TTU

Directeur: Guy Perrimond
Rédacteur-en-chef : Guillaume Belan

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Lettre d'informations stratégiques et de défense

Dossier

L'effort colombien

Par Guillaume Belan, mars 2008

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Bogota, lundi 4 février 2008. Plus d'un million de personnes, et le double dans l'ensemble du pays, ont dit "non aux FARC"

La Colombie contre les FARC

La manifestation de début février, qui a vu descendre dans la rue près de deux millions de Colombiens dans l’ensemble du pays, décriant les actions des FARC et ses prises d’otages, montre clairement un renversement de tendance dans le pays. Initiée dès 2002 par le président Uribe et renforcée depuis son deuxième mandat, la politique de sécurité porte ses fruits. Alors que les zones d’influences FARC et ses effectifs sont en net retrait, avec des opérations militaires de grande envergure (comme la force Omega dans le sud du pays), 2008 verra un effort particulier sur le comportement de ses forces. Derrière le slogan «2008, année de renforcement du respect des droits de l’homme», l’armée colombienne affiche ses ambitions de se rapprocher des standards occidentaux. Le dernier sondage réalisé par l’institut indépendant Gallup, daté de janvier 2008, révèle que la population colombienne place en première position d’opinions favorables son armée (80 % d’opinions favorables), juste devant les médias (77 %) ou l’ONU (70 %), et loin devant les institutions judiciaires ou les Etats-Unis (50 %). En bas de tableau, on retrouve le Venezuela avec 25 % d’opinions favorables. Quant aux FARC, ils ne dépassent pas les 1% !

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Éléments de la Force Omega. Son rôle: lutter contre les FARC

L’effort de guerre

«L’effort budgétaire pour le renforcement des forces militaires et de police est uniquement tourné vers la sécurité intérieure», confiait à quelques journalistes français le ministre colombien des Affaires étrangères, Fernando Perdonno Aranjo, affirmant que la Colombie ne voulait pas entrer dans le jeu de Chavez. Car, dans le cadre de la politique de « consolidation de la sécurité démocratique», lancée en début d’année par le Président Uribe, un effort substantiel sera réalisé sur le budget de la Défense durant la période 2008-2010. Traditionnellement à hauteur de 3,3% du PIB (15 milliards de dollars), le budget sera porté à 4 % durant les trois prochaines années pour redescendre à 3,3 % du PIB à partir de 2011. Cet investissement concernera à la fois la partie équipement et celle des forces armées.

Alors que les effectifs de l’armée colombienne augmentent de 35 % depuis ces cinq dernières années pour atteindre 350 000 hommes (dont 100 000 policiers qui dépendent du ministère de la Défense), le souhait de Bogota est d’augmenter le nombre de soldats, sur les trois prochaines années, de 20 000 mili­taires et de 15 000 policiers. Avec le risque d’une perte de qualité, tant au niveau des cadres que de l’entraînement. Un problème auquel le général Padilla de Léon, CEMA nommé par Uribe au début de son deuxième mandat, fait particulièrement attention en prenant, depuis 2006, des mesures contraignantes pour y remédier, et éviter tout abus dans le comportement sur le terrain. Quitte à retarder certains programmes de recrutement. Ainsi, le projet d’intégrer 10 000 hommes supplémentaires dans l’infanterie de marine se fera plus progressivement que prévu, confie le CEMA colombien.

Outre cet accroissement des effectifs, Bogota a décidé de lancer un vaste cycle de rénovation et d’acquisition de ses équipements, dont la plupart affiche plus de trente ans de service. Ne bénéficiant pas de fonds suffisant pour un remplacement des principaux matériels de guerre, le choix s’est porté sur des programmes de modernisation qui doivent offrir un allongement de la durée de vie de ces équipements de dix à quinze ans. C’est le cas pour les quatre frégates lance-missiles de l’Armada (équipées de missiles Exocet et Mistral), et de ses deux sous-marins d’origine allemande Type 209, ou de sa flotte d’avions de combat Mirage 5 et KFIR. Sur ce dernier point, l’apparent désintérêt français pour ce marché devrait sans surprise aboutir à un contrat avec l’industrie israélienne, très présente, ces dernières années, en Colombie (TTU n° 659). Autre capacité qui manque «cruellement», selon les mots du général Padilla : celle du renseignement, notamment avec des senseurs capables de «percer» la densité de la jungle.L’acquisition de ballons dirigeables d’observation serait de même envi­sagée, une compétence bien maîtrisée par l’industrie israélienne.

En ce sens, le récent voyage du ministre colombien de la Défense, Juan Manuel Dos Santos, en Europe et en Israël visait aussi à lancer des projets de coopérations militaires : équipements des fantassins, armes légères, mortiers… ainsi qu’un fort besoin en capacité de mobilité (Bogota vient d’acquérir une quinzaine de nouveaux Black Hawk, portant sa flotte à près de 70 hélicoptères de transport). D’autres prospects pourraient concerner l’industrie française pour des véhicules de transport blindés. Alors que l’aide américaine tend à diminuer (plan Colombia critiqué par les démocrates), passant ces dernières années de 600 millions de dollars à 400 millions, Bogota a lancé, en 2006, une initiative originale : afin de soutenir cet effort financier, le gouvernement colombien a lancé un impôt de guerre, financé par les plus grandes entreprises du pays et représentant 3,5 milliards de dollars sur quatre ans.

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Le village Vista Hermosa (gauche), tout comme celui des Montes de Maria (droite), anciens bastions FARC, bénéficient du programme d' "action intégrale".

