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Directeur: Guy Perrimond
Rédacteur-en-chef : Guillaume Belan

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Lettre d'informations stratégiques et de défense

Opérations clandestines privatisées

22/12/2009

Des responsables américains ont partiellement confirmé les déclarations d’Erik Prince au magazine Vanity Fair, selon lesquelles la société dont il était président, Blackwater Worldwide, a collaboré aux opérations clandestines de la CIA pour la capture d’insurgés en Irak et en Afghanistan.

Des privés auraient ainsi participé de manière "offensive" à des opérations visant à capturer ou à assassiner des individus, en violation des règles de droit international.

Après sa nomination à la tête de la CIA par la nouvelle administration, Leon Panetta avait ordonné la fin de toute collaboration de ce type avec Blackwater et demandé une révision de tous les contrats passés sous l’administration Bush. Panetta avait également suspendu un programme d’assassinats ciblés utilisant Blackwater, précisant que ces opérations, qui n’avaient conduit à aucun assassinat, avaient été approuvées par les différents échelons de la précédente direction.

Un programme qui prévoyait explicitement que les privés puissent participer à des engagements armés. Par le biais du House Intelligence Committee, le Congrès américain a ouvert, en juillet dernier, une commission d’enquête sur les programmes de l'Agence ordonnés par l’ex-vice-président Dick Cheney.

Du côté de Xe Services (ex-Blackwater), on dément mollement toute participation à des opérations clandestines, de même qu’à la CIA, où l’on n’évoque pas les opérations en Irak et en Afghanistan. Selon une source opérationnelle, des “échanges de services” sont parfois passés sur le terrain entre les forces spéciales et les privés, qui ont la même culture et se connaissent souvent.

Selon Jeremy Scahill, le programme de la CIA et les missions impliquant Blackwater sont strictement confidentiels. Au sein de l’administration Obama, on craint donc de trouver bon nombre de “cadavres dans les placards”, alors que certains responsables du camp républicain craignent de se voir exposés à des poursuites pénales. Deux privés ont été tués en Afghanistan en 2003, au cours d’une opération ayant impliqué des membres de la CIA. De même, à la fin 2006, douze hommes des “tactical operations” de Blackwater ont été recrutés pour un raid au Pakistan mené par le Joint Special Operations Command (JSOC) dans une opération visant un camp d’Al-Qaida. Un appui apporté à des éléments de la Task Force 373, qui ne pouvaient bénéficier de renforts militaires, compte tenu de l’engagement en Irak.

Blackwater a également collaboré au programme de frappes aériennes au Pakistan, lancé en 2006 dans le cadre d’un accord entre Washington et Islamabad, concernant la traque de Ben Laden et autorisant le déploiement de forces spéciales américaines en territoire pakistanais.

Ces informations sur la participation de Blackwater à des opérations clandestines au Pakistan font surface après un premier scandale d’achat d’armes ayant impliqué Triple Canopy et l’ambassade des Etats-Unis à Islamabad. A la fin novembre, peu avant l'arrivée au Pakistan de Leon Panetta, le ministre pakistanais de l’Intérieur, Rahman Malek, a démenti que Blackwater ait opéré dans le pays, affirmant même qu’il démissionnerait si ces opérations étaient avérées. Selon lui, seule DynCorp est mandaté pour opérer sur des convois logistiques transitant vers l’Afghanistan.

Dans ce contexte, l’interview d’Erik Prince par Vanity Fair apparaît comme une menace à peine voilée d’un grand déballage sur les activités clandestines de l’administration Bush, en cas de nouvelles poursuites pénales. Prince laissait ainsi entendre qu’un projet d’élimination du docteur AQ Khan avait été préparé par la CIA avec sa société. Par ailleurs, la participation de Blackwater aux vols “clandestins” de la CIA (dans le cadre du programme de transfert clandestin de prisonniers), confirmée par une source américaine, pourrait refaire surface.

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