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Directeur: Guy Perrimond
Rédacteur-en-chef : Guillaume Belan

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Lettre d'informations stratégiques et de défense

Les nouveaux défis des pays du golfe

19/11/2009

Le Salon Dubai Air Show 2009, qui a vu la participation de 890 entreprises de 47 pays, dont 120 entreprises de 20 pays venues pour la première fois, a atteint ses objectifs. Et ce, en dépit de la récente crise financière mondiale, qui a entraîné une contraction significative du nombre de contrats annoncés.

Concernant les questions régionales, trois questions ont dominé le Salon : le dossier du nucléaire iranien, la situation au Yémen et l'insécurité persistante en Afghanistan et au Pakistan. Outre leur dimension politique, ces questions ont des implications militaires pour les pays de la région, en particulier les Etats du Golfe. Une chose paraît certaine : les marchés de l'armement dans la région vont continuer à croître et les commandes dans la région devraient atteindre les 100 milliards de dollars d'ici à 2014, soit 11 % de l’ensemble des commandes mondiales d'armes et de systèmes de défense.

Premièrement, on constate une évolution des menaces qui pèsent sur la zone du Golfe, où, au lieu de faire face à un ennemi conventionnel, les pays sont confrontés à des groupes armés rebelles, comme c'est le cas au Yémen et en Irak, mais aussi au Liban et en Algérie. Il convient donc d’élaborer de nouvelles struc­tures de défense pour faire face à ce type de menaces. Les forces spéciales et de réaction rapide tiennent, à cet égard, un rôle central, d’où la demande croissante de coopération, dans ce domaine, des pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG). Or, la France a un rôle clé à jouer dans le développement des capacités de ces pays, comme le montrent la coopération avec Bahreïn ou le soutien aux forces d’intervention du ministère saoudien de l'Intérieur. Rappelons, en outre, la participation d'unités des forces spéciales émiraties à la coalition internationale en Afghanistan.

Au Salon de Dubaï, on évoquait surtout la conclusion prochaine d'un accord entre Paris et Riyad, au terme duquel les forces spéciales françaises fourniront un appui à leurs homologues saoudiennes, notamment dans la formation. L’évolution des menaces se reflète aussi dans les besoins en équipements militaires. Les Etats arabes du Golfe s’intéressent en particulier aux véhicules blindés, qui offrent des niveaux de protection et des capacités de manœuvre élevés. Ainsi, le Koweït a pris livraison des véhicules VBL MKII de Panhard, l’Arabie Saoudite met la touche finale au contrat d’achat de véhicules russes BMP-3, alors que les Emirats arabes unis se sont engagés à acquérir des véhicules AMV (du groupe Patria). En outre, les forces terrestres émiraties souhaitent moderniser leurs chars Leclerc, comme l’ont fait les forces canadiennes avec leurs chars Abrams, pour acquérir une meilleure protection contre les IED.

Les besoins des forces aériennes sont également en hausse, notamment en ce qui concerne les hélicoptères de transport armés (Oman devrait recevoir trois hélicoptères NH-90, alors que l’Arabie Saoudite, le Koweït et les EAU étudient des offres) et les drones, destinés aux missions de surveillance et de renseignement. Deuxièmement, l'aggravation des menaces terroristes pousse les Etats du Golfe à renforcer la protection de leurs frontières et des installations sensibles. EADS est un acteur important dans ce domaine : le Qatar a eu recours au groupe européen pour son système de protection nationale, National Security Shield (NSS), et l'Arabie Saoudite l’a choisi pour mettre en œuvre son système de protection des frontières. Ces systèmes comprennent des radars de détection et de surveillance, des systèmes de détection optroniques à infrarouge IR, des hélicoptères, des véhicules, des drones et des systèmes C3I.

De même, on constate une hausse des besoins en systèmes de missiles de haute précision, qui peuvent être employés dans des espaces clos, tels que des missiles Eryx de MBDA, utilisés par la Garde nationale saoudienne et dont l’acquisition est envisagée par d’autres pays du CCG. A cela s’ajoute le besoin en systèmes de défense aérienne à courte portée, de type SHORAD, pour la défense des sites sensibles. A cet égard, les forces omanaises et la garde nationale saoudienne ont choisi le système Mistral de MBDA. Les demandes de systèmes de ce type devraient donc croître à l’avenir. Troisièmement, l'escalade de la piraterie navale et le renforcement des forces sous-marines de certains pays poussent les Etats du Golfe à développer leurs capacités dans le domaine des missions de patrouille maritime, par l'acquisition d'avions MPA. Ainsi, les EAU ont choisi le groupe Thales pour équiper leurs avions Bombardier Dash 8-300 pour ces missions. Ils ont aussi signé un contrat, il y a trois ans, avec EADS pour des avions C-295 FITS, contrat qui n'est pas encore entré en vigueur. L'Arabie Saoudite et Oman étudient également l’acquisition de C-295 FITS.

Quatrièmement, les pays de la région s’emploient à renforcer leurs forces de frappe en s’équipant de missiles de croisière, pour faire face à des menaces externes, sans qu'il leur soit nécessaire d'envoyer des troupes hors de leurs frontières. D’où le contrat conclu par Riyad et Abou Dhabi pour l’acquisition d’avions de ravitaillement en vol A330 MRTT (trois appareils, respectivement, avec des options pour trois autres, qui pourraient être levées prochainement), afin d’augmenter le rayon d’action de leurs avions de combat. En outre, le programme de modernisation des Tornado saoudiens vise principalement à les équiper de systèmes de missiles Storm Shadow, capacités qui devraient être étendues dans le futur, lors de la mise en service des Eurofighter Typhoon. Même chose concernant la force aérienne émiratie, dans la perspective de l’acquisition de Rafale, qui devraient conserver leur capacité de frappe, avec des missiles de croisière Scalp EG/Black Shahine, utilisés actuellement sur les Mirage 2009-9. De leur côté, Oman étudie l’achat de 14 Eurofighter Typhoon et le Koweït envisage le remplacement de sa flotte de F-18, alors qu’on reste dans l'incertitude sur les intentions du Qatar, qui pourrait remplacer ses Mirage 2000-5 par des Rafale.

Il est clair, enfin, que les pays du CCG — à l'exception de l'Arabie Saoudite — ne sont plus réticents à accueillir des forces étrangères sur leur territoire, dans un contexte de menace croissante de l’Iran. La présence militaire américaine au Koweït et en Irak, la base aérienne d’Al-Adid, au Qatar, et le commandement de la 5e flotte américaine à Bahreïn font partie du paysage stratégique de la région. Certains faits nouveaux montrent même le renforcement de cette tendance : Washington a annoncé la formation d'une force d'intervention marine rapide dans le Golfe, basée à Bahreïn, après l'ouverture de la base française aux Emirats, en mai dernier. Mais l'événement principal, dévoilé à Dubaï, est la présence de six avions F-22 Raptor sur la base Dhafra d’Abou Dhabi.

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