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Directeur: Guy Perrimond
Rédacteur-en-chef : Guillaume Belan

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Lettre d'informations stratégiques et de défense

Yémen : Washington s’engage

08/01/2010

La tentative d’attentat du Nigérian Umar Farouk Abdulmutallab sur l’avion de la Northwest Airlines, assurant la liaison entre Amsterdam et Detroit, le 25 décembre, a mis en lumière certaines carences de la CIA, qui a ignoré les signaux sur la transformation du Yémen en sanctuaire d’Al-Qaida.

Il y a quatre ans, le chef d’Al-Qaida au Yémen avait été tué par un drone Predator venu de Djibouti. Mais depuis lors, Washington n’a pas surveillé d’assez près la situation dans ce pays. Les services de renseignements américains n’ont commencé à s’en inquiéter qu’après les attentats contre les ambassades des Etats-Unis et de Grande-Bretagne à Sanaa, durant l’été 2008. Tirant profit de son expérience en Irak, Al-Qaida a pris, il y a un an, la décision stratégique d’évacuer une grande partie des forces des régions tribales du Pakistan, compte tenu de la coopération accrue entre les armées américaine et pakistanaise dans cette région.

Le choix d’Al-Qaida de s’installer au Yémen apparaissait logique, ce pays étant en proie à de fortes tensions, liées à aux velléités sécessionnistes du sud et de la guerre contre les rebelles houthis dans le nord. La nébuleuse islamiste a réussi, au cours des six premiers mois de l’année écoulée, à transférer plus de 150 combattants du Pakistan et d’Afghanistan dans les provinces yéménites d’Abyan et d’Al-Jouf, à partir des ports d’Al-Moukalla, dans la province du Hadramout, et de Madinat, sur la mer Rouge, non loin de la frontière saoudienne. L’attentat au Baloutchistan iranien contre les généraux Nour-Ali Shoushtari, commandant de la Force Al-Qods, et Mohammed Zadeh, chef des Pasdaran dans cette région, le 17 octobre dernier, semble lié au rôle de ces derniers dans le transfert des éléments d’Al-Qaida au Yémen, dans un contexte de guerre secrète menée par Téhéran contre Riyad et Washington, après l’enlèvement du savant nucléaire iranien en Arabie Saoudite, en avril dernier.

Selon des sources de renseignements arabes, l’organisation terroriste compte près de 500 combattants dans les camps du Yémen, la plupart étant des Yéménites enrôlés sur place. Sa direction est constituée d’un triumvirat, comprenant le Saoudien Mohammed el-Chahri, originaire de Médine, qui était emprisonné en Arabie Saoudite avant d’être libéré dans le cadre du programme de repentance mis en place par Riyad. Il serait en déplacement permanent, même si les services de sécurité saoudiens sont parvenus à le localiser dans la province de Maarib, à la fin de l’année dernière.

Le Yémen risque de se transformer en une nouvelle base terroriste, d’autant que l’organisation somalienne des Shabab a appelé au départ de centaines de combattants au djihad, aux côtés d’Al-Qaida et des rebelles houthis du nord du pays. Or les capacités logistiques des islamistes somaliens ne sont pas négligeables, compte tenu du soutien de l’Erythrée. Le rôle d’Asmara devrait être au centre des discussions régionales et internationales, après avoir été abordé lors de la visite à Riyad du président soudanais, Omar Al-Bachir, à la fin de la semaine dernière.

Si l’intervention de l’armée saoudienne contre les rebelles houthis a conforté la position des autorités yéménites, les bombardements de l’aviation américaine contre une base d’Al-Qaida pourraient avoir des effets contraires à ceux recherchés. La visite à Sanaa du général David Petraeus, commandant du Centcom américain, à la fin de la semaine dernière, témoigne du soutien de Washington à l’axe militaire saoudo-yéménite. La rencontre du général Petraeus avec le président Ali Abdallah Saleh, en présence du général Ahmed Ali Abdallah Saleh, fils du précédent et chef de la garde républicaine, et du général Ahmed Ali Al-Achoul, chef d’état-major de l’armée, ont conduit à un accord de renforcement de la coopération entre les deux pays dans la défense et la sécurité.

Les Etats-Unis devraient envoyer des experts militaires au Yémen pour former des unités de lutte contre le terrorisme. La coopération entre Washington et Sanaa dans l’échange du renseignement devrait aussi être renforcée, avec la création d’une cellule de coordination spécialisée. Par ailleurs, les Américains se sont engagés à fournir du matériel à l’armée yéménite, et, en premier lieu, des vedettes pour la protection des côtes. En contre-partie, Sanaa a donné son accord aux Américains pour qu’ils puissent mener des opérations en territoire yéménite, après accord du pouvoir politique.

A lire aussi l'article de juin 2009 : "Le Yémen en voie de somalisation"

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