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Directeur: Guy Perrimond
Rédacteur-en-chef : Guillaume Belan

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Lettre d'informations stratégiques et de défense

Le premier "Red Flag" du Rafale

03/09/2008

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Pour l'armée de l'air, deux ans après sa mise en service officielle à Saint Dizier, l'été 2008 aura été l'occasion de mesurer pour la première fois le Rafale à très forte partie lors d'un jeu de guerre de grande ampleur dans le Nevada, ceci au terme d'une traversée du continent américain réalisée après un franchissement de l'Atlantique via les Açores.

Planifié depuis un an et demi, le but de Red Flag est de préparer les forces aériennes françaises à l’interopérabilité tactique. L’armée de l'air participe régulièrement à Red Flag depuis 1981 et presque tous ses types d’avions de combat y sont venus. Cette fois-ci, c’était au tour du Rafale, en prélude à la participation, cet automne, de Mirage F1CT/CR à Green Flag, un exercice de CAS de nature plus réduit mais préparatoire aux missions menées actuellement en Afghanistan.

Ainsi, du 07 au 22 août derniers, un détachement de quatre Rafale de l'escadron de Chasse 1/7 “Provence" de Saint-Dizier, accompagné par un ravitailleur C-135FR, a participé durant dix jours à la quatrième session annuelle de l'exercice aérien Red Flag, l'épreuve d'entraînement certainement la plus décisive, — juste avant la vraie guerre, dit-on — pour un pilote de combat occidental.

Le détachement de 85 personnes, placé sous les ordres du colonel Philippe Poireault, chef du dispositif, et du lieutenant-colonel Fabrice Grandclaudon, commandant le 1/7, comprenait en tout quatorze pilotes, six navigateurs, un officier de renseignement et 39 mécaniciens fonctionnant en deux équipes; une pour les vols de jour et une pour les vols de nuit. S'y ajoutaient des commandos de l'air chargés de la sécurité des avions.

S'inscrivant à la suite d'un échange d'escadron d'une dizaine de jours, réalisé plus tôt sur la base de Luke dans l'Arizona avec les F-16 et les personnels du 309e fighter squadron de l'USAF, ce premier Red Flag des Rafale français avait pour but de confronter l’expérience acquise sur Rafale depuis 2 ans avec des avions d’armes de même génération (dits de 4e génération) : F-15E de l'USAFE F-15K de la RoKAF, F-15 et F-16 Agressor, Su-30MKI de l'Indian Air Force. Sachant que la moitié des français participants ont été engagés sur le théâtre afghan au cours des derniers mois.

Les quatre Rafale du 1/7 (n° 317, n° 320,; n° 321; n° 325) étaient tous des biplaces au standard F2+ (donc très récents) dotés d'une capacité "swing role" totale et dont l'armement simulé était composé de missiles Mica IE/EM et d’armes propulsées à guidage inertiel AASM/GPS. Les missions étaient soutenues par le SLPRM.

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Les Rafale B ont réalisé durant dix jours à Red Flag quatre sorties quotidiennes de 2 h en moyenne (1 strike diurne + 1 nocturne) au sein de dispositifs d'attaque (Blue Air) d'une soixantaine à une cinquantaine d'avions en général. Ceci par des températures diurnes supérieures à 45°C presque identiques à celles subies à Kandahar en Afghanistan. Ces températures ont été d'ailleurs plus éprouvantes pour les équipages et les mécaniciens que pour les avions, la réserve de puissance au décollage des moteurs M88 ayant assuré une poussée confortable au départ des missions, les avions étant systématiquement équipés des trois bidons supersoniques de 1200 litres pour mimer une configuration de guerre lourde.

La préoccupation première de l'armée de l'air en venant à Nellis AFB avec des Rafale était d'abord de vérifier la bonne intégration de l'avion et de ses systèmes dans des dispositifs aériens alliés denses et complexes ; avec notamment participation d'appareils de guerre électronique EA-6B Prowler et F-16CJ pour la lutte anti-radar.

