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Directeur: Guy Perrimond |
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Lettre d'informations stratégiques et de défense |
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Guinée : l’ombre de Conté |
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23/01/2009 |
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Le capitaine Moussa Dadis Camara, chef de la junte arrivé au pouvoir par coup d'état |
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La situation reste confuse à Conakry, après le coup d’Etat militaire intervenu à l’annonce de la mort du Président Lansana Conté, le 22 décembre. Contrairement à certaines analyses étatiques récentes, la situation en Guinée continue de se dégrader. Ainsi, au carrefour KM36, des hommes en armes, jeunes combattants indisciplinés en provenance de la frontière avec le Liberia, arpentent les rues l’air désœuvré. En réalité, ils sont aux ordres de Coplan (chargé de la sécurité présidentielle) et la moindre étincelle (rupture de paiement...) pourrait transformer la capitale en un nouvel Abidjan.
En dépit des signes positifs envoyés par le capitaine Moussa Dadis Camara, le chef de la junte qui a pris le pouvoir, à l’adresse des organisations de la société civile et des partis d’opposition, des doutes entourent la constitution du conseil militaire de transition et les équilibres en son sein. Conté n’aurait-il pas préparé sa succession, jusqu’au coup d’Etat, un mode moins légaliste de transition du pouvoir ? Onze des officiers qui siègent au conseil militaire ont été promus, quelques semaines avant la mort de Conté, et nommés à des postes clés. Le chef de la junte occupait une fonction importante au sein de l’armée guinéenne, avec la responsabilité de chef du service des essences (un poste clé dans le pays). Mais des questions restent en suspens sur ses relations avec l'ancien chef d'état-major de l'armée, le général Diarra Camara, et à propos de relations que son épouse auraient entretenues avec la veuve du défunt Président. Le choix du capitaine Moussa Dadis Camara n’est pas anodin. Il n’appartient pas à l’une des trois principales ethnies du pays, les Malinké, les Peuls et les Soussous, mais à celle minoritaire des Guerzé, ce qui traduirait une volonté de préserver cet équilibre ethnique du pays. Ce souci de préserver cet équilibre imprègne le conseil militaire. L’absence d’accrochages armés entre les auteurs du coup d’Etat, qui contrôlaient la caserne Alpha Yaya Diallo, située au nord-est de l’aéroport, et les forces légalistes retranchées dans la caserne Alpha Conté, suscite des interrogations. Les partis de l’opposition et les organisations de la société civile ont salué le coup d’Etat, car elles étaient opposées à la tenue d’élections à court terme, dont le résultat serait connu d’avance. De leur côté, les chefs de la junte ont mis à la retraite 23 officiers généraux de l’armée, dont le chef d’état-major, le général Diarra Camara, ce qui a rassuré l’opposition, les organisations de la société civile et les jeunes officiers de l’armée. La nomination de Kabiné Komara comme Premier ministre a été bien accueillie, d’autant que ce dernier était le candidat de l’opposition et des organisations de l’opposition civile à ce poste, suite aux émeutes et la grande grève qui ont secoué le pays au début de l’année 2007. La décision du capitaine Moussa Dadis Camara de réaliser un audit financier dans tous les ministères et de renégocier les contrats dans le secteur minier représente un point marqué contre les partisans de l’ancien régime, soupçonnés de corruption. Mais ces mesures ont eu quelques effets négatifs. Ainsi, des sources occidentales font état d’opérations de transferts massifs de fonds hors du pays, notamment à destination de pays de la région. L’incarcération ou le limogeage d’un certain nombre de hauts fonctionnaires de l’Etat entravent le fonctionnement des administrations. Des protestations ont accueilli la nomination de certains officiers au sein du conseil militaire, à cause de leur participation à la répression de 2007. Quoi qu’il en soit, les différends entre les militaires et les civils restent liés à la détermination de la date des élections. Le Conseil militaire tient à ce que celles-ci se tiennent en décembre 2010, au terme d’une période de transition de deux ans, alors que les partis d’opposition souhaitent qu’elles soient organisées au milieu de l’année en cours, afin d’éviter que les militaires ne s’installent durablement au pouvoir. D’où les risques majeurs d’instabilité, comme en 2007, avec le possible réveil de troubles ethniques, d’autant que les principales forces tribales qui se sont partagées le pouvoir durant des années œuvrent pour regagner de l’influence. Sans compter les périls régionaux qui pèsent sur ce pays qui, en dépit de ses importantes ressources naturelles, reste l’un des plus pauvres de l’Afrique subsaharienne. |
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