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Lettre d'informations stratégiques et de défense

ANALYSE

Nexter: l'offensive de RTD relance les scénarios d'achats

Par Guillaume Belan, rédacteur en chef de TTU International & Online

19/05/2008

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La gamme Sherpa, dévoilée durant Eurosatory 2006 révèle les ambitions de RTD dans la défense, et le changement d'approche de son actionnaire, Volvo AB.

crédits: RTD

Malgré l’implication de Nicolas Sarkozy durant sa visite londonienne, la mise à l'écart du VBCI dans le programme britannique FRES a sonné la fin d’un possible rapprochement de Nexter avec BAe, dont les priorités de développement sont clairement outre-atlantiques. Résultat, les autres scénarios, paralysés jusqu’à aujourd’hui par l’attente de la décision britannique, refont surface. Premier à se manifester, Renault Trucks Défense (filiale de Volvo AB), qui réfléchit très sérieusement à mettre la main sur l’ancien Giat. C’est en tout cas ce qui a été présenté par les responsables de RTD au DGA François Lureau, il y a quelques mois. Et l’échec britannique ravive cette idée. Partenaire de Nexter dans le VBCI et le Caesar (en charge de la partie “mobilité”), RTD affiche une activité “défense” en croissance ces dernières années. Rachat d’ACMAT, contrat de MCO global pour le VAB ou développement de toute une gamme de nouveaux véhicules militaires depuis ces deux dernières années (Sherpa, vendu notamment à la NAMSA), Renault souhaite devenir l’acteur autour duquel la consolidation industrielle terrestre se fera. Une surprise ? Oui et non. Passé sous capital suédois en 2001, Volvo n’était alors pas ou peu impliqué dans la défense. Et les différents appels du pied d’alors du gouvernement français avaient dû faire face à un mur. Mais les choses ont changé, et aujourd’hui le groupe est présent dans de nombreux contrats défense : outre RTD, Volvo Aero fournit le moteur du Gripen; Mack est très présent dans la défense américaine... Bref, un domaine qui ne lui fait plus peur.

 

Nexter, état des lieux

Nexter est condamné au mariage. Après la restructuration de l’ancien Giat Industries en différentes filiales (Systems / Munitions / Mechanics / Electronics), ces différents “appartements” n’attendent plus qu’un repreneur. Car la dot de la mariée est devenue pauvre. Livre blanc et LPM ne devraient pas venir changer la tendance à la paupérisation de l’industriel terrestre. Avec un volet export limité, l’essentiel du chiffre d’affaires repose sur les programmes nationaux (la commande VBCI pourrait passer de 700 à 400 exemplaires...). Seule la partie artillerie, avec le canon Caesar, présente d’intéressantes perspectives. D’autre part, l’avenir de certains secteurs n’est guère prometteur, au premier rang desquels le munitionnaire. Car ce domaine, en France, ne se porte pas bien. Des deux autres acteurs, SNPE et TDA (Thales), aucun ne souhaiterait racheter Nexter Munitions. Faute d’activités suffisantes et de perspectives intéressantes. Alors que la plupart des acteurs appellent à un regroupement de l’activité munitionnaire française, celle-ci pourrait se faire autour de Nexter Munitions. Mais pour regrouper l’industrie munitionnaire française, il faudrait assurer à la SNPE un futur sur la propulsion solide, seule condition à laquelle SNPE accepterait de céder son activité munitions, de source syndicale. De même pour valoriser Nexter Munitions, ne faudrait-il pas décider d’investir dans des domaines “clefs”, comme la muratisation ou les munitions “intelligentes”. Autre hypothèse, l’arrivée d’un autre acteur dans la course. Les obus devenant de plus en plus “intelligents” (obus Bonus), pourraient-ils intéresser un missilier comme MBDA ? Mais de ces scénarios, il faudrait que le gouvernement, unique actionnaire de Nexter, sache ce qu’il veut.

 

Vente globale ou par appartements ?

Or, aucun scénario ne semble aujourd’hui figé. Ce qui l’est par contre, ce sont les acteurs de ce meccano industriel. Et ils sont peu. D’autant qu’après l’échec britannique, peu de solutions européennes se présentent pour racheter Nexter (même si, selon nos informations, la proposition d’ouvrir le capital à BAe reste valable, elle demeure peu probable). Les Allemands, un temps considérés, n’ont toujours pas terminé leur mue nationale, avec la présence de deux industriels terrestres (KMW et Reinhmetall). Or cette rationalisation germano-allemande est un prélude nécessaire à tout rapprochement européen, comme aime à le rappeler régulièrement Luc Vigneron. Aujourd’hui, le futur de Nexter semble donc national, autour de RTD et de Thales. RTD oriente son offensive sur une vente par appartements. Seule l’activité “véhicule” intéresserait Renault Trucks Défense, donc les “appartements” Systems et Mechanics. Ce rachat verrait l’émergence d’un seul plate-formiste (ou presque puisqu’il restera Panhard). Et Thales ? Ce dernier pourrait être intéressé par certains appartements, comme celui des “Electronics”, ce qui lui donnerait accès à des marchés captifs, comme celui du SIT ou du Finders (vendus à l’armée française...). Mais Thales accepterait-il de se contenter de quelques “miettes” ? La tendance, aujourd’hui, des marchés terrestres est celle de la maîtrise d’œuvre globale ou “system of system integrator” (SOSI), comme Boeing aux Etats-Unis dans le programme FCS, ou Boeing et... Thales en Grande-Bretagne. En France, aucun programme de transformation globale de l’armée de terre n’est encore officiellement lancé. Mais on s’y rapproche et c’est tout l’enjeu du programme Scorpion. Elaboré par l’armée de terre et la DGA, ce programme vise à offrir et assurer des capacités aux terriens, ce qui implique que l’ensemble des matériels en service et ceux futurs (objet de la BOA, bulle opérationnelle aéroterrestre, dont fait aussi partie Thales) soient cohérents entre eux. Pour s’en assurer, la DGA pourrait remettre la responsabilité d’ensemble à un seul acteur industriel. Cette idée est en pleine réflexion, et Boeing est, en ce moment, en train de prospecter, en France, auprès de Thales, afin de se placer pour ce rôle de SOSI, à l’instar de l’exemple britannique. Dans ce cadre, un rachat de l’ensemble de Nexter prendrait sens, afin de bénéficier d’un outil intégré pour notre armée. Ainsi pourrait-on imaginer un scénario “à la DCNS”, dans lequel Thales reprend l’activité Electronics et entre progressivement au capital du constructeur du char Leclerc, dans lequel l’Etat pourrait conserver une minorité de blocage. Mais RTD accepterait-il d’être laissé de côté ? Apparaît un autre scénario, celui d’une offre conjointe RTD/Thales. L’offre d’une reprise globale aurait comme avantage d’abonder dans le sens du personnel de Nexter, qui a déjà beaucoup souffert ces dernières années, et de valoriser l’ancienne entreprise d’Etat et ses compétences.

Le futur réside dans les choix de l’actionnaire unique de Nexter. Le gouvernement veut-il une vente globale à un seul acteur, ce qui était la solution recherchée avec BAe, ou serait-il prêt à dépecer Nexter, quitte à réveiller les fureurs syndicalistes ? Aujourd’hui, les bureaux de R&D de Nexter, sur lesquels repose l’avenir, marchent au ralenti. Avoir une véritable politique industrielle nécessite des investissements financiers. Porteurs d’enjeux industriels forts. En ces temps de disettes budgétaires, espérons que Bercy et l’Elysée aient ces éléments en tête. De leurs choix dépend l’avenir de Nexter.

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