Cure de jouvence pour les T-27 Tucano colombiens

Avec un total de 664 exemplaires produits entre 1980 et 1996, le biplace d’entraînement en tandem EMB-312 ou T-27 Tucano demeure à ce jour l’avion militaire produit au Brésil le plus connu. Imaginé chez Embraer près de São Paulo par l’ingénieur et styliste Guido Pessotti qui prit la suite — auprès du capitaine d’industrie Ozires Silva en 1965 à São José dos Campos — de l’ingénieur français Max Holste, créateur initial du célèbre bimoteur de transport brésilien EMB-110 Bandeirante (construit à quelque 500 exemplaires vendus dans le monde entier entre 1972 et 1991), le Tucano est encore en service actif dans une quinzaine de forces aériennes dans le monde. Même si leur retrait à mi-vie a été jugé prématuré par certains aviateurs, cinquante exemplaires de cet avion ont été utilisés par l’armée de l’Air à Salon-de-Provence durant quinze ans (1995-2009) après le départ des derniers avions à réaction Potez-Fouga Magister au terme de quarante années sous la cocarde tricolore.

L’un des premiers utilisateurs exports du Tucano, la Fuerza Aérea Colombiana (qui a reçu quatorze avions de 1992 à 1993), est aussi l’une des premières armées à mettre en place le Plano Estratégico Institucional (PEI) d’Embraer, qui vise à prolonger la carrière de cet avion d’au moins quinze ans au travers d’une modernisation de sa structure (ailes et atterrisseurs) et de son avionique (montage d’un « glass cockpit » et de nouvelles radios) en lieu et place des instruments analogiques d’il y a un quart de siècle. C’est à Madrid, site du CAMAM (Comando Aéreo de Mantenimiento) sur la base aérienne «Mayor Justino Mariño Cuesto» près de Bogota, sous la houlette du colonel Carlos Murillo, ingénieur en chef du PDM (programme de dépôt et de maintenance) de la flotte de T-27 Tucano, que ce chantier stratégique se poursuit. En dépit du fait que le Tucano n’est plus en production chez Embraer depuis déjà vingt ans, l’usine de Botucatu (ancien site de Neiva où sont produits de nos jours des éléments du A-29 Super Tucano) fournit encore des pièces de rechange et réalise notamment les nouvelles ailes renforcées de T-27 Tucano ainsi que les nouveaux lots d’atterrisseurs de cet avion, dérivés de ceux de l’Embraer EMB-820C Carajá — en fait un Piper Navajo produit sous licence au Brésil jusqu’en 1983.

Réalisé industriellement par la CIAC (Corporación de la Industria Aeronáutica Colombiana S.A.), l’une des rares entreprises sud-américaines à bénéficier de l’appellation ISO 9001, le chantier de modernisation de la flotte colombienne de quatorze Tucano est aujourd’hui à près de 80% achevé. Onze appareils ont déjà été modernisés et seuls trois avions restent à rénover — en utilisant comme patron le premier T-27 colombien modernisé chez Embraer en 2012 et du «retro-engineering» par imprimante 3D réalisé par la CIAC à Bogota. Même si ce programme a traîné en longueur, surtout en raison de la guerre civile qui a mobilisé les crédits militaires vers d’autres priorités, chaque opération de rétrofit dure en moyenne six à sept mois et consiste principalement en une grande visite complète : démontage complet de l’avion, dépose du moteur P&W-C PT6A-25C et des sièges éjectables Martin-Baker, remise à zéro de la cellule, installation d’une nouvelle aile et d’un nouveau train d’atterrissage, modernisation du câblage, montage d’écrans multifonctions et d’un FMS fournis par Cobham et d’une avionique Rockwell Collins (INS/GPS et ACARS) et de nouvelles radios UHF/VHF. Après quoi les avions sont repeints, décorés d’une grande gueule de requin,  et livrés au Grupo de combate Nº21 (CACOM 2) de Apiay, province de Meta, qui est le principal utilisateur du Tucano, aux côtés d’une flotte de Super Tucano acquise entre-temps pour assurer la lutte armée contre les FARC et l’ELN, chose révolue depuis l’application des accords de paix de La Havane cette année.

Le CACOM 2 — qui approche aujourd’hui des 90 000 heures de vol sans accident sur T-27 Tucano — a fait la «une» de la presse colombienne en mars 2008, lors de l’opération Fénix, en attaquant de nuit, à quelques kilomètres seulement à l’intérieur de l’Equateur, à Santa Rosa de Sucumbíos par delà la frontière méridionale de la Colombie, un camp de terroristes colombiens, où s’était réfugié avec ses hommes Raúl Reyes, le n°2 des FARC, tué avec deux douzaines de rebelles.

Forte de la collaboration industrielle Embraer/CIAC dans le programme de rénovation du Tucano, la Colombie, soucieuse de réorienter sa production d’armes avec l’arrivée de la paix civile, espère être en mesure de proposer dans les mois et les années à venir une modernisation similaire aux différentes forces aériennes latino-américaines utilisatrices de l’avion brésilien. Le Honduras et le Pérou ont déjà manifesté leur intérêt, de même que le Paraguay.

 

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