Caracal : un début de carrière

caracal-armee-de-lair-francaiseLe récent échec d’Airbus Helicopters en Pologne avec le Caracal ne doit pas masquer qu’il s’agit d’un revers politique qui ne remet pas en question les qualités de cet hélicoptère, largement plébiscité par les aviateurs polonais ayant pu l’essayer, eux qui volent encore sur Mi-8 russes. Entré en service en France en 2006, le H225M (ex-EC725) Caracal a été commandé à ce jour à plus de 150 exemplaires par huit pays. Les derniers clients étant, cette année, le Koweït et Singapour.

Aboutissement technologique de la famille du SA330 Puma de Sud-Aviation — un hélicoptère de transport biturbine très réussi, dont le premier vol a eu lieu en avril 1965 et qui se décline encore, un demi-siècle plus tard, en Super Puma, Cougar, Cougar Mark.II et Super Cougar ou Caracal —, le H225M est un hélicoptère de transport aux capacités d’emport comparables à celles du best-seller international du marché — le Mil Mi-8 ou Mi-17 russe construit à plus de 12 000 exemplaires depuis 1961.

Quelque 80 H225M ont été livrés à ce jour et ils sont en service actif sous les couleurs brésiliennes, françaises, indonésiennes, malaisiennes, mexicaines et thaïlandaises. En dehors de la France, où armée de l’Air et ALAT se partagent un parc de 19 Caracal (réduit à 18 après la perte, fin 2014, d’une machine au Burkina Faso) utilisés aussi bien pour les missions spéciales que pour la Resco, c’est le Brésil qui a été le premier client export (50 unités sont assemblées sur place chez Helibras à Itajubá). Reflétant bien la complexité des désignations des appareils (héritées chez Airbus Helicopters des périodes Sud-Aviation, Aerospatiale puis Eurocopter), le Brésil donne trois noms différents au H225M : H-36 Caracal dans la force aérienne, HM-4 Jaguar dans l’armée de terre (AvEx) et HU-2 Super Cougar dans la marine (AvNa) ! Un total de 26 machines a été livré fin 2016. Le reliquat de 24 H225M devrait être livré à un rythme désormais plus lent, compte tenu des restrictions budgétaires mises en place depuis peu à Brasilia.

En France, à Cazaux, l’EH 1/67 «Pyrénées» de l’armée de l’Air et, à Pau, l’EOS 3 du 4Régiment d’Hélicoptères des Forces Spéciales se partagent indifféremment 18 H225M qui œuvrent sur de multiples terrains, de l’Afrique au Moyen-Orient, après s’être illustrés au Liban et en Afghanistan…

L’année 2016 aura tout de même été une bonne année pour Airbus Helicopters, en dépit du contretemps polonais qui l’a privé d’une vente envisagée de 50 Caracal, puisqu’elle a engrangé d’abord une commande de 30 H225M pour le Koweït et une autre de 24 pour la République de Singapour. La Kuwait Air Force devrait ainsi recevoir l’an prochain les premiers de 24 H225M Caracal (destinés à remplacer sa flotte de SA330 Puma) et six autres qui équiperont la Kuwait National Guard.

De son côté la Republic of Singapore Air Force devrait prendre en compte les premiers H225M destinés à remplacer au final la vingtaine d’AS332 Super Puma survivants de trois décennies de service au sein du 125 «Puma» Squadron de Sembawang. Comme certains Super Puma, une partie des Caracal singapouriens sera déployée en permanence en Australie, auprès des Cougar du 126 «Cougar» Squadron affectés à l’Oakey Army Aviation Centre dans le Queensland et, vraisemblablement, également sur la BA120 de Cazaux, bien que cela n’a pas encore été officialisé. D’ailleurs, Singapour aurait manifesté une option pour une seconde tranche de Caracal susceptible de porter sa flotte à plus d’une trentaine, voire une quarantaine de machines au total.

Le Kazakhstan, déjà acquéreur d’EC145 et de C295, figurait un temps dans les clients potentiels d’Airbus pour le Caracal. Une lettre d’intérêt avait été signée dans ce sens en mai 2012. Une vingtaine de machines faisaient l’objet d’une négociation pour remplacer autant de Mi-17 hérités de l’époque soviétique. Ces Caracal devaient être assemblés et équipés sur place à Astana. Toutefois ce marché n’a pas débouché. Faute de financement adéquat.

L’Inde aussi clignote… comme à son habitude. L’Indian Coast Guard hésite entre acheter 14 Caracal ou bien autant de Sikorsky S-92, afin de remplacer les Sea King affectés à cette tâche depuis plus de trente ans. Mais rien n’est décidé.

Airbus Helicopters a développé quatre configurations de cabine pour le H225M : une version transport de troupe pour 24 à 29 hommes ; une version VIP avec de vrais sièges pour 8 à 12 passagers ; une version Evasan pouvant recevoir jusqu’à 12 brancards et 4 médecins ou infirmiers assis ; et enfin une version «Combat SAR» avec une perche de ravitaillement télescopique et différents armements de soutien (mitrailleuses, roquettes et canons). Les versions navales du H225M sont toutes capables de tirer deux missiles antinavires AM39 Exocet. Bien motorisé, doté d’un «full glass cockpit» et d’une avionique de très haut niveau, avec système de navigation inertiel et pilote automatique 4-axes, le Caracal dispose aussi d’un ensemble d’auto-défense performant ainsi que de blindages contre les armes légères.

La carrière de cette machine n’en est qu’à ses débuts, cet hélicoptère ayant pour lui un prix très compétitif (environ 20 millions d’euros) pour une machine biturbine de 11 tonnes. Il est d’ailleurs intéressant de constater que nombre d’acquéreurs du Caracal sont déjà des utilisateurs de longue date de Puma, Super Puma et Cougar. Preuve, s’il en est besoin, que la notion de «commonality», chère à Airbus pour ses avions de ligne, séduit aussi dans le domaine des voilures tournantes où elle aide à réduire les coûts d’utilisation et de maintenance.

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