Un dialogue stratégique sur la paix et la sécurité en Afrique

MACKY SALLDu 14 au 16 décembre 2014, se tenait le premier Forum international de Dakar sur la paix et la sécurité en Afrique. Lancée par le Sénégal avec le soutien de la France lors du Sommet de l’Elysée un an plus tôt, cette initiative portée par deux think tanks (Institut panafricain de stratégies et Fondation pour la recherche stratégique, avec le soutien de la Compagnie euro­péenne d’intelligence stratégique) a permis de rassembler près de 800 participants venus de 47 pays africains et extérieurs au continent pour deux journées d’intenses débats mêlant des officiels civils et militaires de haut niveau (dont 4 chefs d’Etat et 32 ministres), des représentants d’organisations inter­nationales et régionales et la société civile.

Permettre un vrai dialogue partagé

Le soutien sans faille du président Macky Sall et des autorités séné­galaises, de l’Union africaine ainsi que du ministère de la Défense français (rejoints par les gouver­nements japonais et néerlandais, la Banque africaine de développe­ment, Open Society Foundation et le CSFRS ainsi que de nombreuses entreprises) ont ainsi permis de tenir la première conférence régio­nale de ce niveau en Afrique sur le modèle d’autres évènements comme la Conférence de Munich, le Shangri-La Dialogue ou le Forum d’Halifax. Le Forum de Dakar a également été une occasion rare de rassembler pour un dialogue informel très franc et très direct la communauté des responsables et des experts des questions de paix et de sécurité venus de 34 pays africains, d’une dizaine d’organi­sations internatio­nales et des repré­sentants de haut niveau de nombreux contributeurs extérieurs à l’Afrique, dont les Etats-Unis, la Chine, le Japon, les Pays-Bas, l’Allemagne, l’Espagne, la Norvège ou la Suisse, mais aussi de nombreux experts issus de la société civile (think tanks, univer­sités, ONG, presse et entreprises).

Il est possible d’en tirer d’ores et déjà quelques premiers enseigne­ments.

En premier lieu et sans concur­rencer les cadres formels existants liés à l’Union africaine, le Forum a d’abord été l’occasion d’un véritable dialogue stratégique informel per­mettant aux acteurs, à commencer par les Africains eux-mêmes, issus de toutes les régions et sous-régions du continent de confronter en toute liberté leurs points de vue et d’échanger à la fois sur les risques et menaces pesant sur le continent et sur les solutions régionales et internationales. Il a ainsi contribué à l’émergence d’une culture straté­gique partagée per­met­­tant de tirer les enseignements des crises actuelles ou passées.

Face aux défis : des solutions partagées

En deuxième lieu, il a permis de constater à quel point les grands défis sécuritaires méritaient de dépasser les approches sous-régio­nales pour permettre une meilleure compréhension et le développe­ment de solutions partagées. Ainsi, les défis du terrorisme et du radica­lisme religieux ne sont pas propres à la bande sahélo-saharienne, mais affectent tout autant le nord-est du Nigeria ou la Corne de l’Afrique. Ou encore, la question de la sécurité maritime, longtemps perçue comme propre à l’Océan indien, est-elle devenue une question qui touche autant sinon davantage le Golfe de Guinée. Il en va de même pour les crises sanitaires, comme l’épidémie Ebola, qui ne sauraient être réso­lues comme des crises affectant un ou quelques Etats. Même quand les débats ont fait apparaître des divergences d’analyse comme sur la crise libyenne, ils ont permis une meilleure compréhension des positions et des préoccupations de chacun.

L’année prochaine à… Dakar

Enfin, le Forum a montré combien il était utile de favoriser le dialogue entre les acteurs clefs, comme l’Union africaine, les Nations unies, l’Union européenne ou les commu­nautés régionales, les Etats afri­cains et les puissances extérieures impliquées dans la gestion des crises. Alors qu’aucun de ces acteurs n’est en mesure de répon­dre seul aux défis sécuritaires, une étroite coopération respectant les responsabilités de chacun est donc plus que jamais nécessaire. De même, l’apport des experts issus des think tanks ou des ONG a parfois conduit les responsables civils et militaires des Etats et des organisations internationales à renouveler leurs lectures ou leurs approches.

Alors que l’Afrique connaît un développement sans précédent et compte certaines des économies les plus dynamiques du monde, la réponse commune aux menaces sécuritaires est un impératif. La volonté exprimée par le président Macky Sall de réunir à nouveau le Forum à Dakar l’an prochain comme les retours enthousiastes de nom­breux participants issus d’hori­zons très divers ont montré combien la poursuite de ce dialogue était souhaitée et utile.

Camille Grand, directeur de la Fondation pour la recherche stratégique,
vice-président du Forum International de Dakar sur la paix et la sécurité, www.dakarforum.org

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