TTU

Directeur: Guy Perrimond
Rédacteur-en-chef : Guillaume Belan

drapeauanglais

Lettre d'informations stratégiques et de défense

La Russie s'intéresse au BPC Mistral

5/11/2008

IMG0726

L'achat deBPC par Moscou pourrait marquer un changement d'orientations stratégiques pour la marine russe.

crédits: Guillaume Belan

Un contexte favorable

Le ministre russe de la Défense n’est pas venu à Euronaval. Certains y avaient vu un signe de défiance envers la France, malgrès la forte présence des entreprises aéronavales russes durant le salon, qui a fermé ses portes la semaine dernière. En réalité, le ministre Serdioukov a été représenté par le chef d’état-major de la marine, l’amiral Vissotski qui n’aurait pas caché son intérêt pour l’acquisition d’un Bâtiment de Projection et de Commandement (BPC) de type “Mistral”. L'amiral fait partie du courant des réformateurs. Lecteur de Mahan, il considère que la Russie ne peut pas maintenir son statut de puissance, sans maîtriser les océans.

Car les relations entre Paris et Moscou sont au beau fixe. Et le sommet d’Evian, organisé par l'IFRI qui s'est tenu il y a près d'un mois, a scellé une nouvelle ère dans la coopération franco-russe, avec la venue du Président Medvedev. Dans son édition à paraître demain, la lettre confidentielle Russia Intelligence révèle que les tractations pour l'achat d'un BPC sont déjà bien amorcées sur le sujet. Le contexte est favorable. Et Paris a accepté le mouillage du plus gros bâtiment de la marine russe, le croiseur nucléaire "Pierre le Grand" ("Piotr Velikii") à Toulon.

L’achat d’un BPC serait cohérent avec la volonté du Président Medvedev de réarmer une flotte russe, qui ne dispose pas de ce type de bateau. Moscou, bénéficiant de chantiers navals pourrait décider d'acquérir les plans du navire de DCNS et de le produire localement, ce qui lui permettrait de rogner sur les coûts de construction.

Ka272Creditskamov ka29CreditsMindef Ka311CreditsKamov

L'aéronaval russe comprend essentiellement des hélicoptères Kamov: ici, le Ka-27 (crédits: Kamov), le Ka-29 (crédits: MinDef Russe) et le Ka-31 (crédits: Kamov). Ils devraient pouvoir officier depuis le pont d'un BPC.

Virage opérationnel

Un BPC russe marquerait surtout un changement dans la doctrine d'opérations de débarquement pour la Marine Russe. La projection de force russe reste très efficace, mais principalement par voie terrestre et aérienne. Aucun navire n'est capable d'emmener une force de projection comprennant troupes, blindés et hélicoptères. De même, Moscou, malgré des navires à fort tonnage, capables de débarquer des hommes, ne dispose d'aucun bâtiment dédié, et encore moins conçu pour recevoir des structures de commandement, comme en dispose le BPC. Mais les besoins semblent avoir évolués et Moscou peut vouloir s'adjoindre une capacité de projection par voie maritime, quand l'acheminement par terre ou par air est difficile. Le théâtre géorgien pourrait avoir servi de révélateur, à l'heure où la marine russe est en pleine transformation. En Abkhazie, malgré une très importante façade maritime, les russes avait investi sur le transport terrestre. Sans aéroport de grande dimension capable d'accueillir les plus gros Antonov, le génie russe s'était employé pendant des mois à restaurer les voies de chemins de fer et les routes pour faire venir rapidement les forces stationnées en Russie. Bien que les russes aient déployé des croiseurs pendant la crise géorgienne, aucun acheminement de troupes n'a été réalisé par voie maritime.

L'Ukraine a aussi recemment prévenu que la concession du port de Sébastopol ne serait pas renouvelée. En réaction, Moscou a décidé de doubler la capacité d'accueil du port de Novorossisk sur la mer noire. Disposer d'une flotte de BPC et les employer sur la mer noire ou en Extrême Orient offrirait une force de frappe supplémentaire aux forces russes, regonflées depuis leur victoire en Géorgie.

Un navire pour "terriens"

Car le BPC est avant tout un navire pour l'armée de terre. Conçu pour accueillir des chars Leclerc, le plus récent des chars russes T-90 peut y être transporté. Tout comme les hélicoptères de transport et d'attaques Mi-8, Mi-17 ou Mi-24, à peine plus lourd qu'un NH90. Les hélicoptères de l'aéronavale russe pourront aussi facilement mener des opérations de lutte sous-marine ou de transport (Ka-27, Ka-28 ou le dernier né le Ka-31, recemment vendu à l'Inde). L'utilisation d'un BPC pourrait par ailleurs remettre en cause le monopole de l'industriel Kamov sur les hélicoptères navals russes, puisque la gamme Mil pourra facilement être opérée depuis un "Mistral". Reste à savoir de quoi pourrait disposer la marine russe en chalands de débarquement. Le type Zubr ("Bison"), sur coussin d'air, pourrait selon certains spécialistes être décliné en version plus petit pour pouvoir entrer dans le radier d'un BPC. Autre aspect pour la partie poste de commandement : les consoles de commandement (C2, C4i) russes sont considérées par beaucoup de spécialistes russes comme obsolètes.

Pour DCNS, ce dossier est stratégique en ce sens qu’il pourrait ouvrir la voie à d’autres perspectives en Russie et dans l’ensemble de la Communauté des Etats Indépendants. Reste à savoir si Moscou concrétisera son souhait.

AeroglisseurZubr

L'aéroglisseur de transport Zubr

crédits: MinDef russe

Fiche TTU de présentation du BPC

BPCTTU
Online TTU drapeauanglais