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Directeur: Guy Perrimond
Rédacteur-en-chef : Guillaume Belan

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Lettre d'informations stratégiques et de défense

La Mauritanie, otage des militaires ?

10/09/2008

Le 6 août dernier, un coup d’état militaire orchestré par le général Mohamed Ould Abdelaziz, chef d’état-major particulier du président Sidi Ould Cheikh Abdallahi sapait le fragile élan démocratique qui n’aura duré que 15 mois. Sixième coup d’Etat depuis l’indépendance en 1960, la rébellion menée par les troupes du Bataillon de sécurité présidentielle (BASEP) semblent inspirée du précédent putsch, qui mit fin en août 2005 au pouvoir du président Ould Taya.

La mise en place d’un Haut Conseil d’Etat des forces armées et de Sécurité, dans la foulée de l’arrestation du président Abdallahi et de son premier ministre Yahya Ould Ahmed El Yaghef, semble d’ailleurs largement calquée dans sa composition sur le Conseil militaire pour la Justice et la Démocratie (CMJD) qui prit le pouvoir en 2005 avant de le « rendre » aux civils, à travers la tenue d’un référendum en 2006, salué par la Communauté internationale.

Les raisons avancées par les militaires à l’encontre du président et de son entourage, notamment son épouse (corruption, concussion, complaisance avec les milieux fondamentalistes présents au sein du parti islamiste - Rassemblement national pour la Réforme dit Tawassoul - légalisé en 2007) rappellent étrangement le contexte qui avait amené l’armée à prendre le pouvoir il y a trois ans.

Néanmoins, le coup de force semble, cette fois-ci, aller de pair avec un large soutien de la rue et d’une grande partie de la classe politique et du Parlement, notamment au sein même du parti présidentiel, le Pacte national pour la démocratie et le développement (PNDD).

Le limogeage par le Président Abdallahi et le nouveau Premier ministre Yahia Ahmed El-Waghef, de plusieurs généraux de l’appareil sécuritaire mauritanien, accusés d’entretenir la crise politique depuis plusieurs mois, semble avoir été l’élément déclencheur du coup d’Etat, confirmant que les militaires n’ont pas accepté les velléités d’émancipation de ceux qu’ils estimaient avoir mis en place.

La crise semble néanmoins aussi devoir être replacée dans un contexte sécuritaire plus large, qui fait de la République islamique de Mauritanie un élément clé dans le dispositif de lutte contre le terrorisme au Sahel. L’assassinat des quatre touristes français par des éléments salafistes algériens, le 24 décembre dernier à Aleg, dans le sud du pays, dans le contexte des menaces ayant amené l’annulation dernier Paris-Dakar, suivis de violents affrontements - en avril dernier - avec les gendarmes mauritaniens à Nouakchott avait confirmé la présence du réseau Al-Qaïda au Maghreb islamique (OAQMI) dans la région.

Sur ce point, les Américains ne se sont pas trompés, qui, à travers les 500 millions de dollars de leur Trans-Sahara Counterterrorism Initiative (TSCTI, lancé en juin 2005) entendent lutter contre cette menace, se contentant d’une molle condamnation du putsch. Le fait que l’OAQMI ait dénoncé, dès le 12 août, à travers un communiqué, la collusion entre les putschistes et Israël, avec lequel la Mauritanie entretient des relations diplomatiques, vient confirmer l’intérêt très suivi des Américains quant à l’évolution de la situation.

La formation de la garde présidentielle par le FBI et l’équipement fourni aux forces armées et à la Garde nationale par la coopération militaire américaine démontre, en outre depuis les années 80, que la Mauritanie est devenue un rouage important pour les Etats-Unis qui souhaitent être présents militairement dans la région, à travers leur Africom qui peine néanmoins à voir le jour, faute de pays désireux de l’accueillir.

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