Enjeux polaires pour l’Otan

Si depuis deux ans l’attention des membres de l’Otan a surtout été monopolisée par le risque terrestre en Europe de l’est, l’océan Arctique constitue un enjeu majeur pour Moscou, une pièce maîtresse dans son jeu, qui fait de la Norvège un élément critique dans le dispositif de l’Alliance atlantique. Le Kremlin a surpris par ses investissements massifs dans les infrastructures portuaires qui bordent la côte arctique (entre 400 et 600 milliards de dollars au cours des vingt prochaines années).

Si pour l’instant les ressources issues de cet océan pèsent pour près de 15% du PIB russe, les ressources en hydrocarbure situées sous le Pôle Nord sont évaluées à plus de 30% des réserves mondiales en gaz et 13% en pétrole ! Mais l’aspect énergétique ne serait qu’une priorité secondaire pour les stratèges du Kremlin. Il s’agit en effet du seul théâtre où la Marine russe est en mesure d’inquiéter véritablement l’Otan.

Depuis trois mois, Moscou multiplie les événements médiatiques autour de la réouverture de plusieurs de ses bases, comme celle d’Alakurtti, qui accueille la nouvelle brigade arctique près de la frontière finlandaise, ou la nouvelle base située sur l’archipel François-Joseph. En tout, ce sont dix-huit bases modernisées ou créées qui ont émergé, alors que la sous-marinade russe a repris ses patrouilles de SNA, interrompues depuis la fin de la Guerre froide. Ajouté à cela, sa flotte de brise-glaces, qui, combinée à la fonte des glaces, lui offre une liberté de mouvement qu’aucune autre nation ne peut lui contester.

La réduction des budgets américains, associée à la focalisation sur la baltique, contribue à creuser l’écart. Rappelant régulièrement le danger qui la menace, la Norvège tente d’impliquer des nations autres que les Etats-Unis, le Canada, ou le Danemark et qui ne disposent pourtant pas de frontières maritimes dans l’océan Arctique. On peut citer certains exercices communs, comme celui de Dynamic Mongoose l’été dernier, dédié à la lutte anti-sous-marine, qui a impliqué huit marines. La fréquence de ces exercices, dont certains amphibies, devrait croître prochainement.

Mais la supériorité logistique reste en faveur de Moscou, et la situation ne s’inversera pas tant que la Norvège et le Danemark ne s’impliqueront pas financièrement d’avantage.

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