et plus sûr, qui permet aux chars lourds d’engager plus longtemps l’ennemi. Ainsi, le fait qu’il y ait un char de moins par peloton (de 4 à 3 aujourd’hui) ne diminue en rien la puissance globale de feu. Les résultats obtenus par la simulation sont très encourageants et soulignent toute la pertinence de ce fonctionnement “3+3”. Initié par Saumur (Ecole d’application de l’arme blindée cavalerie), le concept a été validé par le CFAT (Force d’action terrestre) et est, aujourd’hui, adopté par les 13 Leclerc engagés au Liban.

Guillaume Belan

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