L’action civilo-militaire à la mode colombienne

L’action civilo-militaire à l’échelle du pays développé par Bogota commence à porter ses fruits. C’est ce qu’à pu constater une délégation d'auditeurs de l'AA-IHEDN au cours d’un déplacement de quelques jours, précédée d’une visite de quelques journalistes défense. Cette politique de « sécurité démocratique » du Président Uribe, tiens en plusieurs facettes, dont la première est militaire (voir TTU 6 mars) en visant à sécuriser les endroits reculés, anciens bastions FARC. Mais c’est tout un accompagnement civil, social ou économique qui appuie cette action au sol et vise à restaurer la présence de l’Etat et de ses services. Avec l’objectif ambitieux qu’en 2010, l’ensemble du pays soit pacifié. Autrefois basées sur une idéologie de révolte des paysans sans terre contre les latifundiaires, les guérillas ont aujourd'hui une idéologie floue, plus bolivarienne que véritablement marxiste et sont surtout devenues les instruments de narco-tarfiquants. Sous la présidence Pastrana, la démilitarisation de la zone de Caguan en 2000 qui devait permettre des négociations de paix, s'est traduite par un renforcement du pouvoir des FARC dans cette région. La politique de fermeté du gouvernement actuel, excluant tout renouvellement d'une telle situation, est consolidée par les résultats au sol : les FARC en retrait sur de nombreux fronts ont de plus en plus de mal à s’approvisionner en armes et même en denrées de première nécessité.

L’action intégrale

La doctrine d’ « action intégrale » lancée en juin 2004 par Uribe, inspirée du concept militaire d’action civilo-militaire, a pour but de gagner l’adhésion de la population dans la durée après s’être débarrassé de la présence FARC dans les régions les plus pauvres du pays et traditionnellement zones de narco-traffiques (comme la province de Carmen de Bolivar, à trois jours de piste de Carthagène). L’objectif recherché est la cohérence entre les orientations politiques du Gouvernement et l'action des militaires sur le terrain, créant une véritable action globale et intégrée entre militaires et civils. Ainsi après la reconquête du terrain et la pacification par l'action conjointe de l'armée et de la police, il s’agit de rétablir les services de l'Etat (santé, éducation, transports…). Piloté au plus haut niveau (avec la création en 2004 d’un Centre de coordination de l’action intégrale, à la présidence de la république), chaque ministère colombien (agriculture, transport, finance, industrie…) apporte sa contribution. Avec un budget annuel de 110 millions de dollars, et une aide internationale importante (déjà 235 millions dollars ont été versés par USAID et le gouvernement hollandais), il s’agit d’une opération pilote, menée dans 60 cantons les plus pauvres du pays, où la présence narco-terroristes est la plus forte. Par la suite, cette opération pourrait être étendue à d’autres communes. Aujourd’hui, un effectif de 1000 militaires travaillent sur ce programme, en coordonnant l’action, tandis que 62 équipes dédiées (d’une dizaine d’hommes chacune) sont intégrées dans des bataillons.

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C'est l'heure de la relève pour ces soldats colombiens, engagés dans les opérations anti-Farc

Rendre les armes

Le plan de réparation et réconciliation a pour but de rétablir des relations pacifiées entre des populations qui se sont affrontées et dorénavant appelées à vivre ensemble. L'application de la loi « Justice et paix » de juillet 2005 a permis de démobiliser de nombreux illégaux armés. Autre volet de cette politique globale, le programme de démobilisation et de réinsertion a pour but d’inciter les combattants armés à se rendre contre une nouvelle vie (salaire, habitation, protection de la famille, formation professionnelle…). Outre un processus de démobilisation global (30 000 démobilisés issus des anciens groupes d’auto-défense paramilitaires), un processus individuel est organisé, grâce à des actions psychologiques (émission radio, prospectus, rencontre avec les populations…). Ce programme de démobilisation a déjà enregistré près de 15 000 démobilisés (dont 60% sont des anciens FARC) depuis 2002. Grâce à ces « démobilisés », l’armée s’est par ailleurs assurée de sources d’informations précieuses, grâce auxquelles des actions militaires ont pu être menés : destruction de camps et de libération d’otages. Une Commission de ré-insertion (sous la direction d’un conseiller présidentiel) vise à faciliter un retour à une vie civile « normale » d'anciens para-militaires, d'anciens guérilleros démobilisés. Ce programme de démobilisation bénéficie d’un budget de 250 millions de dollars par an.

Nouvelles menaces

Le retour à la sécurité permet une croissance économique de 6% par an et l'essor des investissements étrangers (les français se situant au 3ème rang). Reste que si les progrès accomplis depuis 2002 sont mesurables, et les FARC crédités de seulement 10 000 combattants aujourd’hui, de nouvelles bandes criminelles apparaissent. S’appuyant sur le commerce très lucratif du narco-traffique, ces bandes criminelles (comme « les aigles noirs »…), ont émergé des anciens groupes para-militaires, et reconstituent des cartels dans certains endroits du pays. Enfin, en matière de politique étrangère, un clivage est apparu récemment dans la façon de traiter les problèmes de réduction de la pauvreté et de consolidation de la cohésion sociales, entre une approche « idéologique », celle du Venezuela, de l'Equateur, de la Bolivie, et une autre, pragmatique, basée sur la liberté d'expression et d'entreprise, commune à la Colombie, au Chili, au Brésil, au Pérou... Malgré le soutient au FARC, plus ou moins officiel de certains voisins, la Colombie prône le dialogue avec tous. Elle multiplie les négociations bi- et multilatérales pour arriver à des accords de libre-échange avec les Etats-Unis, le Canada, le Chili, les pays d'Amérique centrale. Membre de la Communauté andine des nations (CAN), elle est très active dans la négociation d'un accord d'association avec l'Union européenne.

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Malgré l'effort déployé, la culture de la coca reste très importante dans l'ensemble du pays.

Texte et photos : G. Belan. Tout droits réservés. TTU 2008

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