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Directeur: Guy Perrimond
Rédacteur-en-chef : Guillaume Belan

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Lettre d'informations stratégiques et de défense

Pakistan : la police en première ligne

28/04/2009

«Les Américains sont en train de réorienter leur aide financière vers la police, alors que, jusqu'à présent, c'était l'armée qui en bénéficiait», note un observateur à Islamabad.

Depuis trois ans, ce sont les forces de sécurité intérieures pakistanaises qui sont prises pour cible par les terroristes. Moins bien entraînée et équipée que l’armée, la police montre son manque de préparation face aux nouvelles menaces, constituant une cible de choix pour les «talibans pakistanais».

En raison d’insuffisances dans le recrutement, les officiers supérieurs sont nommés au niveau local plus par clientélisme politique que sur leurs compétences. Certains postes sont vendus au plus offrant. L’armement apparaît aussi inadapté face aux nouvelles menaces terroristes. Avec, comme arme de base, des fusils de calibre 7,62 (le G3 et l'AK 47) et des pistolets Beretta 9 mm, les forces intérieures n'ont pas d'arme adaptée au combat rapproché, comme le MP5 ou le P90. Et même l'«Elite Force» (force spéciale de la police) ne dispose ni d’unité de tireurs d’élite ni de déminage…

L’attaque du 3 mars dernier à Lahore contre l'équipe de cricket du Sri Lanka est révélatrice du manque de préparation des forces de police. Douze hommes, armés de grenades et d'AK 47, avaient alors concentré leurs tirs sur les vingt policiers d'escorte, probablement pour prendre les joueurs en otage. Résultat : treize policiers se sont enfuis, tandis que les autres ont été abattus, sans qu’aucun renfort ne soit envoyé. Alors qu’à 500 mètres de là, autour du stade où le match devait avoir lieu, d'importantes forces de police étaient déployées. Les joueurs sri-lankais ne doivent leur vie qu’au chauffeur du bus qui a continué à rouler malgré les tirs. Les assaillants se sont ensuite enfuis sans encombre sur des motos garées à proximité.

Outre de probables complicités, les terroristes ont profité de la défaillance de la chaîne de commandement pakistanaise. Durant l’embuscade, aucune alerte n'a été donnée. Une défaillance que certains experts ont aussi constaté lors de l'attaque contre l'école de police de Lahore, le 30 mars. Une dizaine d'hommes s’étaient alors introduits dans l'académie et, après avoir tiré sur les élèves, se sont retranchés dans les étages supérieurs de l'école avec des otages. Lorsque l'armée et l'Elite Force sont arrivés, l’absence de commandement unique n’a pas permis d’action coordonnée entre les diverses unités. Lors de l'assaut final, militaires et policiers se sont précipités dans le désordre vers le bâtiment.

La multiplication d’actes terroristes révèle que le Pakistan a un besoin criant d'une force d'élite digne de ce nom. L'Elite Force n'en est pas une. Absence d’entraînement ou d’équi­pement, elle lutte contre la délinquance, encadre les manifestations... Au total, un spectre de missions beaucoup trop vaste. «Il n'y a aucune session de formation organisée autour de petites équipes, qui permettrait de créer de véritables unités commandos», reconnaît, par ailleurs, un observateur occidental.

Malgré un effort indispensable, les autorités n'ont toujours pas pris de mesures convaincantes. Une situation d’autant plus alarmante que les terroristes ont montré qu'ils étaient particulièrement bien préparés. Pendant l'attaque contre l'équipe de cricket, ils se déplaçaient toujours en binômes, afin de se couvrir mutuellement, tout en utilisant au mieux l’environnement urbain. Ils auraient été formés aux techniques de guérilla par des instructeurs ayant combattu au Cachemire et en Afghanistan. Pas moins de 654 policiers et soldats ont été tués en 2008, soit 9 % de plus qu'en 2007, et, depuis le début de l'année, le bilan atteint déjà les 192 morts.

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