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Directeur: Guy Perrimond
Rédacteur-en-chef : Guillaume Belan

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Lettre d'informations stratégiques et de défense

Dossier

Liban: Le Hezbollah se réarme

Selon des sources libanaises proches du “14 mars”, le Hezbollah serait en train de renforcer son implantation dans certaines zones du sud et du sud-est du Liban. Il procéderait à des achats de terrains dans les régions d’Ahmadiyeh et de Rachaya, par le biais de divers organismes du parti, comme Jihad al-Bina (chargé de la reconstruction), afin de construire des bases militaires. Des opérations effectuées en coordination avec les services syriens et iraniens. Ces informations font écho aux propos tenus par le chef druze, Walid Joumblatt, qui a affirmé que le Hezbollah voulait «créer son Etat au sud de la route de Damas» et a appelé à un «divorce à l’amiable» avec le Parti de Dieu.
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Les craintes de Tsahal
Israël craint un nouveau conflit avec le Hezbollah, comme le montrent les propos du chef d’état-major israélien, le général Gabi Ashkenazi. Selon ce dernier, le parti chiite renforcerait ses positions au sud du Liban, malgré la présence de la Finul. Tsahal aurait commencé à déployer des snipers le long de la frontière libanaise, afin de tenter d’éviter des infiltrations de miliciens du Hezbollah. Beaucoup de ces snipers seraient des immigrants russes, vétérans de la guerre en Tchétchénie.

crédits: Guillaume Belan

La succession de Moughniyeh
Talal Hussein Hamiyé vient d’être nommé chef militaire du Hezbollah, à la place d’Imad Moughniyeh, assassiné le 12 février à Damas. Cette disparition continue néanmoins de provoquer des remous au sein du mouvement chiite. Elle laisse apparaître une ligne de fracture en son sein entre le courant “pragmatique” pro-syrien, incarné par le secrétaire général du mouvement, Sayyed Hassan Nasrallah, et celui de son adjoint, Naïm Kassem, très proche des gardiens de la Révolution iraniens. Le premier courant soupçonnerait une partie des services de sécurité syriens d’être responsable de l’assassinat de Moughniyeh, survenu à quelques mètres du bureau du chef des renseignements généraux syriens, Ali Mamlouk. Ou du moins d’avoir laissé agir en toute impunité des agents israéliens. Il faut dire que les méthodes de Moughniyeh étaient critiquées par certains responsables des services syriens, qui estimaient que les derniers attentats commis au Liban avaient laissé une “signature” un peu trop visible. Notamment celui qui a coûté la vie au général François el-Hajj, le 12 décembre dernier. L’enquête des services libanais aurait en effet montré que la voiture piégée qui a servi à l’assassinat du général provenait de la banlieue sud de Beyrouth, fief du Hezbollah. Depuis l'assassinat, trois personnes avaient repris les attributions de Moughniyeh: son cousin Moustapha Badr Eddinne (alias Elias Saab), qui avait organisé avec lui le détournement d’un avion de ligne koweïtien dans les années 80, en charge de l’aile militaire du Hezbollah, tandis que Talal Hussein Hamiyeh avait récupéré la direction de ses opérations extérieures et Ibrahim Akil celle du contre-espionnage et des affaires israéliennes. La succession d’Imad Moughniyeh au sein du Hezbollah s’était révelée compliquée, compte tenu de ses responsabilités multiples : à la fois chef militaire opérationnel du parti et agent de liaison avec les services de renseignements syriens, les autorités iraniennes, les pasdarans et les organisations palestiniennes radicales (Hamas, Djihad islamique et FPLP-CG d’Ahmed Jibril). Moughniyeh jouait un rôle aussi important que celui du secrétaire général du parti, Sayyed Hassan Nasrallah, et c’est lui qui semblait diriger dans les faits le Conseil consultatif exécutif, plus haute instance du parti, surtout depuis la guerre de l’été 2006.
 
