Ce drone dont l’USAF ne veut plus

Global Hawk«3 483 emplois dans 22 Etats, 303 fournisseurs dans 36 Etats, 600 millions de dollars d’achats en sous-traitance…» : voici quelques-uns des chiffres cités dans une circulaire intitulée “The Global Hawk Enterprise across the U.S.” et diffusée par Northrop Grumman dans les couloirs de Capitol Hill, depuis que la bataille fait rage autour du sort du plus grand drone existant actuellement dans l’arsenal américain, le Global Hawk Block-30.

Opposant, depuis fin 2011, l’armée de l’air américaine, la Maison-Blanche et une partie du Sénat à Northrop Grumman et la majorité du Congrès, cette lutte de pouvoirs porte sur l’annulation ou la poursuite de la fabrication de cette variante de Global Hawk spécialisée dans l’ISR (renseignement, surveillance et reconnaissance), le Block-30, qui a remplacé le Block-10 depuis la mi-2011 dans le soutien des opérations en Irak, Afghanistan et Libye.

Si l’armée de l’air américaine — qui ne remet, par ailleurs, pas en question la version Block-40, particulièrement appréciée pour ses facultés de “plug and play” — cherche depuis des années à se défaire du Block-30, c’est au nom de la recherche de l’efficience et afin d’éviter les redondances de programmes.

Pour les aviateurs, l’avion U-2, dont la cellule qui a une quarantaine d’années a été récemment  modernisée, s’avère non seulement plus performant, mais nettement moins coûteux que la flotte de RQ-4 Block-30.

Quelques éléments de comparaison : l’U-2S peut grimper à 65 000 pieds en trente minutes puis atteindre 75 000 pieds, ce qui le met à l’abri des systèmes antiaériens ; le Global Hawk met quatre heures pour atteindre son altitude maximale de 60 000 pieds et reste cloué au sol par mauvais temps (c’est particulièrement le cas dans le Pacifique, notamment en raison des cyclones). Au niveau budgétaire, à coût opératoire équivalent (33 500 dollars de l’heure), l’U-2 est déjà payé, tandis que le Block-30 dépasse les 150 millions de dollars pièce. En termes d’endurance en revanche, le drone est le grand gagnant avec 32 heures contre 14 heures. Restent les capteurs : si le drone en a trois et l’avion seulement deux, la qualité des senseurs électro-optiques de l’U-2 est estimée supérieure par l’USAF, grâce aux performances remarquables de la caméra fabriquée par UTC Aerospace, dite SYERS II (Senior Year Electro-optic Reconnaissance System).

Northrop Grumman a répondu présent pour s’opposer aux critiques de son client majeur, en proposant d’installer les mêmes caméras pour un prix de 48 millions de dollars (contre une estimation de modernisation de l’USAF de 855 millions de dollars) et en mettant sur pied un contrat de soutien du programme sur dix ans à prix fixe de 250 millions de dollars.

L’USAF argue du fait qu’en période de séquestration, l’arrêt du programme et le stockage des 18 drones existants économiseraient 2,5 milliards de dollars par an pendant cinq ans.

Pourtant, dans la Loi de programmation FY13 de décembre dernier, le Congrès a non seulement interdit un tel gel, mais maintenu à la fois l’U-2 et le Block-30, avec l’acquisition de trois drones supplémentaires à hauteur de 443 millions de dollars.

La Loi de programmation FY14 de juin dernier a encore verrouillé le programme en allongeant la durée d’opération du Block-30 de 2014 à 2016, et, voici quelques semaines, Northrop Grumman a gagné un contrat de 114,2 millions de dollars avec l’USAF, en vue de l’achat de matériaux nécessaires à la construction des trois nouveaux drones.

Si la presse dénonce la stratégie (particulièrement efficace) de lobbying et de financement des campagnes de 2012 par Northrop Grumman, force est de constater qu’en période d’austérité et de crise budgétaire, les perspectives d’emplois sont plus puissantes que la voix des chefs militaires. Les précédents ne manquent pas où les campagnes menées par les industries de défense ont prévalu sur la rationalité à long terme (comme ce fut, par exemple, le cas de General Dynamics avec le char M1 Abrams en 2011).

Il semble donc que, dans la famille des Global Hawk, le Block-30 soit encore piochable : si les prévisions initiales comptaient 42 drones, puis 31, la flotte de Block-30 devrait, cependant, se stabiliser à 18 + 3, avec un déploiement actuel de neuf d’entre eux (trois dans le Pacifique, trois en Europe, et trois sous CentCom).

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