Pour le général de corps aérien Jean-Pierre Martin, commandant de la Force aérienne de combat, qui a même participé à une des dernières missions sur Rafale B au-dessus du "range" de Nellis (de la taille du territoire suisse !) durant la session d'août de Red Flag : " « Après un an et demi de mise en œuvre, le système est en service opérationnel et a été utilisé en opérations démontrant que les capacités de l’avion sont au niveau. Le Rafale s'est très bien comporté et a bien rempli sa part de missions, et même facilement grâce à l'ensemble des capteurs et systèmes de liaison de données (Link 16) dont il est doté. On peut dire que pour la première fois, au contraire des exercices précédents sur Jaguar ou Mirage F1 ou 2000, les Français volaient à Red Flag sur un avion de génération comparable qui n'avait rien à envier à ceux de leurs camarades américains, coréens et indiens ". Compte-tenu aussi des profils de mission réalisés sur un théâtre saturé de menaces sol-air et air-air, le Rafale a aussi fort bien démontré sa capacité à percer les défenses aériennes adverses grâce à un système d'armes très performants auquel la nouvelle bombe AASM n'est pas étrangère. En effet, si les différents participants n'ont pas été particulièrement frappés par la capacité "swing role" du Rafale — les Su-30MKI, les F-15E Strike Eagle et F-15K Slam Eagle l'ont déjà — c'est indéniablement la précision des capteurs du Rafale et son armement air-sol "stand-off" qui ont épaté la galerie. " Sur la Rafale la fusion des capteurs est un concept extraordinaire qui est très réussi. Il n’y a jamais eu de divergences de pistes entre les différents capteurs" a ajouté le commandant du 1/7. Le Rafale a été présent dans toutes les missions d’intérêt principal notamment au moins deux missions comme « mission commander ».. Au cours des missions de « self escort » ou « organic escort ", le Rafale/F2+ a permis de présenter le panel complet des capacités aériennes du nouvel avion. 

Questionné sur l'état de la logistique du Rafale, le lt-col Grandclaudon a fait remarquer que la logistique de son escadron fonctionnant en réseau informatique avec la BA113 de Saint-Dizier (grâce au système Arpagon qui permet d’envoyer par satellite les données techniques de chaque avion après chaque vol). a permis, tout au long de Red Flag d’avoir une traçabilité améliorée sur les pièces de rechange avionnées. Désormais essentiellement curative et non plus préventive, il s'agit-là d'une maintenance en flux tendu : on ne change que ce qui est nécessaire, ce qui est plus économique et autorise des projections logistiques plus légères..

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Il reste que les pilotes français sont en forte attente des pods de désignation Damoclès qui devraient être livrés l'an prochain, si tout va bien, et que beaucoup souhaiteraient pouvoir disposer un jour d'un viseur de casque comme en ont les Américains et les Indiens, un dispositif initialement prévu sur Rafale mais abandonné pour des raisons d'économie. La liaison 16 est très appréciée, de même que Spectra qui s'avère un système très riches en capacités de détection complémentaires au radar RBE2. L'OSF quant à lui, fait l'unanimité des pilotes sur sa grande utilité en combat aérien. "C'est un capteur dont on ne pourra plus se passer désormais" faisait même remarquer un capitaine "tant il nous donne un avantage discret sur l'adversaire".

Les Américains ont, eux, lors des "mass debriefs",  loué la précision des AASM. Chaque Rafale peut aujourd'hui traiter six objectifs d’un coup sur une surface étendue, chaque bombe de 250 kg ayant des coordonnées et une balistique propre. Plus encore, via la Liaison 16, un Rafale peut échanger en vol ses plans de tir avec un avion spatialement mieux placé. Chaque avion ayant de surcroît enregistré préalablement la totalité des scénarios possibles. Ainsi si un avion n’atteint pas son but un autre peut prendre sa suite et mener à bien la mission prévue. Voilà une arme nouvelle qui risque de donner au Rafale un réel atout sur la scène internationale.

Un deuxième escadron de Rafale, l'escadron de Bombardement 1/91 « Gascogne », devrait être opérationnel à Saint-Dizier d’ici la fin de l'année prochaine. Il sera appelé à terme à mettre en œuvre des missiles de croisière à charge nucléaire ASMPA avec ses Rafale F3 dans le cadre de la dissuasion et cela dès 2010.

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