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Directeur: Guy Perrimond
Rédacteur-en-chef : Guillaume Belan

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Lettre d'informations stratégiques et de défense

Taiwan : l’éternelle incertitude

23/04/2008

La rencontre du président Hu Jintao avec le vice-président taiwanais Vincent Siew est loin d’avoir résolu les rapports conflictuels entre Pékin et Taipei. Ces derniers temps, la stratégie de Pékin était moins d’envisager une attaque sur Taiwan (comme celle décrite par le Daniel Hervouët dans son nouveau thriller Jeux de Chine, Nouveau Monde Ed.), que de faire pression sur Washington pour qu’en retour l’administration Bush oblige Taipei à calmer ses ardeurs et influer sur ses dirigeants afin qu’ils acceptent le concept de « réunification » par des moyens non-militaires. Même si en février, le directeur-adjoint du renseignement taiwanais, Shi Hwei-you, a annoncé que la Chine n’a jamais autant intensifié son potentiel militaire en direction de Taiwan. À Pékin, ces jours-ci, on se demande si l’élection du Kuomintang n’a pas envoyé des signaux erronés. Ou s’ils ont été mal interprétés par le Bureau central des affaires de Taiwan (dirigé par Chen Yunlin). Bien sûr, le risque de débordement indépendantiste du Democratic Progressive Party (DPP) s’éloigne avec la sortie du président Chen Shui-bian et son remplacement par Ma Ying-jeou et le gouvernement dont il vient de nommer les premiers membres. Des tendances conflictuelles coexistent au sein du Kuomintang (d’où la difficulté de nommer les conseillers présidentiels et des membres du cabinet autour du nouveau Premier ministre, l’universitaire Liu Chao-shiuan). Les divergences sont réelles entre la « vieille garde » militante et les «conservateurs» autour de Vincent Siew qui veulent accélérer l’intégration du marché sino-taiwanais ( avec l’acceptation du Renminbi, l’ouverture de vols charters entre des villes continentales et l’île nationaliste...). Le lobby de la Défense – quelque soit le gouvernement au pouvoir – ne peut pas accepter qu’on baisse la garde ( d’où par exemple l’exercice amphibie des marines et de la flotte taiwanaise la semaine prochaine à l’île d’Ilan à partir de la base navale de Tsoying, mais il est vrai en évitant le détroit de Taiwan afin de ne pas provoquer Pékin). Les stratèges diplomatiques se demandent si, à défaut de clamer l’indépendance suite au référendum avorté, le Kuomintang ne va pas intensifier une campagne pour la reconnaissance internationale de la « République de Chine » (certains stratèges nationalistes ayant troqué la vieille théorie de la « reconquête » militaire du temps de Chiang Kai-shek pour celle de la « conquête économique »…). Concernant le Tibet, à Taipei on rappelle que le Kuomintang avait établi avant 1949 des rapports de bon voisinage, et aidé le mouvement tibétain en exil (y compris à Taiwan) depuis 1959. Or, l’attitude de Pékin à l’égard de cette « province » historique est testée comme un témoin de la façon dont on traiterait Taiwan en cas de rattachement.

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