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Directeur: Guy Perrimond |
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Lettre d'informations stratégiques et de défense |
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Afghanistan: Al Qaïda défie la CIA |
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21/01/2010 |
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Un haut responsable des talibans pakistanais a revendiqué l’attaque contre l’antenne de la CIA de Khost, en représailles contre les frappes aériennes dans les zones tribales pakistanaises et la mort de Baitullah Mehsud. Une initiative originale, car les talibans du Pakistan ne revendiquent pas habituellement d’actions en Afghanistan.
Cette revendication provient de Qari Hussain, l’un des responsables du groupe Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP), qui a organisé plusieurs opérations suicides au Pakistan. Qari Hussain a échappé à plusieurs frappes aériennes américaines ces derniers mois. Il s’agit d’un cousin d’Hakimullah Mehsud, qui a pris la tête des insurgés pakistanais, après l’élimination par un drone américain, en août dernier, de Baitullah Mehsud.
Certaines sources américaines confirment aussi qu'il s'agit d'une réponse à la campagne de frappes aériennes menée par la CIA contre le Tehrik-e-Taliban. Une action probablement menée avec l’appui des hommes de Sirajuddin Haqqani, qui opèrent dans la région. En effet, plusieurs commandants talibans, dont Haqqani et Hakimullah Messud, mais également le chef de clan Gul Bahadur, pour le Nord Waziristan, et Mollah Nazir, pour les tribus du Sud Waziristân, s’étaient retrouvés à Khost, en septembre dernier, pour coordonner leurs opérations contre les forces de l’Otan.
Selon plusieurs sources, le kamikaze est un Jordanien de Zarqa, Khalil Abu-Mulal al-Balawi, qui a trompé les services américains en prétendant avoir des informations sur la localisation d’Ayman al-Zawahiri — dont l’élimination est repassée en tête des priorités de l’agence. Al-Balawi aurait contacté les services jordaniens au début de ce mois, indiquant qu’il devait rencontrer des responsables américains dans la ville de Khost. De fait, une partie des agents américains étaient arrivés depuis l’antenne de Kaboul quelques heures avant le rendez-vous.
L’antenne de la CIA sur la FOB Chapman, à quelques kilomètres de Khost, était notamment chargée des opérations de “ciblage” de hauts responsables d'Al-Qaïda et des commandants talibans dans la région et du guidage des drones MQ-9 de l’agence.
Le kamikaze a pu pénétrer dans les installations américaines, sans être fouillé, avant de se faire exploser à proximité de la salle de sport, tuant huit agents, dont la chef d’antenne, et blessant grièvement six autres hommes. C'est le coup le plus dur porté à l'agence depuis l’attentat contre l’ambassade américaine de Beyrouth en 1983.
Plusieurs sources proches des talibans ont identifié le kamikaze comme étant Hammam Khalil Mohammed, alias Abu Dujana al-Khurasani. Un nom apparu il y a quelques mois, lors d’une interview diffusée par Al Fajr Media sur son journal électronique, “l’avant-garde du Khorasan”, ainsi que sur plusieurs forums islamistes.
Alors que les Etats-Unis cherchent à obtenir, depuis plusieurs semaines, un effort d’Islamabad pour lutter contre les hommes du réseau Haqqani, qui opèrent de part et d’autre de la frontière (notamment dans les provinces de Paktika et de Khost), cette attaque constitue un tour de force, estime une source proche des services de renseignement américains. «Cette opération ne va pas améliorer le contexte de suspicion actuel, croissant, avec nos alliés locaux, apparu après une série d’attaques de soldats afghans contre les forces de la coalition», indique-t-elle. Estimant, par ailleurs, que «la capacité à mener une telle opération n’est pas un signe d’affaiblissement de la nébuleuse Al-Qaïda, alors même que Farouk Abdulmutallab a réussi à passer les filtrages des contrôles de sécurité aérienne».
Du côté des services de renseignement jordaniens, le General Intelligence Department (GID), il y a fort à parier qu’une profonde réévaluation des contacts dans la nébuleuse islamiste et des agents infiltrés va être menée. Sachant que la présence d’un membre du GID, le capitaine Ali bin Zeid (cousin éloigné du roi Abdallah II), parmi les victimes de l’attaque montre l’engagement d’Amman dans la lutte antiterroriste. Déjà, en 2006, l’aide apportée par le GID à la CIA dans l’infiltration des réseaux islamistes en Irak avait permis l’élimination du chef local d’Al-Qaïda, Abou Mousaab al-Zarqawi. Pour ces raisons, la Jordanie pourrait devenir une cible privilégiée des organisations terroristes.