![]() |
||||||||
Directeur: Guy Perrimond |
||||||||
Lettre d'informations stratégiques et de défense |
||||||||
Analyse |
||||
17/02/2009 |
||||
Mission EULEX, révélateur d’une Realpolitik européenne ?
Par Arta SEITI, Chercheur associé au Centre de Géostratégie de l’ENS et responsable du groupe d’études « Balkans » de l’Institut Prospective et Sécurité en Europe (IPSE). et Emmanuel DUPUY, Président de l’Institut Prospective et Sécurité en Europe (IPSE) |
||
« Bienvenue EULEX ! » : c’est ainsi que titrait l’un de ses éditoriaux, le quotidien kosovar Express. La plus importante mission civilo-militaire est donc déployée au Kosovo, depuis le 9 décembre dernier. Avalisée par le Conseil de Sécurité de l’ONU, un nouveau type de missions voit le jour : celui des opérations juridico-politiques. Près de 2000 policiers, douaniers et juristes européens vont œuvrer - sous l’égide de l’ONU - en faveur de l’installation de l’Etat de droit dans l’ancienne province serbe, devenue un Etat partiellement reconnu et aux contours encore instables… D’ailleurs, la centaine de membres d’EULEX qui s’installent dans le Nord du Kosovo, majoritairement composé de populations serbes, devront redoubler de vigilance et risquent d’avoir encore besoin du renfort des 16.000 militaires de la KFOR. La réussite d’EULEX qui respecte pleinement la résolution 1244 (qui date déjà de 1999) et s’étend à travers tout le territoire du Kosovo réside d’ailleurs plus dans la difficile alchimie quant à son acceptation entre les différentes parties. Basé sur le plan en six points de Ban Ki-moon, la mission européenne ne semble guère convenir au gouvernement kosovar qui aurait souhaité moins de neutralité quant au statut du territoire. C’est, du reste, la raison pour laquelle Belgrade voit d’un œil plus que bienveillant le déploiement des médiateurs européens ! Le Nord du Kosovo demeure donc un point-clé. Les Serbes du Kosovo qui ne sont pas prêts à accueillir EULEX, mettant en avant ainsi, leur refus de l’indépendance du Kosovo, n’en reconnaissent pas moins la mission onusienne de la MINUK, même si cette dernière a vocation à quitter le territoire d’ici quatre mois… Cela constitue, malgré l’échec définitif du plan proposé sous l’égide de Martti Ahtisaari, un premier pas pour une stabilisation diplomatique. Dès lors, le déploiement d’EULEX, qui ouvre la voie à une nouvelle dimension de l’Europe de la défense : celle de sa « soft policy », mettant en exergue sa capacité d’influence, ouvre de nouvelles perspectives, légitimant le pragmatisme et la Realpolitik européenne. Parmi celles-ci la coopération de facto, entre les nombreuses institutions présentes sur le territoire kosovar (ONU, OTAN, UE, UEO) n’est pas des moindres. Celle de la présence d’américains au sein même d’EULEX peut également constituer une petite révolution… Ainsi, la communauté internationale a le choix entre deux options. La première consiste à maintenir la surveillance des provinces du Nord du Kosovo, en veillant à expliquer aux populations serbes que cette mission restera sous l’égide de l’ONU. Néanmoins, la condition de son acceptation tacite sur le terrain résidera, dans l’enterrement définitif du plan Athisaari qui en prévoyait le déploiement ! La seconde option implique pour Pristina de tenir compte de cette nouvelle posture politique juridique. La communauté internationale semble ainsi vouloir indiquer au Gouvernement de Pristina que la balle est désormais dans leur camp. Alors que le gouvernement de Hashim Thaçi préconise le plan Ahtisaari comme la base de sa Constitution, ce dernier semble avoir cependant avoir peu ou prou réalisé que la relève de la mission européenne paraît consubstantielle au rejet du plan de l’ONU. Ainsi, les apparences seraient respectées pour tous les acteurs. L’Occident sort part le haut, en ayant obtenu de la Russie qu’elle « admette » que l’avenir du Kosovo dépende de l’UE. La Russie, car l’Occident n’est pas parvenu à annuler la résolution 1244 de l’ONU. Suivant cette logique, il incombe donc à l’UE de devenir, aux yeux de la Communauté internationale, le garant de la sécurité régionale en offrant une approche globale de stabilité à travers la perspective à plus ou moins long terme, de l’intégration européenne pour les Balkans occidentaux. Pour cela, la perspective de la reprise du dialogue entre Serbes et Kosovars reste un objectif raisonnable, indispensable mais certes pas suffisant. Celui de la question des crimes ethniques dont devrait se charger EULEX, exigerait quant à elle à fortiori des initiatives fortes qui pour l’instant demeurent un objectif nettement plus compliqué à atteindre. Néanmoins, la réconciliation nationale dépendra sans doute plus de la mise en avant de dynamiques locales, visant à la reprise progressive du dialogue entre Pristina et Belgrade que de décisions exportées par les médiateurs d’EULEX. L’avenir du Kosovo stabilisé et réconcilié est donc entre les mains des kosovars eux-mêmes. Reste à l’Europe d’en assurer sa pérennité. C’est tout l’enjeu - très attendu - des premiers résultats d’EULEX… |
||