La dangereuse tentation du golan
Alors que des doigts accusateurs ont été pointés sur Israël dans l’affaire de l’assassinat du chef militaire du Hezbollah, Imad Moughniyeh, le 12 février dernier à Damas, l’Etat hébreu s’est abstenu de commenter ces accusations. Certains, comme la veuve de Moughniyeh, Saada, ont accusé les services de renseignement syriens d’être impliqués dans cet assassinat. Rappelons que celui-ci a été perpétré à quelques centaines de mètres du bureau du chef des services de renseignements généraux syriens, Ali Mamlouk. En outre, Damas a refusé que des membres des services iraniens et du Hezbollah participent à l’enquête sur l’attentat. Par ailleurs, on note un changement de ton dans le dernier discours du secrétaire général du parti chiite, Hassan Nasrallah, qui s’est abstenu de lancer de nouvelles menaces contre Israël. Au cours d’une récente rencontre avec Sayyed Nasrallah, un certain nombre de chefs chiites au sud du Liban auraient exprimé leur opposition à la politique de confrontation avec l’Etat hébreu, qui fait payer au Liban seul le prix de la politique anti-israélienne de l’Iran et de la Syrie. D’ailleurs, Moghniyeh serait entré en conflit avec une partie des services de renseignement de Damas, et notamment le général Assef Chawkat, après qu’il eut tenté de nouer des contacts avec un certain nombre d’officiers syriens, avec le soutien de l’Iran, pour réchauffer le front du Golan, à l’instar du sud du Liban. Selon des sources de renseignement occidentales, la disparition d’Imad Moughniyeh pourrait donc être le résultat d’un conflit syro-syrien. Sans compter qu’elle aurait le mérite de faciliter les efforts de rapprochement entre Damas et Washington.
Finul : risques de défections?
Les responsables israéliens s’inquiètent d’une diminution progressive, dans les prochains mois, de la participation des Européens à la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL). La dégradation de la situation, la crise politique au Liban et les menaces de reprise des hostilités du Hezbollah contre Israël semblent avoir porté atteinte à leur motivation. L’Espagne pourrait être le premier pays à retirer son contingent, qui a perdu six hommes en juillet dernier, lors d’une attaque contre un convoi dans le village d’El-Hiyam. Les militaires israéliens redoutent qu’après les élections espagnoles, Madrid décide le repli, comme cela avait été le cas pour son contingent déployé en Irak jusqu’en 2004, à la suite des attentats commis dans la capitale espagnole le 11 mars 2004. «Il y a des signes qui indiquent que l’Espagne est sur la voie de sortie d’ici à la fin de l’année. Dans ce cas, les autres pays européens pourraient suivre l’exemple, ce qui provoquerait l’effondrement de la FINUL», affirme un officier. Alors que certains rapports font état de préparatifs militaires de la part du Hezbollah, selon l’armée libanaise, les informations sur la volonté de Madrid de se désengager de la force internationale sont dénuées de tout fondement, évoquant des garanties obtenues de l’ambassade d’Espagne à Beyrouth.
Liban : des armes à prix d’or
Dans le contexte actuel de psychose d’une nouvelle guerre au Liban, la demande pour les armes individuelles connaît un boom dans ce pays. Une demande alimentée à la fois par des membres de partis politiques, des sociétés de sécurité et des particuliers, à l’image de la situation qui prévalait au début de la guerre civile. Ce qui provoque une flambée des prix des armes sur le marché noir. Les kalachnikovs russes et M-16 américains restent les armes les plus demandées. La première, qui se vendait entre 100 et 150 dollars il y a un an, s’échange aujourd’hui à près de 1 000 dollars, indique un observateur. Pour sa part, le prix du Dragunov (fusil de sniper) est passé de 800 à 2 700 dollars. Les armes sont achetées en Irak et transitent par la Syrie. Elles sont convoyées par la route dans des camions qui transportent des cargaisons “légales”. Ce qui corrobore les récents propos du chef druze Walid Joumblatt, selon lequel certains groupes libanais ont été «armés par leur principal fournisseur d’armes» (allusion à la Syrie) pour s’attaquer à l’armée et aux FSI.
Trafic d’armes iranien via la Turquie
Les responsables militaires israéliens affirment que l’Iran et le Hezbollah se jouent de la Turquie. Selon eux, Téhéran procéderait en secret à des livraisons d’armes destinées à la milice chiite libanaise via la Turquie, sans qu’Ankara soit au courant de ce trafic. Le général Yossi Beiditz, chef du service de recherche de l’armée israélienne, a précisé, lors d’une rencontre à la mi-mars avec des ambassadeurs européens, que l’Iran avait fourni des missiles transportés par avions passant par l’espace aérien turc ou par terre dissimulés dans des camions. A partir de la Turquie, ces missiles sont ensuite transférés en Syrie puis au Liban. Officiellement, Ankara s’est toujours opposé à ce genre de trafic. Le général Beiditz a précisé que ces missiles avaient une portée maximale de 300 km et étaient «capables d’atteindre Dimona à partir de Beyrouth». Rappelons que Dimona, ville du sud d’Israël, abrite la principale centrale nucléaire du pays. Selon les services de renseignements militaires israéliens, le Hezbollah ne disposait jusqu’à présent que de missiles d’une portée de 250 km, moins précis et équipés d’une tête explosive moins puissante. Les autorités israéliennes ont alerté l’ambassade turque à Tel-Aviv pour tenter de convaincre Ankara de mettre fin à la contrebande d’armes. La Turquie avait procédé en mai 2007 à la saisie de 300 roquettes en provenance d’Iran, transférées par train et qui avaient été présentées comme du «matériel de nettoyage».
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Exercice au sud du Liban
Le 65e régiment d’artillerie de l’armée libanaise et le groupe d’artillerie de la Force de réaction rapide de la Finul ont mené, le 26 mars, un exercice de tir conjoint baptisé “Common Shelling”, à Naqoura, dans le sud du pays. Contrairement aux précédentes manœuvres (Blue Shell 1 et 2), cet exercice a permis la mise en œuvre coordonnée de pièces d’artillerie libanaises (M114 A1) avec des canons automoteurs AUF1 de la Finul (Photo). 68 obus ont ainsi été tirés, permettant d’améliorer la coordination des tirs des moyens engagés de ces pièces d’artillerie. A noter, par ailleurs, que l’armée libanaise a pris livraison, le même jour, de véhicules de transport de troupes offerts par les autorités néerlandaises.
Proposition rejetée
Les responsables militaires israéliens ont rejeté la proposition de l’Onu concernant le village de Ghajar, arguant qu’un plan identique avait été rejeté il y a un an par le Liban. L’Onu propose que cette localité occupée par Tsahal, dont une partie se trouve en territoire israélien et l’autre partie au Liban, soit contrôlée par la Finul. La proposition a été présentée par le commandant de la Finul, le général Claudio Graziano, lors d’une rencontre avec le chef d’état-major israélien, le général Gabi Ashkenazi. Israël exige que tout accord soit entériné par écrit par le gouvernement libanais, qui s’engagerait à ce que ce village ne tombe pas sous le contrôle du Hezbollah.
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