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Directeur: Guy Perrimond
Rédacteur-en-chef : Guillaume Belan

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Lettre d'informations stratégiques et de défense

ANALYSE

27/10/2008

L’élection présidentielle en Azerbaïdjan sous le signe de la crise géorgienne

Aliev

Le président Aliev (Crédits : Présidence azérie)

L’issue du scrutin présidentielle à Bakou du 15 octobre dernier qui vit le président sortant, Ilham Aliev, obtenir plus de 89% des suffrages n’est une surprise pour personne. Il s’agissait du cinquième scrutin présidentiel depuis l’indépendance de cette ex-République d’URSS péniblement acquise en 1991. Second scrutin pour le fils et successeur du premier président du pays, Geidar Aliev, qui lui céda le pouvoir en 2003, l’issu du scrutin, boycotté, cette fois-ci par les cinq partis d’opposition, qui n’ont eu de cesse de dénoncer les entraves mis à la bonne tenue démocratique du processus électoral, ne faisait guère de doute, malgré la présence de six autres candidats sans réelle envergure.

La présence de près de 500 observateurs internationaux, dont une importante délégation française (composée de parlementaires, experts électoraux, universitaires et responsables d’ONG), aux côtés des 300 venus de la CEI et d’une importante délégation américaine, témoigne cependant de l’importance stratégique de cet eldorado pétrolier convoité, sur les bords occidentaux de la mer Caspienne, aux confins des influences russe, iranienne, turque et occidentale, à proximité immédiate des foyers de tensions du Caucase Nord, notamment le Daguestan voisin - et au-delà la Tchétchénie.

Effet collatéral inattendu, la mort d’une cinquantaine de soldats russes au Daguestan, quelques jours après le scrutin vient rappeler que la région est loin d’être stabilisée et que s’y joue une subtile partition entre équilibre stratégique recherché entre Moscou et le reste de la communauté internationale, d’une part, et fractures identitaires, séparatistes et religieuses affleurantes, sur les Marches de l’empire russe, de l’autre.

Bien évidemment la crise géorgienne d’août a aussi eu son impact sur le scrutin. On se souvient, à cet effet, que dans les premiers jours de la crise qui vit Moscou venir en aide des deux Républiques auto-proclamées d’Ossétie-du-Sud et d’Abkhazie, les autorités azéries décidèrent, par précaution, de fermer les vannes de l’oléoduc Bakou, Tblissi, Ceyhan (BTC), par craintes de représailles contre l’installation voulue et rendue possible par la coopération norvégienne, turque, française, italienne et américaine et qui a pu apparaître comme une volonté occidentale de contourner le réseau des pipes transcaucasiennes russes pour acheminer le brut de la Caspienne.

D’ailleurs, le projet Nabucco, visant à irriguer l’Europe de Gaz, via la Turquie, la Bulgarie, la Hongrie, l’Autriche et la Roumanie, ne pourra d’ailleurs pas se faire sans l’aval de Moscou, ce qui peut apparaître comme quelque peu paradoxal, si l’on considère que son utilité vise justement avant tout à nous rendre moins dépendant de Moscou…

Néanmoins, l’extrême prudence de l’Azerbaïdjan vis-à-vis du conflit russo-géorgien qui s’explique, en autre, par les excellentes relations entretenues avec Moscou, n’en a pas moins empêché la venue à Bakou, le 3 septembre dernier, du vice-président Dick Cheney. Cette visite, automatiquement suivie d’une conversation téléphonique très médiatisée, entre les présidents Aliev et Medvedev, vient d’ailleurs confirmer, dans la foulée, que Bakou joue à fond sur le registre de l’équilibre « Est-Ouest ».

 

Quid de l’Arménie ?

L’élection en février dernier de Serge Sarkissian à tête de l’Arménie, les récentes tentatives de reprises de dialogue entre Erevan et Ankara ainsi que le soutien traditionnel de Moscou vis-à-vis de son allié arménien au sein de la CEI, confirment qu’une solution armée de Bakou, comme a tenté de la faire en vain le président Saakachvili pour recouvrer son intégrité territoriale sur le Haut-Karabakh semble s’éloigner. Il apparaît cependant évident que la rhétorique nationaliste continuera ; Sarkissian étant lui-même originaire du Haut-Karabakh et la famille Aliev rappelant à dessein ses liens avec son fief du Nakhchivan, totalement enclavé entre l’Arménie et la Turquie.

Bakou et Erevan, désormais débarrassé tous deux de contextes électoraux lourds, sont donc voué à mieux s’écouter sur cette question. Le vecteur traditionnel a toujours été le « Groupe de Minsk », créé en 1992 sous l’égide de l’OSCE - regroupant l’Allemagne, l’Arménie, l’Azerbaïdjan, la Biélorussie, les Etats-Unis, la France, la République tchèque, la Russie, la Suède et la Turquie.

La perspective de la création d’une « Plate-forme caucasienne de stabilité et de coopération », proposée par Ankara, sur le modèle de l’OSCE, incluant les trois pays du Sud-Caucase, la Russie et la Turquie, témoigne non seulement d’une prise en compte collective quant aux bienfaits qu’occasionnerait une meilleure intégration régionale, tant au niveau économique qu’énergétique, mais également d’une volonté diplomatique très nette de la Turquie de jouer un rôle prégnant dans ce schéma.

Bakou, devant être, au cours du second semestre 2009, capitale culturelle du monde islamique, après Damas, confirme en tout cas que la sécularisation du pays, sur le modèle turc semble mieux marcher que la tentative iranienne d’implantation de son influence, compte-tenu de l’ancrage du chiisme.

 

Le regard du Quai d’Orsay

La politique étrangère azerbaïdjanaise vise à une implication accrue de l’Occident dans la région. Le Président Heydar Aliev a assuré une diversification des partenaires économiques du pays (constitution de plusieurs consortia dans la Caspienne). Les interventions gouvernementales américaines se sont accrues grâce à la suspension, décidée en octobre 2001 et rendue effective en janvier 2002, de la section 907 (votée par le Congrès en 1992 dans le cadre du « Freedom Support Act ») qui prohibait jusqu’alors toute intervention financière publique directe des Etats-Unis. Le Président Ilham Aliev a effectué son premier déplacement à Washington du 26 au 28 avril 2006. L’Azerbaïdjan est membre du Partenariat pour la Paix et souhaite une implication accrue de l’OTAN dans la région. Bakou, qui était favorable au désarmement de l’Irak sur la base des résolutions de l’ONU, a marqué son soutien aux Etats-Unis dès le début de l’opération militaire. Un détachement de 150 militaires azerbaïdjanais est déployé en Irak depuis août 2004. Un plan individuel de partenariat OTAN/Azerbaïdjan (IPAP) a été approuvé en 2005. Au lendemain de la « révolution des roses » fin 2003 en Géorgie, l’UE a inclus les trois pays de la zone dans sa politique de voisinage. Les négociations sur les plans d’action ont débuté avec retard, après un long blocage à la suite de la mise en place de liaisons aériennes entre Chypre-Nord et Bakou. Les plans d’action entre l’UE et les trois pays du Caucase ont pu être signés le 14 novembre 2006 à Bruxelles. L’Union Européenne et l’Azerbaïdjan ont par ailleurs signé un mémorandum d’accord concernant la coopération énergétique.

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