Casting à la DGSE

Le départ d’un directeur de la DGSE suscite toujours d’ardentes convoitises. Peut-être davantage encore dans le cas de Bernard Bajolet, qui doit quitter ses fonctions le 21 mai. Déjà prolongé pour deux ans supplémentaires en 2014, le «retraité» avait en effet encore été maintenu pour un an supplémentaire en mai 2016, repoussant les ambitions des nombreux candidats à sa succession.

Le contexte des élections présidentielles du 7 mai contribue à amplifier l’effet d’appel d’air. Aux réseaux et lobbies traditionnels, qui poussent chacun «son» candidat, s’ajoutent les états-majors de campagne qui s’interrogent sur la perle à trouver : un patron des services extérieurs compatible avec «leur» futur président…

Bernard Bajolet a, lui, déjà établi sa short list. Ses deux «recrues» ont été puisées dans ses propres armes d’origine : au Quai d’Orsay et sur la zone Afrique du Nord-Moyen Orient (ANMO), au Département comme en poste. Comme lui, ces deux diplomates de carrière sont passés par la stratégique case Alger, l’antichambre de la «boîte» : en l’occurrence Bernard Emié, qui y est l’actuel ambassadeur de France, et André Parant, actuel ambassadeur en Egypte, qui l’y avait précédé.

Bernard Emié — son préféré murmure-t-on — avait succédé à Bernard Bajolet à Amman en 1998. Les hommes se sont ensuite retrouvés dans les couloirs de l’ANMO, avec Bernard Emié comme nouveau directeur, quand Bernard Bajolet, en plein «french bashing» post-guerre en Irak, rageait dans l’attente des lettres de créance que les autorités de Bagdad rechignaient toujours à délivrer au nouveau chef des intérêts français en Irak.

Respectivement juppéiste et chiraquien, les deux candidats n’ont pas vu, comme leur futur prédécesseur, leur carrière impactée par l’arrivée de la gauche en 2012 grâce au consensus formé autour d’eux. En soutenant leur candidature, pesant de tout son poids avant le terme de la campagne électorale pour les imposer dans la short list du futur président, le patron de Mortier tient ainsi à laisser son héritage — ses succès comme ses échecs — en de bonnes mains. Et avoir des liens privilégiés avec celui qui lui succédera. Toujours utiles pour la «vie d’après». Souhaits qui se heurtent à quelques questions ! La DGSE doit-elle être une fois de plus dirigée par un diplomate ? Ou un militaire ? Ou encore un préfet ?

On peut donc imaginer la «lutte des corps» que cette succession crée. Sans même évoquer une promotion interne qui serait appréciée dans «la maison» ! Et ce choix sera-t-il fait par l’actuel ou le futur président de la République ? Vu les dates, les deux hypothèses sont possibles.

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