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Directeur: Guy Perrimond |
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Lettre d'informations stratégiques et de défense |
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Somalie: situation à nouveau explosive |
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16/01/2009 |
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Crédits: UN Somalia |
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Alors que l’attention des Occidentaux est focalisée sur la sécurité de la navigation au large des côtes somaliennes, la situation à terre pourrait rapidement dégénérer. La résolution 1851 du Conseil de sécurité des Nations unies, adoptée le 17 décembre, autorise les pays engagés dans la lutte contre la piraterie à mener des actions dans les eaux territoriales et dans l’espace aérien de la Somalie ainsi que sur son territoire. A ce jour, plusieurs diplomates en poste à New York ont indiqué qu’aucune opération terrestre n’était envisagée. Mais le début du désengagement du contingent éthiopien (4 000 à 5 000 hommes), les divisions politiques au sein du gouvernement de transition et les succès militaires des islamistes du Hizb-ul Shabaab risquent de modifier la donne. L’Ethiopie, qui a perdu plus d’un millier d’hommes contre les islamistes somaliens, depuis 2006, et dont le moral des unités déployées à Mogadiscio est au plus bas, jetterait l’éponge, faute d’aide étrangère, et s’en tiendrait à un verrouillage de sa frontière. Selon certaines sources, des unités éthiopiennes ont récemment renforcé leurs positions dans la province frontalière de Bakol et à Baidoa, où siège le gouvernement de transition. Un redéploiement temporaire destiné à assurer la couverture du retrait et à éviter une chute rapide des derniers bastions gouvernementaux. Ce retrait va fragiliser un peu plus encore la situation du contingent de l’Union africaine (UA) déployé à Mogadiscio. Il semble d’ailleurs qu’Addis Abeba ait proposé un échelonnement de quelques semaines de son départ, afin de faciliter le désengagement des contingents burundais et ougandais de la capitale somalienne. En l’état actuel des choses, la pérennité des contingents de l’UA présents à Mogadiscio semble plus qu’incertaine. Les islamistes prennent régulièrement pour cible les pistes de l’aéroport, compliquant un peu plus les rotations aériennes. Sans le soutien des unités éthiopiennes, les forces gouvernementales ne semblent pas en mesure de conserver longtemps leurs positions dans la capitale. Les combattants du Hizb-ul Shabaab, qui contrôlent déjà le sud du pays, notamment Kismayo, la troisième ville du pays, gagnent progressivement du terrain vers Mogadiscio. A la mi-novembre, ils avaient pris le contrôle de Qoryoley ainsi que les localités d’El-Dheer et de Gurael, à 350 kilomètres de la capitale, qui est désormais dans une situation de quasi encerclement, et ont aussi renforcé leurs positions dans le nord du pays. Les miliciens bénéficient d’un soutien des populations locales, en raison notamment de leur discipline et de la relative sécurité instaurée dans les zones qu’ils contrôlent. En position de faiblesse militaire, le gouvernement de transition connaît, en outre, une crise politique depuis la nomination, le mois dernier, de l’ex-ministre de l’Intérieur, Mohamed Mohamoud Guled au poste de Premier ministre. L’ancien Premier ministre, Nur Hassan Hussein, était à l’origine de l’accord politique signé, en juin dernier, à Djibouti, avec l’Alliance pour une nouvelle libération de la Somalie (ARS), qui regroupe plusieurs partis d’opposition et des islamistes modérés. Son limogeage par l’ex-président Abdullahi Yusuf Ahmed, décidé sans l’aval du Parlement, a créé de sérieuses tensions entre les différents soutiens du pouvoir somalien et suscité l’ire de Nairobi, qui a gelé les avoirs de l’ex-président Yusuf Ahmed. |
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Crédits: UN Somalia |
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Nouvelle montée en puissance des djihadistes L’opposition somalienne connaît elle aussi quelques tiraillements. La mise en place de l’ARS en septembre 2007, dirigée par le cheikh Sharif Cheikh Ahmed, a rapidement été suivie de tensions avec les chefs opérationnels du Hizb-ul Shabaab, qui refusent tout accord avant un départ des troupes étrangères du pays. Cheikh Hassan Dahir Aweys, qui présidait jusqu’en 2006 l’Union des tribunaux islamiques, a également rejeté l’accord de Djibouti. Toutefois, ni ces tensions, ni les opérations clandestines, ni les frappes américaines, qui ont permis en mai dernier l’élimination d'Aden Hashi Farah, le chef du Hizb-ul Shabaab, n’ont vraiment freiné la montée en puissance des islamistes radicaux somaliens. Farah a rapidement été remplacé à la tête des opérations militaires par cheikh Mukhtar Robow (alias Abou Mansour). En outre, les attentats suicides menés à la fin octobre au Somaliland et au Puntland marquent une extension du champ d’action des Shabaab, désormais rodés au modus operandi djihadiste. Des attaques simultanées avaient alors visé les locaux de l’ONU, la représentation diplomatique éthiopienne et le palais présidentiel d’Hargeysa, au Somaliland, ainsi que les bureaux du ministère de l’Intérieur du Puntland en charge de la lutte antiterroriste, à Boosaaso. Des actions dont la coordination et la logistique laissent entrevoir un transfert du savoir-faire des djihadistes à l’extérieur de leur champ d’action habituel. L’action a, en outre, été menée un mois après une attaque qui a grièvement blessé le général Gani Mohamed Abdi, patron de la police de Boosaaso. Cet élargissement du théâtre des opérations du Hizb Shabaab est à replacer dans l’opposition des islamistes, mais aussi de l’Erythrée, à la création de ces deux entités politiques autoproclamées, accusées de servir de relais aux opérations clandestines de la CIA, notamment pour la détention et l’interrogatoire d’islamistes. Dans l’espoir d’obtenir une reconnaissance internationale, le Somaliland a déjà proposé d’accueillir dans le port de Berbera les navires en charge de la lutte antipiraterie. Le Puntland risque, quant à lui, d’être le plus touché par les actions prévues dans le cadre de la résolution 1851. Nombre de pirates opèrent en effet à partir des ports de Gara’ad et d’Eyl et certains craignent déjà que les actions internationales ne viennent déstabiliser un territoire jusqu’ici épargné par la crise somalienne. Face à la menace internationale, certains pirates issus de clans proches des islamistes pourraient rapidement habiller leurs actions en mer d’un vernis djihadiste. Plusieurs de ces groupes évoquent déjà la nécessité de lutter contre les navires étrangers venant pêcher illégalement dans les eaux somaliennes. Une prise de position récemment adoptée par le gouvernement de transition, qui a demandé aux marines étrangères d’assurer également la lutte contre la «piraterie des ressources halieutiques de la Somalie». |
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