Pas d’avion de combat américain pour Berlin

Suite aux annonces communes d’Angela Merkel et d’Emmanuel Macron dans le domaine de la défense et de l’armement, Claudia Major et Christian Mölling, deux experts membres des deux principaux think tanks publics allemands actifs sur ces questions (SWP et DGAP), n’hésitent pas à qualifier l’annonce de la construction d’un avion commun de «révolution».

Dans un texte paru le 14 juillet, ils estiment qu’au-delà d’une décision qui pourrait déboucher sur l’utilisa­tion du même avion pendant 40 ou 50 ans, l’engagement franco-allemand ne pouvait pas s’exercer dans un domaine plus politique et stratégique que l’aéronautique, qui est par excellence «une industrie clé en termes de chiffre d’affaires et d’innovation».

Ce choix est un choix pour l’autonomie, estiment des auteurs qui conseillent de près le gouvernement fédéral. C’est-à-dire un choix industriel pour l’Europe, qui offre la possibilité aux deux pays de «conserver leur propre industrie d’armement sans être dépendants des Américains».

Avec ce projet concret, Merkel et Macron ont aussi donné de la crédibilité à l’Europe de la défense, notamment en ouvrant la porte aux Etats européens désireux de participer. Outre le renforcement de l’axe franco-allemand face à Londres, qui ne fera pas partie de l’aventure, l’annonce marque le choix de Berlin contre l’achat d’un avion américain, tant pour remplacer l’Eurofighter que les Tornado, écrivent Major et Mölling.

On se rappelle que Berlin avait évoqué, il y a quelques temps, un intérêt purement «technique» pour le F-35 américain. Mais selon les deux experts, l’option semble avoir été abandonnée : «Berlin avait évoqué l’achat d’un avion de combat produit par un fabricant américain aussi en signe d’un étroit partenariat germano-américain. Mais c’est impensable et trop cher d’entretenir deux avions en même temps. De plus, Berlin aura un rôle central dans le projet européen, alors que dans le cas d’un achat américain, il ne serait que l’acheteur d’un produit fini. L’argent du contribuable allemand serait ainsi investi sans développer des technologies et créer des emplois».

Bien sûr, tout reste à faire et les auteurs rappellent les nombreux échecs de la coopération franco-allemande dans l’armement ces dernières décennies, ou encore les mauvaises surprises et difficultés qui accompagnent tout développement de technologies de pointe. Pourtant, ce projet qui est «too big to fail», «est condamné à réussir», pensent Major et Mölling. Il devrait enfin permettre à nos industries de défense d’entrer dans la dimension «transnationale» nécessaire et espérée.

 

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