La Chine et la loi sur l’espionnage

Dans l’écriture chinoise, les verbes copier et apprendre partagent le même idéogramme, c’est sans doute ce qui explique l’approche totalement décomplexée avec laquelle Pékin aborde l’espionnage.

Aujourd’hui, Pékin ne se contente plus de recruter ses agents à la faveur des voyages d’affaires sur son territoire. Les cas de création de sociétés de négoces sur le territoire américain destinées à contourner les interdictions d’exportations de certaines technologies vers Pékin et l’utilisation des armes cyber sont désormais légions. Un réseau chinois structuré autour de membres de la diaspora chinoise est en moyenne démembré tous les ans.

Mais surtout, une enquête du groupe FireEye a révélé que Pékin disposait de tout un dispositif baptisé Ghostnet pour pénétrer les serveurs classifiés de plus de 103 pays, dont la France et l’Allemagne, et avait diligenté l’opération Cloud Hopper utilisant les talents du groupe de hackers APT10, et ce malgré l’accord signé entre Barack Obama et Xi Jinping en 2015. Près de 22 millions de dossiers personnels liés aux fonctionnaires américains ont ainsi été dérobés, et les sociétés sud-coréennes impliquées dans le déploiement des systèmes THAAD également ciblées.

Pourtant, victimisant son rôle, Pékin a récemment décidé de muscler sa législation de contre-espionnage après le succès remporté auprès de l’opinion publique suite aux révélations sur l’exécution de vingt agents œuvrant pour la CIA le mois dernier, et l’arrestation d’une douzaine d’agents japonais depuis deux ans. La mairie de Pékin offre désormais 72 000 dollars à quiconque apportera des informations permettant d’arrêter un agent étranger.

Mais surtout, depuis le 4 juin un projet de loi de 28 articles est en libre consultation pour renforcer la sécurité nationale sur les questions liées au renseignement. Si les articles 7, 8, 19 et 21 visent à donner un cadre global au processus de recrutement et à mieux protéger les fonctionnaires qui en ont la charge ainsi que leur famille, d’autres articles plus discrets cherchent à densifier un vaste réseau d’agents-citoyens chargés de rapporter des comportements suspects, ainsi que des opportunités de collecte, notamment au sein des groupes industriels étrangers installés en Chine…

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