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Directeur: Guy Perrimond
Rédacteur-en-chef : Guillaume Belan

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Lettre d'informations stratégiques et de défense

Irak : bras de fer pétrolier

23/07/2009

Le premier round d’attributions de contrats pétroliers, tenu à la fin juin à Bagdad, s’est conclu sur un échec. Il avait pourtant été annoncé depuis plusieurs mois comme un événement majeur, à grand renfort de déclarations gouvernementales, notamment du ministre du pétrole, Hussein Al-Sharistani, et des images avaient abondamment été diffusées en direct par la télévision nationale.

Il s’agissait, pour l’Irak, à travers ce retour des compagnies internationales dans l’amont — une nouveauté radicale depuis la nationalisation intervenue en 1971-1972 —, d’avoir accès à leur expertise technique, via des accords de service. Plafonnant, en mai dernier, à 2,4 millions de barils/jour, la production nationale reste en effet très en-deçà de ce qu’elle était avant la guerre, et ce malgré des réserves qui placent le pays au 3e rang mondial.

Huit champs déjà producteurs, dont six pétroliers et deux gaziers, étaient proposés en vue d’une augmentation de leur capacité de production, les compagnies prestataires étant rémunérées via un “fee” par baril supplémentaire extrait au-delà d’un seuil convenu.

Au final, un seul champ, celui de Rumeilah, a été alloué au consortium British Petroleum Company/China National Petroleum Company. Pour être retenu, celui-ci a dû accepter un taux de rémunération de 2 dollars le baril, imposé par le gouvernement irakien et considéré comme irréaliste par les autres compagnies internationales participant à l’appel d’offres.

Ce résultat laisse 27 milliards de barils de réserves inexploités et prive l’Irak de 2,1 milliards de dollars de bonus de signature, qui étaient attendus urgemment par le ministère des Finances. Les incertitudes dans le domaine de la sécurité et les craintes quant à la faisabilité effective des contrats, dans l’environnement politique complexe du pays, sont à l’origine d’une certaine inflation des attentes financières de quelques majors : les rémunérations demandées allaient de 4 à 38 dollars le baril, selon les champs.

Néanmoins, à l’exception du consortium BP/CNPC, qui a choisi de prendre un risque technique et financier pour jouer l’avenir, les compagnies soumissionnaires ont toutes exprimé leur désappointement à l’égard du niveau de rémunération décidé par l’Irak. Le considérant comme déconnecté de l’environnement commercial local et international et destiné surtout à apaiser les réticences au sein même du gouvernement, mais aussi dans les organismes pétroliers nationaux, où le Premier ministre est ouvertement accusé de mettre la richesse nationale sous la coupe de l’étranger.

On ne peut, non plus, exclure que ce résultat décevant ait quelque lien avec les exigences américaines dans le domaine des hydrocarbures irakiens, comme l’aurait rappelé le vice-président Joe Biden, lors de sa visite à Bagdad il y a quelques semaines. Freiner, voire paralyser l’attribution de contrats aux compagnies non américaines, tant que leur contenu n’a pas été validé par Washington et que les sociétés d’outre-Atlantique n’ont pas été servies, paraîtrait, en effet, de bonne guerre à certains courants favorables aux intérêts des Etats-Unis à Bagdad.

Du côté français, Total, qui demandait un service “fee” de 7,50 dollars pour porter la production de West Qurna à 900 000 barils/jour, a été aussi écarté. Au cours de son récent voyage dans la capitale irakienne, le Premier ministre François Fillon aurait cependant obtenu l’assurance que la compagnie française conservait toutes ses chances pour les attributions ultérieures, en particulier pour celles prévues à la fin de l’année et concernant, cette fois, des champs à haut potentiel, tels que Majnoon et Nahr bin Uma, mais encore insuffisamment explorés et non développés.

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