Les enjeux du renseignement militaire  

Le renseignement militaire est à l’honneur dans le dernier Focus Stratégique du Laboratoire de recherche sur la défense de l’IFRI. L’étude, signée Joseph Henrotin, porte plus précisément sur le renseignement utile aux actions des niveaux tactiques et opératifs, en traitant des enjeux conceptuels puis les défis opérationnels, organisationnels et de cohérence.

Après un minutieux travail de définition, l’auteur soulève un premier paradoxe : la complexité des conflits modernes fait que la nature spéculative de certaines analyses du renseignement va parfois à l’encontre de la réduction de l’incertitude (brouillard de guerre) recherchée par des décideurs en quête de certitudes. L’échec de l’ambition de la Révolution dans les Affaires Militaires (RMA) de rendre «transparentes les zones de batailles» a en effet été remise en cause avec l’émergence de l’hybridation des conflits, et le renseignement militaire doit aujourd’hui ouvrir ses champs à la compréhension des intentions de l’ennemi et des populations, des facteurs sociaux, politiques, économiques et culturels.

Si la RMA faisait la part belle aux capteurs (drones, satellites, pods…), elle a aussi contribué à marginaliser l’analyse. Or, celle-ci se révèle aujourd’hui déterminante. D’où la dynamique en cours pour briser la distinction entre capteurs et analystes et les rapprocher dans une logique de spécialisation par théâtre, comme le dispositif de «plateau» en place à la DRM, rassemblant analystes et linguistes pouvant s’appuyer sur les capteurs déployés. Ceci afin de bénéficier d’une vision globale du théâtre et de rassembler plus facilement les informations remontant du terrain.

L’auteur traite aussi de la question des moyens et de la cohérence du cycle du renseignement militaire : l’accroissement considérable de la zone couverte par chaque unités s’accompagne d’une augmentation du volume d’information exigé. En réponse, si les progrès en matière de couverture ISR offrent une compensation, les armées françaises accusent un déficit quantitatif de capteurs, «notamment au vu de la dépendance à l’égard du renseignement américain, que ce soit dans le cadre de Barkhane ou de Chammal».

Sur le plan de la collecte, si l’intégration des moyens initialement réservés au ciblage (pods) renforce la collecte du renseignement, c’est le renseignement en source ouverte (OSINT) et le cyber qui changent véritablement la donne, à condition que financements et structure de force adaptée suivent.

En matière d’analyse, la DRM a réalisé d’importants progrès en matière de GEOINT, mais la France accuse toujours un retard par rapport aux Américains, Britanniques et Allemands (limitations de bandes passantes des communications spatiales, nombre de capteurs disponibles…).

L’auteur conclut en rappelant qu’ici, comme dans d’autres domaines, la France souffre de «capacités trop souvent échantillonnaires» qui ne laissent cependant aucun trou capacitaire et permettent d’imaginer une vraie remontée en puissance.

Un intéressant travail de synthèse des grands enjeux du renseignement militaire à lire sur le site de l’IFRI.

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